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Critique


De dumbledore, le 24 novembre 2004 à 16:41
Note du film : 5/6

Quand Steven Spielberg fait son premier film de cinéma, Sugarland Express, il a 28 ans. Il prend comme point de départ une histoire vraie, celle d'un road-movie entrepris par une jeune mère – après avoir fait évader son compagnon – afin d'aller chercher son enfant qui vient d'être confié à une famille d'accueil.

Tout est présent dans cette histoire pour intéresser et Spielberg et les producteurs. Steven Spielberg y trouve pour la première fois les thèmes qui lui seront chers, à savoir une figure de mère aimante, capable de jouer avec les montagnes et même de les déplacer pour son enfant, et surtout le fait qu'"il faut sauver l'enfant".

L'enfant en danger se retrouvera tout au long de son cinéma ludique. Soit sous la forme d'enfants physiquement menacés. Dans Les dents de la mer, le chef Brody, particulièrement lâche au début du film prendra les choses en mains quand ses enfants auront été menacés par le requin. Dans E.T. la scène la plus forte est celle d'un Elliott mourant, à côté d'E.T., et qu'il faut sauver. C'est également des figures d'enfants enlevés à leurs parents__. C'est le cas dans Rencontres, dans Poltergeist, dans Indiana Jones et le temple maudit, dans Hook, et d'une certaine manière dans Empire du soleil et A.I.

Les mères chez Spielberg sont moins fordiennes que ce que l'on dit. Elles sont à la fois aimantes, protectrices, mais surtout incapable de le faire correctement. La mère d'Elliott dans E.T. ne voit rien à ce qui se passe, une sorte de fée sans pouvoirs. Un peu comme dans A.I. d'ailleurs. Celle des Rencontres est volontaire mais incapable de retenir son fils. Celle de Catch me if you can est également dépassée, trop rêveuse à sa propre jeunesse pour se soucier de celle de son fils.

Ici, dans Sugarland Express c'est une mère qui est le personnage principal du film, et c'est elle qui fait la force de l'histoire.

Elle est particulièrement bien travaillée (surtout pour un film de Spielberg guère enclin à complexifier ses personnages). Elle veut à la fois absolument sauver son fils, mais elle est totalement déconnectée de la réalité. Ainsi, elle fait évader son mari, quelques semaines avant qu'il soit libéré ! Elle court, poursuivi par des hordes de voitures et continue de penser qu'elle pourra récupérer et vivre en paix avec son fils.

Bref, elle est également une sorte d'enfant paumée, naïve. Elle-même, aussi mérite d'être sauver. Cette infantilisation du personnage est évidemment conscient et totalement construit par Spielberg à travers tout une série de comportements comme la fierté d'être regardée, et admirée, la collectionnite de coupons de réduction (alors qu'elle fait des braquages) et même la fascination et l'utilisation des armes, dans un plaisir purement enfantin.

De comédie dans le ton, le film se révèle être une tragédie dans sa construction avec une fin étonnante pour un film de Spielberg. Rarement il aurait été aussi noir avec ses personnages. A cet égard Sugarland Express fait figure d'exception.

Le sujet du film est également intéressant pour les producteurs : Spielberg a réalisé un Duel qui a prouvé qu'il sait filmer la route et les véhicules comme personne, capable de donner rythme et passion à une histoire quelle qu'elle soit, même vide comme l'était Duel.

Et la mise en scène est effectivement somptueuse. La gestion du cadre est particulièrement impressionnant, le rythme parfait et le décalage sans cesse travaillé entre les personnages coincés dans la voiture et l'extérieur est magistral. Spielberg ose même un long clin d'oeil à son ami John Landis avec cette file ininterrompue de voitures de polices qui suivent la petite voiture, rappelant avec moins de folie Les Blues Brothers.


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