Forum - Napoléon - Et ça ne marche plus...
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Forum : Napoléon

Sujet : Et ça ne marche plus...

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De neferalda, le 14 mai 2006 à 12:01
Note du film : 6/6

Tous les films de Guitry sont à voir et à revoir. Habitant dans le sud, j'ai reconnu quelques prises dde vues et cela m'a bien fait plaisir.

Je ne peux que persister à dire que je souhaite la réédition de tous les films de Guitry.

Merci à tous vos votes !


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De paul_mtl, le 14 mai 2006 à 14:24
Note du film : 4/6

Je ne partage pas cet enthousiasme débordant pour Sacha Guitry.

Il y a qu'avoir l'introduction prétentieuse de son film La poison pour comprendre le personnage. Bien sur les dialogues sont travaillés et certaines répliques sont très savoureuses. Reste que malgré un riche casting, Si Versailles m'était conté m'a moyennement plu avec ses longueurs et la voix off de Guitry.

Ce Napoléon a également un casting très riche : Morgan, Brasseur, Gabin, etc. Je l'ai vu il y a longtemps et votre commentaire m'incite a le revoir même avec l'acteur qui interprète Napoléon.


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De frétyl, le 28 juin 2008 à 19:14
Note du film : 1/6

Au risque de me fâcher sur ce fil avec un certain nombres de gens j'ai détesté ce Napoléon, si Guitry est très fort pour la comédie il l'est franchement moins pour les épopées aussi bien Napoléon que le pompeux Si Versailles m'était conté, le film est souvent balourd, lent, toujours ennuyeux et prétentieux, les scènes de batailles sont d'une platitude rare dans les films historiques et la volonté de Guitry de faire lui-même la narration ajoute à l'antipathie que l'on peut avoir pour son incursion dans ce style.

La seule bonne idée est d'avoir choisi Raymond Pellegrin pour incarner l'empereur, la ressemblance physique est bien plus spectaculaire que celle de Clavier aujourd'hui. Mais le film n'intéresse pas, la seule chose qui semble intéresser Guitry est de raconter les amours de Napoléon et non pas faire de l'histoire, alors une succession de scènes chichiteuses oh combien ne cesse de couper l'intérêt que pourrait avoir le film au niveau historique, le film est souvent décoré assez moyennement ce qui rend l'œuvre assez artificielle ; que le film ait manqué de moyens ne serait pas une chose étonnante et le casting ou se croisent Gabin, Montand, Reggiani, Morgan et Morlay est inutile face au creux de la réalisation tous entière.


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De Lagardère, le 28 juin 2008 à 23:24
Note du film : 3/6

Cher Frétyl, Sacha Guitry n'a jamais eu la prétention de se prendre pour un historien…Il a eu l'intelligence de se faire "journaliste", chroniqueur plus exactement, et c'est bien là ce qui fait la force et la grâce de ses films. Mais tout cela a été évoqué , et ô combien passionnément, sur d'autres fils consacrés au grand homme….Je vous accorde quand même que ce Napoléon là a un petit coté indigent par rapport aux autres fresques du maitre.


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De Arca1943, le 29 juin 2008 à 01:48

Jamais vu. Je note la présence dans le rôle de Pauline Bonaparte de Gianna Maria Canale , qui au lieu d'être comédienne aurait pu devenir hypnotiseur : quels yeux !


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De Impétueux, le 29 juin 2008 à 09:40
Note du film : 3/6

Naturellement, Frétyl, ce Napoléon est la plus faible – sans doute parce que la plus tardive – des fantaisies historiques de Sacha Guitry ; et, par rapport à la verve délicieuse des Perles de la Couronne, de Remontons les Champs-Elysées, du Diable boiteux ou même du Destin fabuleux de Désirée Clary, la broderie galante sur l'Empereur des Français peut paraître un peu convenue…

Mais si vous ajoutez à cette réelle et objective baisse de régime une aversion personnelle pour ce que vous appelez la volonté de Guitry de faire lui-même la narration (qui) ajoute à l'antipathie que l'on peut avoir pour son incursion dans ce style, alors là, vous donnez les verges pour vous faire battre !

Parce qu'attendre d'un film de Guitry, quel qu'il soit, d'être débarrassé de la présence constante, mirobolante et envahissante du Maître, de sa voix, de ses mots, de son emphase, c'est espérer que Bergman aurait pu tourner On se calme et on boit frais à Saint-Tropez !

Ce que les amateurs de Guitry recherchent, c'est précisément ce ton absolument inimitable qu'aucun remake ne pourra jamais traduire (l'abominable Un crime au Paradis, resucée indigne de La Poison ou le médiocrissime Quadrille éponyme).

Guitry fait partie de ces cinéastes si reconnaissables et si tranchés dont on reconnaît la patte dès le générique (ou, d'ailleurs, à n'importe quel moment du film) et qu'on n'aime ou non ; ceux qui aiment sont tout à fait capables de faire la distinction entre les chefs-d'œuvre (Le roman d'un tricheur, Remontons les Champs-Elysées), les grands films (Faisons un rêve, Ils étaient neuf célibataires, La Poison), les bons films (Le comédien, Si Versailles m'était conté) et les films moyens (Mon père avait raison, Les trois font la paire).

Mais c'est un monde si à part qu'il ne faut pas le regarder avec un œil peu disposé à se laisser séduire…


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De droudrou, le 29 juin 2008 à 10:08

Je dirai même plus : Tout est dit ! (je sais qu'avec çà on ne va pas très loin mais… c'est dimanche !).


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De Azurlys, le 12 juillet 2008 à 13:25

Saviez-vous que Sacha Guitry avait tourné deux fins ? Celle que l'on connait – Napoléon (excellent Raymond Pellegrin), lors du retour des cendres, figuré par un Empereur à cheval qui descend les Champs-Élysées, après un passage sous l'Arche – avait été assez vivement brocardée par la critique, habituellement fielleuse à l'endroit de Guitry à l'époque. Qu'aurait-on dit alors si l'autre scène avait été retenue et montée : Napoléon, à cheval, au terme de son parcours champs-élyséesque, venait se placer aux cotés de Jules César, sans doute, lui aussi, juché sur une monture !

La chose n'a pas été retenue au montage, mais elle a été tournée, développée, avant de finir dans l'oubli. Faut-il le regretter ? Franchement, je ne le crois pas. Au delà des banalités habituelles sur Napoléon – le monstre, le tueur d'hommes – le génie du personnage permet effectivement de le comparer aux grands chefs de guerre que furent Alexandre le Grand et Jules César, même si les griefs qui lui sont fait le plus souvent trouvent leur justification, c'est ignorer tout le reste, et cela est sans doute dommage. Cette scène ne pouvait qu'alourdir le propos, et il était plus sage de la rejeter.

Évidemment, édité ailleurs que chez Monsieur Château, qui semble ignorer les bandes annonces, les interviews, les chutes peut-être récupérables, nous aurions peut-être pu voir cette scène évacuée. Mais sauf pour quelques rares exceptions, René Château, s'en tient aux seules copies existantes. Tant pis…

On peut toujours se faire plaisir – coté cinéma – en disant que Napoléon est le personnage historique le plus souvent montré à l'écran – peut-être même, mais là je suis moins sûr – avant le Christ. Il partage cet estimable avantage avec… Jeanne d'Arc !! C'est méritoire et vaut un coup de bicorne. Quand on pense que ce sont les Anglais qui nous valent cette gloire cinématographique, et même gloire tout court, si l'on veut s'écarter de l'écran… Qui osera dire après qu'ils sont nos ennemis héréditaires ? Allez ! Foin des esprits chagrins !

Enfin que l'on veuille se souvenir qu'un gouvernement antérieur récent, sous la houlette de M. Villepeau de Galouzin, la France a officiellement refusé de commémorer la victoire d'Austerlitz, alors qu'en revanche les mêmes fantaisistes se sont précipités au chevet de la perfide Albion pour se pâmer devant la commémoration de Trafalgar !! Jupiter, dit-on, rend fou ceux qu'il veut perdre. Saluons l'artiste, il est en très bonne voie ! Et comme en France tout finit par des chansons, redevenons sérieux avec Offenbach et ses librettistes :

Vers tes autels, Jupin, nous accourons joyeux, Vers tes autels, Jupin, nous accourons joyeux, A toi nos rêves, à toi nos vœux, Nous voici tous à tes genoux, A tes genoux,

Vers tes autels (etc…)

 

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De Arca1943, le 12 juillet 2008 à 23:40

Il nous reste tout de même de ce projet de quoi le rêver : c'est-à-dire le puissant roman Napoleon Symphony (La Symphonie Napoléon), une des plus plus belles réussites d'Anthony Burgess, conçu à l'époque où Kubrick pensait faire appel à lui comme scénariste de son Napoléon.


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De fretyl, le 13 juillet 2008 à 03:09
Note du film : 1/6

Les films dont on a tourné deux fins ne sont pas rares.

Bien sûr tout le monde sait que La belle équipe a deux fins, mais c'est aussi Ferreri qui avait tourné deux fins pour son film Le mari de la femme à barbe, l'une est comique, l'autre dramatique. De même pour Le professionnel, Lautner inquiet que la mort du héros face perdre un certains nombres de spectateurs au film avait tourné une autre scène ou celui-ci s'en sortait.


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De Lagardère, le 13 juillet 2008 à 15:23
Note du film : 3/6

De même pour Le professionnel, Lautner inquiet que la mort du héros face perdre un certains nombres de spectateurs au film avait tourné une autre scène ou celui-ci s'en sortait.

Ça je ne le savais pas ! Et j'en suis très surpris car j'avais juste encore à l'esprit, du moins au cerveau, l'exemple de La belle équipe. Je ne pensais pas que pour des films plus…. "légers" , il pouvait en être de même. Mais doit on y voir le doute obsédant d'un cinéaste pointilleux, ou le calcul malicieux d'un producteur vieux renard ? En tous cas , merci M'sieur Frétyl


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De azurlys, le 16 juillet 2008 à 14:49

Le renseignement sur le premier titre de "Si Versailles" indiqué ici il y a quelques jours, mais dans le casier correspondant, était issu d'un livre de Jacques Lorcey, que tous les admirateurs de S.Guitry connaissent. Il a beaucoup écrit sur le Maître, mais n'a pu que traduire son amertume lorsque qu'il a fait le constat d'être soigneusement tenu à l'écart des hommages consacrés à l'auteur par la Cinémathèque, comme s'il convenait que seule une reconnaissance officielle devait être de mise.

J'avais le souvenir de l'un de ses livres d'où m'était resté le souvenir du titre changé lors de l'exploitation. Mais il m'a fallu un peu de temps pour le retrouver – le livre, évidemment. C'est un pavé de 840 pages, broché, datant d'une vingtaine d'années et probablement épuisé. Je m'y suis replongé, dans la dernière partie du moins, celle des temps difficiles, de l'approche de la maladie, mais celle aussi des grands films historiques qui ont redonné gloire et triomphe à Sacha Guitry.

J'en tire cette anecdote, toute courte et amusante – qui ne changera pas la face du monde. Pendant le tournage de "Napoléon" dans le Midi, là où les scènes de bataille – que Guitry exécrait – furent largement dirigées par Eugène Lourié, assistant de Cécil B. de Mille -, Raymond Pellegrin refusa l'hôtel et fut accueilli par des amis qui lui proposèrent de le loger pendant la période du tournage en extérieur sur le plateau de Caussols. Un amusant clin d'œil des choses voulut que leur maison était sur un lieu-dit joliment appelé… Sainte-Hélène ! Ce qui fait que chaque matin une voiture de la production venait chercher Napoléon à Saint-Hélène ! Il remontait alors sur son cheval et repartait en guerre ! Devant les caméras, bien entendu, et l'Europe n'eût pas à trembler…


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De droudrou, le 16 juillet 2008 à 16:03

N'était-ce point Louis XVI que les caricaturistes avaient ainsi transformé (morphing) ? Et comme vous aimez Offenbach, me semble-t'il, une de ces dernières opérettes adaptée au cinéma "Morphée aux Enfers"…


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De azurlys, le 16 juillet 2008 à 16:14

Oui… bien reçu !

J'ai effectivement une passion pour Offenbach ! L'un des deux plus grands musiciens français avec J.P. Rameau. Mais il faut adjoindre Lully. Ce n'est pas Bach, mais pour ma part, je n'y vois que des avantages. Il était Italien – pas Bach, mais qui celà surprendrait-il ? -, a inventé l'opéra français ; il serait odieux de lui faire une querelle d'Allemand !

Pour contrer Morphée et s'extraire de ses bras, une ou deux tasses café bien tassées suffisent, généralement. Moi, c'est le Code civil, les films de Godard, la littérature qui se veut "nouveau roman" qui m'y précipitent ! fî de toutes ces choses !

A moins que l'on veuille faire usage de morphing-base. Là, c'est sans espoir…


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De Impétueux, le 16 juillet 2008 à 16:47
Note du film : 3/6

Droudrou, c'est Louis-Philippe que les caricaturistes du temps (sans doute Honoré Daumier d'ailleurs) avaient transformé en poire !

Louis XVI étant un géant (1,95 mètre je crois), la poire eût été difficile à croquer…


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De droudrou, le 16 juillet 2008 à 18:04

Merci m'sieur Impétueux ! Maintenant qu'vous l'dites ! P… 1,95 m ! La pauvre Marie-Antoinette ! Et on a eu le toupet de la décapiter !… Purée ! Il faut la réhabiliter tout de suite !


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De Azurlys, le 5 août 2008 à 14:58

Je viens de revoir le "Napoléon" de Sacha Guitry.

Ce qui est dit par les autres participants de cet honorable forum est juste. Même secondé par Étienne Lourié, ex-assistant de Cécil B. de Mille, spécialiste des scènes avec de grands ensembles de foules, il semblait réunir les conditions d'une réussite. Il faut bien admettre qu'elle est très partielle, et sans être une reconstitution ratée, les maladresses et les conditions de tournage qui n'avaient sans doute pas l'envergure d'Hollywood, aboutissent à une relative déception.

De plus savants que moi identifieront les dates et batailles concernées : l'entrée de Napoléon en Prusse, tournée, comme le reste, sur le plateau de Caussols, au Nord de Grasse, se fait sur fond de pins parasols verdoyants ! L'une des batailles du film (là, sans avoir relevé de notes, les érudits complèteront), se déroule en Novembre. Si la dite bataille avait eu lieu dans hémisphère Sud, les choses eussent été admissibles, mais l'Europe seule concernée se dressait contre l'Ogre corse. Le fond d'arbres couverts de feuilles, de prairies vertes et avenantes, était manifestement déplacé, et faisait tache dans le décor, au propre comme au figuré. Dommage !

En revanche, les scènes d'intérieur sont mieux maîtrisées, et la rencontre de Napoléon et de Maria Walewska (Raymond Pellegrin – excellent – et Lana Marconi), ou plutôt les trois rencontres, ponctuées chaque fois par les changements de toilettes portées par la petite Polonaise est construite avec une exceptionnelle habileté et un goût certain. La troisième rencontre (je cite): "Cette fois j'ai mis une robe rose, parce que si la première fois, j'étais venue pour mon peuple et pour mon pays, la seconde j'étais venue pour vous et mon pays, aujourd'hui je ne suis venue que pour vous", explique Maria Walewska avec une voix retenue et émue – et Lana Marconi, quoi qu'on en ait dit, s'en sortait très bien et jouait très juste. Cette scène est soutenue par l'excellente musique de Jean Françaix, qui avait composé là une sourde mélopée scandée sur les pas de l'actrice et laisse une impression profonde d'émotion. Les deux protagonistes essentiels avaient été présentés l'un à l'autre par le Prince de Talleyrand – Sacha Guitry lui-même, toujours royal, si l'on peut dire, ou mieux encore, princier, comme il convenait ici.

Chaque fois, il est dans le champs, à droite du cadre, et lorsque la Petite Polonaise, avec sa robe rose ajoute les mots qui précèdent une discrète révérence devant le maître de l'Europe, Guitry-Talleyrand sort silencieusement du cadre à reculons, laissant les deux personnages à leur amour naissant.


Il était bien difficile de construire cette scène, qui une fois encore, jongle avec les compression du temps, avec autant d'élégance. Je me demande si l'on ne se trouve pas devant une séquence d'anthologie. Évidemment, l'esprit de Guitry n'était pas en reste. A la première de ces rencontres, la jeune femme sortie, Talleyrand exprime son avis à Napoléon en ces termes "Et vous voyez bien que la Pologne n'est pas si petite que cela !". Et il jouait ici, faut-il le dire, sur la superbe stature un peu froide de son interprète – et épouse.

L'auteur a également usé d'un stratagème, qui n'était pas inédit, puisque déjà utilisé dans ses films précédents, lorsqu'il a fallu passer de Bonaparte à Napoléon. Il a été le seul à insister avec autant de force sur les deux visages de cet homme étrange pour tout dire, mais d'une intelligence aigüe, d'une puissance de travail exceptionnelle. Janus, peut-être ?

Il a joué sur une ellipse audacieuse, puisqu'elle fonctionne HORS du film au sens strict.

Bonaparte, auréolé de la gloire d'Arcole, estime devoir changer d'apparence, et se fait couper les cheveux, devant son miroir – encore le double ! – le coiffeur s'active, défait le catogan, tranche le ruban, va à gauche, revient à droite. Pendant ce temps, Bonaparte dicte une lettre à Bourienne, destinée au futur Louis XVIII, le Comte de Provence. (J'y reviens dans un instant). Arrive, inattendu, sur l'écran, un insert de Talleyrand-Guitry qui explique "encore quelques coups de ciseaux, encore un coup de peigne, et c'était un autre homme.". L'on revient devant le miroir, le Figaro s'écarte, et à la place de Daniel Gélin-Bonaparte, on voit Raymond Pellegrin-Déjà Napoléon ! Il est difficile d'être plus expéditif et plus limpide, même si des symboles curieux montrent le bout de leur nez : le thème du double – Guitry lui-même avec son père étouffant, encore Guitry, avec son frère Jean, mort en 1921, et qui repose aujourd'hui a ses cotés, les ombres du Docteur Jekill et son double inquiétant, et celle de la Mort qui déplace son œuvre sur le portrait de Dorian Gray, comme pour épargner le modèle.

Si l'on veut ajouter le mythe de Samson et Dalila, il devient possible d'y faire aussi une association. Sans ces cheveux, Samson devenu vulnérable ne pouvait attendre que sa chute. Il est sans doute prématuré de voir "le commencement de la fin" dans cette coupe de cheveux et la pirouette des comédiens, mais cette transformation l'annonce peut-être un peu, puisqu'à partir de cet envol de l'Aigle il apprendra qu'on peut être trahi, bafoué, et de toutes les manières on reste seul. Plus on est haut, plus la solitude étreint celui qui y parvient. De Gaulle disait quelque part – "Les Mémoires de Guerre", peut-être – "Il vaut mieux choisir le chemin des crêtes que celui des vallées, il est beaucoup moins encombré".

C'est d'entrée de jeu ce que Sacha Guitry laisse entendre, dès qu'il est prié de raconter l'Empereur à son auditoire : "Il exista jadis un être fabuleux, qui naquit dans une île, rêva toute sa vie de conquérir une île, se retira dans une île, et bien contre son gré trépassa dans une île". Noël Simsolo, que j'ai cité déjà à propos de "Versailles…", l'expliquera bien dans son ouvrage réédité fin 2007. C'était le récit d'une solitude.

Et puisque je voulais terminer sur un clin d'œil, le voici. J'ai raconté récemment dans le casier "Versailles", l'apparition incongrue, en même temps que les médecins du roi, d'un gardien du château en I953, définitivement fixé sur la pellicule. Il fallait avoir l'œil. Ici, il vous faudra de l'oreille.

Dans cette scène exceptionnellement astucieuse du passage d'un comédien à l'autre, devant le miroir, Bonaparte dicte une lettre, je l'ai dit, à Bourienne. Un plan sur Bourienne (Bernard Dhéran) laisse rêveur. Alors qu'il écrit – à la plume d'oie, j'imagine -, on entend retentir, au loin, très ténue, la… sonnerie d'un téléphone ! Rigoureusement exact ! La prise de vues était située de toute évidence en décors réels. Fontainebleau ? La Malmaison ? Rien n'est indiqué au générique, beaucoup moins encombrés à l'époque qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cela se situait sans doute à proximité d'un bureau où œuvrait déjà à notre bonheur quelque fonctionnaire, interrompu par le téléphone au milieu d'une prise (de vues, s'entend !). Si l'on tend l'oreille, on perçoit assez facilement la chose, quitte à hausser le son du téléviseur.

Dire que ce genre de chose est exceptionnel, non bien sûr. Mais là, la majesté des lieux et des personnages, et l'affection que certains d'entre nous entretiennent autour des films de Guitry, rend cette constatation plus piquante encore.

D'aucuns ont sûrement déjà dit que Bonaparte-Napoléon (respectons le double visage) avait un coté visionnaire. La preuve ! Il lui arrivait être indisposé par le téléphone !

A bientôt, si tout le monde en est d'accord.


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De lagardère, le 5 août 2008 à 19:04
Note du film : 3/6

Primo : Je ne vois pas , Azurlys , pourquoi quelqu'un ne serait pas d'accord pour vous lire ! C'est toujours trés instructif !

Ségundo : piqué par votre anecdote, je me suis mis en devoir de rechercher la scène en question :Je confirme ! On entend bien une sonnerie de téléphone ! J'ai du monter le son de la télé, ayant les Portugaises pas mal ensablées, assez fort mais c'est tout à fait exact ! Bravo !


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De Azurlys, le 6 août 2008 à 12:40

La scène de "Napoléon", en dehors du coté incongru du téléphone, s'organise d'une façon époustouflante ! La substitution d'un comédien par une autre (déjà vu dans "Remontons les Champs-Élysées" et "Le Destin fabuleux de Désirée Clary" – avec, en plus, pour le second, le générique au milieu du film !), relève d'un culot exceptionnel de la part de l'auteur, et une manière étonnante de faire du trapèze volant avec l'écoulement du temps. Il y a une séquence voisine dans "Si Versailles…". J'en reparlerai. On me pardonnera, non pas d'y retourner, mais d'y revenir… (aller, autant vous l'avouer, c'est un emprunt à Sacha lui-même ! Cette phrase est de lui !).

Mais il avait en outre la curieuse signification, qui n'engage que moi, évidemment, que semble nous indiquer la coupe de cheveux. Le "commencement de la fin" a sans doute été la Bataille d'Eylau, qui a été une boucherie effrayante plus encore, et là, il semble que Napoléon ait senti le vent tourner. Il n'en reste pas moins que la coupe de cheveux m'a semblé, depuis longtemps, un symbole, puisque l'extirpation de Napoléon du moule Bonaparte – comme un papillon d'une chrysalide – ici raccourcie de façon arbitraire et brillante par une astuce de construction, présageait, après l'éclat et la fougue de la jeunesse à Arcole, l'amorce de la descente, inévitable quand on atteint le sommet. Viendront ensuite, évidemment, la conquête de l'Europe exaspérée, et pourtant célébrée, sanctifié par le sacre et la construction de l'Empire. La consécration après la jeunesse auréolée de la campagne d'Italie !

En somme, la jonction entre les deux personnages, devant un miroir, qui tôt ou tard, renverra la dégradation qui nous attend tous, expédiée ici avec facilité, élégance et un toupet monstre, est-elle déjà un constat de l'age qui avance, quoi que l'on fasse. N'oublions pas que Cocteau estimait – entre autres dans "Orphée" – que les miroirs étaient les portes par lesquels entrait la Mort, chaque nuit, chez chacun de nous pour nous regarder dormir, et attendre son Heure ?

Même Hudson Lowe, qui lui donnait du "général" à Saint-Hélène, n'est pas parvenu à détruire la légende, et de fait a poussé l'aigle déchu vers l'immortalité. Il est devenu, ensuite, la mauvaise conscience de l'Angleterre, honni, rejeté, et a finit par se prendre. Paix à son âme.

Encore un cadeau britannique ! Je parle de l'Empereur et de sa survie, contre vent et marée, bien sûr, pas Hudson Lowe. Ennemis, vous avez ennemis ? Est-ce bien sérieux ?


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De Impétueux, le 20 novembre 2011 à 20:12
Note du film : 3/6

C'est tout de même bien long, trois heures en deux époques, même si on conçoit bien que pour évoquer la fabuleuse figure et le drôle de destin du Corse aux cheveux plats, on ne puisse resserrer trop le récit, sauf à rendre incompréhensibles les événements historiques. Et d'ailleurs même en trois heures, il y a beaucoup d'impasses (la guerre en Espagne complètement tue, la retraite de Russie à peine évoquée, le blocus continental ignoré…).

Si Versailles, en 1954, tournait d'un sujet concentré dans l'espace, et même dans le temps (trois petits siècles) en 2h40. Si Paris, en 1956, embrassait trop de temps (près de deux millénaires) et trop de sujets pour être aussi réussi. Napoléon est le plus long des trois films et manque souvent de rythme, malgré les mots toujours drôles, malgré quelques scènes quelquefois brèves, mais fortes, sur quoi je reviendrai.

En fait, à mes yeux, la meilleure des promenades historiques de Guitry, c'est Remontons les Champs-Élysées, suivie de Si Versailles, Les perles de la Couronne étant enfilées sur une trame un peu artificielle.

Donc, Napoléon, qui souffre, ainsi qu'on l'a dit sur la suite de messages qui précèdent, de bien des défauts. Je tiens pour peu de choses les absurdités désinvoltes relevées par Azurlys, du type grand soleil encore très haut dans le ciel lorsque, le 2 décembre 1805, le commentaire indique comme tenue pour gagnée à 6 heures la bataille d'Austerlitz, ou les frondaisons de plein été du parc de Fontainebleau lorsque Napoléon y accueille le Pape le 25 novembre 1804 : ce ne sont que des broutilles, que seuls de vieux matous comme nous relèvent.

Je ne trouve pas très heureux, non plus, les intermèdes musicaux qui ponctuent le film : le ténor Garat incarné par le melliflu Luis Mariano qui chante Plaisir d'amour devant les invités de Barras (Pierre Brasseur, très bien), le ballet dansé par une partie de ces invités dans le parc, au soleil levé, ou même la complainte, au bivouac de Wagram, reprise successivement par je ne sais qui, puis par le Maréchal Oudinot (Armand Mestral), puis par le Maréchal Lefebvre (Yves Montand). Tout cela rompt un peu le rythme et n'apporte rigoureusement rien.

Trop nombreuses les vues de bataille (il est vrai qu'on peut difficilement s'en passer dans un film sur Napoléon) ; on voit que, pour l'époque, et sans l'artificiel ajout numérique qui peut noircir les plus vastes plaines d'innombrables combattants, ce n'est pas mal, mais enfin, le génie de Guitry n'est pas là ; pas là du tout.

Il est naturellement bien meilleur lorsqu'il s'agit de parler des femmes bien que, dans Napoléon, elles passent à la fois dans l'espace filmé, mais accrochent peu (à part les beaux yeux vides de Michèle Morgan en Joséphine de Beauharnais) ; même ma chère Danielle Darrieux est un peu pâlotte.

En fait, le plus grand amour de Guitry fut moins les femmes que la France, et sa grande pensée est exprimée, dans Napoléon par Pauline Carton, qui interprète une aubergiste chez qui Napoléon, au retour de l'île d'Elbe fait étape. Elle s'exclame Vive l'Empereur ! et, goguenard, il la taquine, la soupçonnant d'avoir encore crié Vive le Roi ! la veille. Et Carton de donner cette belle leçon : Crier "Vive quelque chose !", ou "Vive quelqu'un !", c'est encore crier "Vive la France !" ; ce qui n'irait pas, c'est qu'on en soit à crier "A bas quelqu'un !". Belle leçon !

J'évoquais plus haut quelques moments qui, trop perdus dans un film un peu languissant, marquent l'esprit, bien qu'ils soient très brefs : le Maréchal Lannes (Jean Gabin), les deux jambes amputées après la victoire d'Essling et montrant en expirant à Napoléon le champ de bataille dévasté en beuglant Assez !, l'échange de dessins entre Montholon (Jean Marais) et Hudson Lowe (Orson Welles) sur la pierre tombale du mort, l'exécution de Ney (Clément Duhour) et de Murat (Henri Vidal). On pourrait revenir sur la cérémonie du Sacre du 2 décembre 1804, qui, malgré une très belle marche écrite par Jean Françaix, habituel collaborateur de Guitry, fait un peu mesquin ; autant aurait valu, comme Abel Gance dans Austerlitz faire narrer par Ségur (Jean-Louis Trintignant) aux serviteurs émerveillés l'ordonnancement de la cérémonie devant une immense maquette…

Mêlant petite et grande histoire, personnages de premier plan et silhouettes inventées – ou non -, mots historiques et traits d'esprit personnels, selon sa formule habituelle, Sacha Guitry a tout de même un peu de mal à maintenir constamment l'intérêt…


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