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Sujet : Et Dieu créa Morgan ...


De Tamatoa, le 24 octobre 2013 à 18:10
Note du film : 5/6

De façon générale, quand on évoque Georges Lacombe, c'est plutôt pour parler d'un cinéaste un rien habile et qui nous a offert quelques films pour qui nous avons une réelle sympathie, même si ces derniers n'atteignent pas des sommets de création. Derrière la façade ou Martin Roumagnac en passant par Sous les toits de Paris sont ces petits pavés qui font partie de la grande route du cinéma, assez brillants pour ne pas être oubliés. Et avec ces Musiciens du ciel, par le biais d'un "René Chateau" toujours aussi peu appliqué, Lacombe ne dément pas son talent et le très cauteleux menuisier devient ébéniste et touche à l'essence précieuse. Bien sûr, on sent bien que La charrette fantôme, tourné par Duvivier l'année précédente, a laissé des traces. Et Georges Lacombe décide de nous la rejouer mais en moins larmoyant, s'appuyant sur le roman de René Lefèvre. Et je n'hésite pas à dire que c'est une réussite. Il est vrai que le premier quart d'heure nous fait un peu douter du bien fondé de ce film. Les magouilles entre apaches se trainent un peu en longueur. Mais voilà qu'au détour d'une bouche de métro, à quelques encablures de la Tour Eiffel, apparait Michèle Morgan

A t-on déjà vu plus belle représentante de l'armée du salut ? Si Dieu existe, comme elle le prétend, il est à parier qu'il a trouvé refuge au fond de son regard. Et sa voix, d'une douceur angélique, ne descend-elle pas du ciel ? Je vais là employer un mot réfléchi, mesuré : c'est un choc ! La magnifique actrice, plus belle image que réellement pourvue de talent, nous en a pourtant offert d'autres. Mais là… Et cette apparition à quelques 700 kilomètres de Lourdes fait s'envoler le film comme nous l'attendions. Lacombe marche sur des œufs, fait dans la dentelle, prend des gants pour faire bouger ses personnages.

La vie des salutistes nous est contée au plus près. Au grand étonnement d'un René Lefèvre que je n'ai jamais connu aussi bon, même si à peine un peu âgé pour son rôle de petite gouape. Auteur du roman dont est tiré le film, il y est parfait. Lui, la crapule finie, va se retrouver au cœur d'un temple dont il ne soupçonnait pas l'existence. Avec Dieu en toile de fond mais sans curés, sans sacristains, sans Autel. Avec des lieutenants, des majors, des colonels. Des personnages pour qui tout passe par la voix et la douceur qu'on veut bien lui donner, le cœur et la compréhension qui va avec, sans pitié à deux balles mais une réelle croyance en son prochain. Et puis les yeux de MorganMichel Simon nous surprend dans un rôle inhabituel. Dire qu'il y est bon serait un pléonasme et pourtant disons le. Mais tous sont excellents. J'émets à cet instant un avis très personnel et qui peut être contesté, mais rien ne cloche dans cette distribution. De plus, le scénario, même avec un goût de déjà vu, est fort bien pensé. Pas de larmoiements intempestifs, pas de sentimentalisme gluant, pas de pathos lénifiant. La vie de ces dévoués à Dieu, sans romance, juste avec une énergie de l'âme qui les transfigurent…

Une bouffée d'air pur, une sérénité, un baume apaisant sûrement. Oserais-je vous dire que nous nous sentons meilleur après la diffusion de ce film ? Je n'en suis pas loin … Et les yeux de Morgan… Elle n'est que douceur, paix, humanité. Et elle est belle. Si belle. Et ce n'était pas le moment pour qu'elle le soit autant. Parce qu'avec ces yeux là, comme elle l'écrira plus tard dans un beau livre de souvenirs, n'importe quelle canaille (votre serviteur par exemple) se ferait prêtre dans l'instant ! On l'écoute avec émerveillement quand elle raconte Golgotha à son protégé René Lefèvre. Et nous sommes près à la suivre sur tous les chemins de Galilée, les yeux fermés, comme le sont à jamais ceux du commissaire salutiste Auguste Boverio, amoureux fou dans sa pénombre éternelle de celle qui pleure son sourire radieux. Ce film, c'est elle, juste elle, mais surtout elle. Tout le petit monde de mansuétude qui gravite autour de sa grâce n'est qu'une multitude de planètes autour d'un soleil… Georges Lacombe nous promène, tranquille, sans esbroufe, dans un monde où l’égoïsme n'a pas droit de cité. Un monde que bien souvent nous voulons ignorer et qui pourrait faire regretter à beaucoup, l'invention du cinématographe..

Il y a des films qui secouent. Et je n'aime pas l'être. Pas comme ça, du moins. Golgotha, je n'ai rien compris. Manque de culture, de connaissances en la matière. Les musiciens du ciel, ça j'ai pigé. Pas besoin de croyance et tra-la-la. Mais ces musiciens là ne vous demandent pas si vous avez compris. Ils vous mettent sous le nez une vérité que vous évitez parfois une vie entière.
"-Pourquoi faites vous tout ça ?-"
"-Pourquoi je vends des évangiles à vingt sous pour les pauvres ? J'en sais rien… Mais si vous lisez ça, y'a les explications dedans..-"
"- (sourire..) Alors je vais acheter les explications…-"

C'est un très beau film. Dans sa catégorie. Humblement très beau. Je n'irai pas pour autant acheter les explications après. Mais j'ai beaucoup aimé ! Beaucoup.


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De Impétueux, le 24 octobre 2013 à 19:52
Note du film : 3/6

Si Dieu existe, comme elle le prétend, il est à parier qu'il a trouvé refuge au fond de son regard.

Ouh là là ! moi qui pense que Dieu existe, vous faites vaciller ma Foi, Tamatoa, ce que je pensais réservé aux pires démons… Rencontrer Michèle Morgan dans un coin du Paradis me semble confiner à l'Enfer…


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De Tamatoa, le 24 octobre 2013 à 19:59
Note du film : 5/6

Voilà une réaction qui demande un développement, ami, convenez en …


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De Impétueux, le 24 octobre 2013 à 22:59
Note du film : 3/6

Bof… Depuis des années je tape sans discontinuer sur quelques unes de mes têtes de Turcs : Pierre Blanchar, Gabriello, Pierre Etaix, Jean Marais, Orane Demazis, Marguerite Duras. Michèle Morgan fait partie du lot…

Et puis, si je donne volontiers ma pièce (voire mon billet) aux orchestres salutistes qui jouent des musiques édifiantes aux carrefours de Paris, lorsque le temps de Noël arrive, j'ai une vieille dent contre les parpaillots.

Tout cela est donc très injuste et très simple.


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De Tamatoa, le 24 octobre 2013 à 23:35
Note du film : 5/6

Bon…

Mais je ne comprends pas : Sur le fil de Golgotha, vous dites : Pas plus que vous ignorez que la foi des protestants et des catholiques est identique sur la Passion… . Alors ? Que vous ont fait ces parpaillots là puisqu'ils servent le même Boss. ? Et celà va vous empêcher de voir ce film ? Et puis, je ne sais pas, imaginez Danielle Darrieux à la place de Morgan. Mais ce serait dommage que vous n'y jetiez pas un oeil. Juste un. Si moi, vieux mécréant, ignorant de tout ça, j'en sors quelque peu ébranlé, le croyant que vous êtes ne va pas s'arrêter à une tête de turc !


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De Impétueux, le 25 octobre 2013 à 11:20
Note du film : 3/6

J'ai bien terminé en écrivant que j'étais injuste…

Cela dit, si la Foi des Catholiques et des Protestants est identique sur la Passion, elle diverge dans bien d'autres points, actuellement irréconciliables, et notamment sur le magistère de l'Église… Mais on ne va pas ouvrir un bavardage théologique sur le site…

Ma piètre appréciation des talents d'actrice de Michèle Morgan ne m'empêche pas d'aimer infiniment Quai des brumes ou Remorques et de supporter l'actrice dans Les grandes manœuvres, L'étrange Madame X, Marguerite de la nuit, Marie-Antoinette, reine de France et quelques autres.

J'aurai donc beaucoup de plaisir à regarder quelque jour Les musiciens du Ciel, malgré Morgan et René Lefèvre, au physique mou, déjà agaçant dans Le crime de Monsieur Lange, mais qui s'est bien amélioré en vieillissant jusqu'à faire un extraordinaire fourgue dans Le doulos


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De Frydman Charles, le 12 novembre 2014 à 15:33

L'armée en 1939 ce sera la guerre… Dans le film, le lieutenant, on devrait peut-être dire "la lieutenante", et autres grades de l'armée du salut sont bien pacifiques et humains… Dieu a dû partir en vacances après la déclaration de la guerre…


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De Tamatoa, le 12 novembre 2014 à 18:48
Note du film : 5/6

Soyez remercié, Charles Frydman, pour avoir reparlé de ce film. Je ne savais pas quoi voir ce soir, maintenant je le sais ! E makimaki nei au . Mauruuru roa  !


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De Impétueux, le 7 mai 2015 à 15:10
Note du film : 3/6

Alors là, cher Tamatoa, ami disparu – et, nous le craignons, hélas ! – définitivement – alors là, moi qui partage si souvent vos goûts et vos nostalgies, je ne vous suis pas et ma note médiane de 3 est donnée plus par sympathie pour ce que vous fûtes et avez apporté à DVDToile que par claire détermination.

Les musiciens du Ciel m'ont paru bien patauds, bien lourdingues, bien moralisateurs et bien niais et pourtant j'ai essayé au maximum de mettre de côté mon ironie peu charitable envers ces parpaillots. Les salutistes se constituent en brave Armée contre la misère et, à l'instigation de leur fondateur, le pasteur méthodiste William Booth vont vaillamment porter la Bonne parole aux marges tout autant qu'au cœur des villes, nouvelles Babylones. Qu'ils agissent avec une grande détermination et une très bonne et très justifiée bonne conscience n'empêche pas que cette charité caporalisée où l'on se costume, s'engalonne et s'intitule Commissaire, Capitaine ou Lieutenant me semble un peu bébête.

J'ai tort, bien entendu et d'ailleurs je mégote rarement ma piécette lorsque, l'hiver venu et les frimas installés, j'aperçois sur une place trois ou quatre braves gens soufflant dans une clarinette et un bugle au milieu de l'indifférence des passants. Les Salutistes sont touchants et indispensables. Et courageux, aussi. Dans mon jeune temps, quand je sortais un peu tard le soir dans des cabarets sombres et alcoolisés, j'ai quelquefois vu un des leurs, comme dans le film, venir proposer aux noctambules alcoolisés d'acheter En avant !, journal édifiantissime de l'organisation. Il faut le faire, ça, affronter les quolibets et les rudoiements et passer d'une cave enfumée à un bistro morose en espérant qu'au bout de la nuit on aura pu accrocher une minute d'attention… C'est courageux et ce n'est pas tellement gratifiant. Il faut y croire.

Les musiciens du Ciel est un film qui naturellement s'appuie sur ces singuliers et tendres dévouements. D'ailleurs un carton, au début du film, le dit nettement : le film de Georges Lacombe a reçu l'approbation de la direction de l'Armée du Salut et on n'est pas loin de l’œuvre documentaire de propagande. Et pourquoi pas, après tout ? La vie est à nous, charmant film imbécile de Jean Renoir a tout aussi clairement, en 36, reçu l'onction du Parti communiste qui en avait passé commande.

Ce n'est pas ça qui me dérange. Ce qui m'agace, c'est la tête crétine de René Lefèvre dont la physionomie suffirait presque à me gâcher Le crime de Monsieur Lange, un des deux ou trois meilleurs films de Jean Renoir (encore lui !). Je suis tout autant convaincu que mon jugement est injuste, d'autant que je l'ai trouvé très bon acteur, vieilli, dans le rôle secondaire du fourgue du Doulos de Jean-Pierre Melville, qu'il a fait une très belle guerre et qu'il avait un réel talent d'écriture ; mais c'est comme ça : je ne parviens pas à passer sur sa physionomie de fromage mou.

Autre réticence, Michèle Morgan, surtout lorsque comme dans Les musiciens du Ciel elle interprète une héroïne admirable mais victime-née, trop parfaite pour ne pas exaspérer la vraisemblance, totalement éthérée, asexuée, lumineuse et fragile. Et comme elle meurt de consomption (et de tuberculose) à la fin, ça complète un tableau auprès de quoi les pires chromos sulpiciens feraient l'effet de gravures scabreuses.

En revanche, Michel Simon, qui a trouvé chez les Salutistes une voie qui convient à ses incertitudes et à ses failles, est absolument parfait (il est vrai qu'il était Genevois). Et Louis (René Alexandre), le mutilé et aveugle de guerre est épatant.

À me relire, je m'aperçois que, dans ma longue logorrhée d'avis épandus ici et là, celui que je viens d'écrire est sûrement un des plus injustes et mal argumentés. Ça me gênerait presque…


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De jeff94, le 16 août 2015 à 09:00
Note du film : 5/6

Un des plus beaux film de notre patrimoine cinématographique français, un des meilleurs rôles de Michelle Morgan avec "le miroir à deux faces " avec Bourvil, un grand René Lefevre dans ce film dramatique, qui m'avait beaucoup touché à l'époque, Georges Lacombe traite le thème de la pauvreté dans cette histoire d'amour avec une touche très pudique.

À voir et a revoir …..


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