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Sujet : Un diamant noir de Michel Deville


De Arca1943, le 26 février 2005 à 10:36
Note du film : 5/6

Quoi!?! Il n'existe pas de version DVD d'Eaux profondes, ce thriller psychologique vénéneux de Michel Deville ?!?

Je suis fan depuis toujours de Patricia Highsmith, créatrice de récits policiers spécialisée dans la part obscure de l'homme, qui a été bien servie par le cinéma et vice-versa : Strangers On a Train d'Hitchcock, Plein soleil de René Clément, Dites-lui que je l'aime de Claude Miller, L'Ami américain de Wim Wenders sont tous d'excellents films. (Et je n'ai pas vu Le Cri du hibou de Chabrol).

Pourtant, de tous, celui qui « récupère » le mieux l'univers de Patricia Highsmith à l'écran, c'est celui-ci. Jusqu'à l'insert d'un escargot qui rampe…

Dans tout bon récit policier, il y a une question dont il s'agit de retarder la réponse jusqu'à la révélation finale. Ça peut être l'identité du coupable, comme dans le whodunit (exemple : Murder on the Orient Express). Ça peut être la façon dont le détective va s'y prendre pour confondre celui dont on sait depuis le début qu'il est coupable, comme dans les Columbo. Ça peut être de savoir si le coupable va réussir à se faire arrêter par la police, commme dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Ça peut être de savoir qui est en fin de compte la véritable victime dans l'histoire, comme dans les Boileau-Narcejac (Les Diaboliques, Vertigo, Les Louves). Et bien d'autres variations encore…

Ici, la question de roman policier ressemble à une question de roman tout court… Quels sont les vrais rapports entre Huppert et Trintignant? C'est pourquoi un spécialiste du marivaudage – au sens léger et pétillant du terme – était curieusement l'homme de la situation. Les rapports amoureux sont au centre de presque tous les films de Michel Deville (sauf l'atypique Dossier 51 ?) et Eaux profondes ne fait pas exception à la règle. Sauf que cette fois, c'est les amours du barracuda et de l'anguille électrique…

Ceux qui ont vu et aimé Benjamin, Raphaël ou le débauché, Bye bye, Barbara ou La Lectrice seront peut-être surpris de retrouver Deville occupé à ciseler ce diamant noir. Pourtant, c'est bien lui ! C'est son univers, subtil et musical, mais en version glauque.

Par contre, je ne me rappelle plus quelles musiques Deville a choisies pour ce film-ci. Ah, eh bien, ça me fera une raison de revoir Eaux profondes pour une quatrième fois. (Pour la musique de ses films, Deville, comme Kubrick, Visconti et quelques autres, préfère souvent (toujours?) recourir à des maîtres classiques : Mozart, Vivaldi, Satie… )

Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant sont au sommet de leur art.

Rééditons ce film qui porte vraiment bien son titre !

Arca1943


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De gehenne0, le 26 janvier 2006 à 07:48
Note du film : 5/6

Parmi les trous béants des catalogues des rééditions de films français en dvd, il y évidemment Eaux profondes de Michel Deville.

J'ai vu ce film en salle et depuis je n'ai pas eu l'occcasion de le revoir. Je me souviens d'un thriller tout à fait efficace, des personnages ambigus, d'une atmosphère étouffante et d'un décors naturel formidable (île bretonne).

C'est typiquement un film que Chabrol aurait pu signer sans en changer un seul plan. Le jeu entre Trintignant et Hupper est fascinant …

Une réédition s'impose, comme s'impose la réédition du sulfureux et passionnant Péril en la demeure du même Michel Deville avec Nicole Garcia, Malavoy, Piccoli, Borhinger et une extraordinaire Anémone dans un rôle de personnage cynique et candide à la fois, une grande interprétation…

DEUX FILMS À RÉÉDITER D'URGENCE…


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De PM Jarriq, le 8 mai 2009 à 10:06
Note du film : 4/6

La grande réussite de Eaux profondes, c'est d'avoir réuni deux comédiens parfaitement choisis : maîtres ès-ambiguïté, spécialistes de l'underplay cher à l'Actor's Studio, orfèvres des sourires équivoques, des regards obliques, Huppert et Trintignant se délectent visiblement de leurs rôles taillés sur mesure, et assurent le spectacle à eux seuls, grandement aidés par les extérieurs de Jersey, joliment exploités.

Le scénario laisse tout de même des trous béants (s'ils sont mariés depuis huit ans, et que ce petit jeu malsain est devenu une habitude, pourquoi Vic bascule-t-il subitement, surtout à cause de ce pauvre pianiste mollasson et inoffensif ?), les seconds rôles tenus par de bons comédiens de théâtre sont vraiment bâclés, mal dessinés, et les choix musicaux de Deville, pour originaux qu'ils soient, tapent parfois sur les nerfs, surtout dans les (longues) scènes de danse. Une coquetterie superflue, à laquelle un Chabrol – qui aurait effectivement pu réaliser ce sujet – n'aurait sans doute pas cédé.

Mais ceci n'est que broutille, et il faut revoir Eaux profondes, ne serait-ce que pour l'oeil éteint de Trintignant, contenant mal ses démons, son sourire tordu, laissant deviner sa folie homicide, sa passion dévorante mais si policée.


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De fretyl, le 8 mai 2009 à 12:48
Note du film : 4/6

Dans les années 70 Claude Chabrol avait rêvé de porter à l'écran Eaux profondes avec Lino Ventura dans le rôle principal. Le sujet n'a jamais eu lieu… devinez pourquoi ? … Lino ne voulait pas jouer un mari cocu.


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De PM Jarriq, le 8 mai 2009 à 13:05
Note du film : 4/6

Il semblerait que Ventura avait tendance à se sous-estimer, en tant qu'acteur. Néanmoins, et malgré toutes ses qualités indéniables, il faut bien reconnaîre que Lino Ventura et l'ambiguïté, ça faisait tout de même deux…


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De Romuald, le 8 mai 2009 à 13:08

OUi, pm jarriq, ca faisait deux ! Mais il n'empêche que, le temps passant, et après audition de metteurs en scène et acteurs ayant travaillé avec lui, on apprend que Lino Ventura était loin d'être cet homme affable que l'on décrit. Lautner malgré la grande amitié qui les unissait le décrit comme assez prétentieux, et s'est faché plusieurs fois avec lui. il raconte qu'il a interrompu le tournage de Ne nous fâchons pas pour que l'on vire Jean Lefebvre ! Robert enrico affirme qu'il ne faisait pas de cadeaux à ces petits camarades de travail. Et deux ou trois petites choses comme ça qui mettent un frein à l'engouement que j'avais pour lui. Alors, apprendre aujourd'hui, qu'il refusait de jouer les cocus ne m'étonne plus guère…..

                                      pour \Lagardère

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De fretyl, le 8 mai 2009 à 13:54
Note du film : 4/6

J'en ai entendu beaucoup en ce qui concerne Lino Ventura notamment parce-que j'ai lu plusieurs biographies à son sujet.
Justement je pense que le tournage de Ne nous fâchons pas n'a pas du être simple, puisque Ventura ne voulait pas non plus faire ce film !

Sa fille racontait qu'il s'est fâché à mort avec un réalisateur dont elle n'a pas voulu dire le nom (mais je ne serait pas étonné qu'il s'agisse de Lautner) parce-que celui-ci avait engueulé un jeune technicien devant Ventura. Il aurait aussi faillit casser la gueule à un acteur dont le nom reste également un mystère parce-que celui-ci avait fumé un pétard devant lui.
Il était assez difficile sur les tournages, si une scène ou une réplique ne lui plaisait pas, il la barrait du scénario et s'engueulait souvent avec les réalisateurs. Pour lui faire tourner la scène ou il est au lit avec Françoise Fabian dans La bonne année, Lelouch a mis plusieurs semaines avant de le convaincre.
Et puis il n'embrassait jamais les femmes, ce qui le poussera à repousser certains scénario interessant comme par exemple : Les choses de la vie.


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De Impétueux, le 3 janvier à 21:55
Note du film : 4/6

Film vénéneux, sulfureux, décadent, au rythme assez lent. Rythme qui, d'ailleurs, doit être celui de l'existence de la communauté huppée de Jersey, l'île anglo-normande ; une prospérité faite d'un peu d'ennui, de ciels gris, de nombreuses partys où l'on se reçoit, s'alcoolise et flirte. Des gens bien élevés, assez complices dans leurs routines. Mais écrivant cela, je ne vois aucune raison de leur jeter un regard indigné : je serais bien plus à l'aise au milieu d'eux qu'avec les racailles de banlieue. Et que celui qui ne pense pas cela me jette la première pierre. Comme le dit la sagesse populaire, Mieux vaut être beau, riche et bien portant que laid, pauvre et malade. Tout cela s'appelle le mur de la réalité.

Dans cette petite société, par ailleurs assez intellectuellement limitée, voilà un couple singulier, sans doute assez choquant : celui qui est formé par Mélanie (Isabelle Huppert) et Vic Allen (Jean-Louis Trintignant), qui ont une charmante petite fille, Marion (Sandrine Kljajic) qui doit avoir 9 ou 10 ans et prépare un concours de piano. Du beau monde prospère. Vic est à la tête d'une entreprise familiale artisanale de parfumerie qui se porte bien. Mélanie passe ses journées à déjeuner avec ses copines, faire le tour des beaux paysages de l'île et sans doute dévaliser les boutiques chics de Saint-Hélier, la capitale.

Mais ce couple élégant, délicieux, agréable, sympathique a une sorte de tropisme bizarre. Mélanie aime flirter de façon très engagée avec de beaux hommes, dont l'île ne manque pas et se livre à ce jeu pervers sous les yeux de son mari, qui donne l'impression non seulement de tolérer, mais de se satisfaire des provocants stimulants manèges de sa femme. Une femme qui se laisse caresser, au vu et au su de chacun par tous les mâles qui passent et s'insèrent pendant un peu ou beaucoup de temps à Jersey. Lorsque le film commence, le favori est Joël (Jean-Luc Moreau), sorte de Latin lover très suffisant. Mais il est loin d'être le premier. Et il ne sera pas le dernier, bien évidemment.

Le défaut du film est qu'on ne comprend pas très bien la situation ; il y a un rapport, bien sûr, avec ce qui est peut-être le meilleur film de Claude Chabrol, c'est-à-dire La femme infidèle avec de prodigieux Michel Bouquet et Stéphane Audran. Mais on sentait bien, chez Chabrol la nécessité, la force de l'ambiguïté qui unissait les deux époux. Chez Michel Deville il y a un grave manque : on ne perçoit pas, ou mal, ou de façon insatisfaisante pourquoi et comment Mélanie et Vic vivent cette relation malsaine : nymphomanie de l'une ? Impuissance de l'autre, l'une et l'autre sublimées par ce jeu choquant ? Va savoir !

L'intrigue est bien menée, certes, et on la suit avec aisance, d'autant qu'elle est jouée par deux des meilleurs acteurs du dernier demi-siècle, dont aucune attitude n'est fausse et qui se répondent avec un infini talent. Mais, comme on l'a remarqué, les comparses sont plutôt falots et aucun d'entre eux n'est à même de poser sa marque : c'est bien dommage parce que la mise en place d'un personnage fort, séduisant, de l'identique niveau de Vic/Trintignant pourrait expliquer, justifier, faire admettre le retournement qui fait du mari complaisant – apparemment complaisant, pourtant si douloureux – un meurtrier déterminé.

C'est donc un peu artificiel ; je ne dis pas cela pour les invraisemblances multiples puisque, dans le genre policier, elles sont toujours foison mais parce que les caractères, les orientations, les raisons d'être ne sont pas tout à fait convaincantes. Mais ça vaut la peine.

Michel Deville, mort il y a moins d'un an, est aujourd'hui absolument oublié ; n'empêche que – mais je l'ai déjà écrit plusieurs fois – Benjamin ou les mémoires d'un puceau (1968), Raphaël ou le débauché (1971), Le mouton enragé (1974), avant ces Eaux profondes (1981) ou Péril en la demeure (1985), c'était vraiment pas mal du tout. Ensuite, ça s'est dégradé.


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