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Forum : Les Enfants nous regardent

Sujet : Talent de conteur et scénario parfait


De Arca1943, le 6 novembre 2007 à 23:19

Les raisons de l'absence de tellement de bons films italiens sur DVD en France sont obscures, et même très obscures, je ne vous l'envoie pas dire !

Parmi les (rares) sorties programmées ces temps-ci, il y a le coffret Francesco Rosi, un Risi peu connu, Il Giovedi, et un Scola de la belle époque, Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique.

Du côté des mauvaises nouvelles, on attend toujours que la sortie en salles françaises de certains classiques de Valerio Zurlini, comme Un été violent ou Journal intime, au cours des deux dernières années, se concrétise en édition DVD.

Maints gialli de série B sont sortis au cours des deux dernières années, ce qui, en soi, est une bonne nouvelle, mais du côté du thriller triple A – Indagine…, Cadavres exquis, Le Soupçon etc – on attend toujours. Dans cette série, pourtant prestigieuse (et qui à son époque fit le plein de spectateurs, y compris à l'étranger) presque rien n'est sorti, même pas le classique Sacco et Vanzetti (et les autres bons films de Montaldo, alors n'en parlons pas !). Mais il y a Pontecorvo, c'est vrai, avec les films majeurs que sont Kapò et La Bataille d'Alger.

Du côté des Totò, une percée notable a été réalisée tout récemment avec l'édition de Guardi e ladri, un fameux cru. Mais comme ventre affamé n'a pas d'oreilles, on se prend à rêver de voir arriver, par exemple, La banda degli onesti, Misère et noblesse ou même La Dottoressa (où l'on trouve aussi Abbe Lane, qui n'est certes pas quantité négligeable…)

Côté grands maîtres consacrés par les grands critiques, comme Fellini, Pasolini, Antonioni, ça va on ne peut mieux. Mais attention : même chez Visconti, on se gratte la tête en se demandant pourquoi, mais pourquoi le superbe Sandra n'est pas en DVD. (Et aussi Ludwig, bien sûr).

Mais au moins le néoréalisme, lui, ne pose pas de problème de status, c'est LA référence qui vient aux lèvres quand il est question de cinéma italien, donc on le trouve en DVD ? me direz-vous. Eh bien, ça dépend. De Vittorio de Sica, par exemple, outre celui que vous citez, il y a au moins Miracle à Milan qui se fait désespérément attendre. Parce que c'est une comédie ? J'ose espérer que ce n'est pas la raison. Mais toujours dans la veine humoristique, l'absence de L'Or de Naples et de Il boom se fait cruellement sentir. De Rossellini, beaucoup de choses sont sorties, c'est vrai, y compris des jusque-là rarissimes (ses films didactiques pour la télévision). Mais de son classique Le Général della Rovere, pas la moindre trace à l'horizon. Quant à La Machine à tuer les méchants ou Dov'è la libertà, évidemment ce n'est pas au programme.

Mais le néoréalisme, c'est loin de s'arrêter là. De Giuseppe De Santis, par exemple, on n'a daigné nous sortir qu'un seul film sur DVD, le grand classique Riz amer. Toujours le même. Mais bon sang, ce n'était pas du tout l'homme d'un seul film, De Santis ! Je me languis toujours de revoir enfin le très fort Onze heures sonnaient et son extraordinaire distribution féminine. Et aussi Pâques sanglantes – avec Raf Vallone et Lucia Bosè ! Et je suis dévoré de curiosité de voir enfin La Route d'une année. Et il y en a encore d'autres, notamment Marcher ou mourir. Toujours dans la tradition du néoréalisme, mais mariée au grand roman russe, il manque toujours à l'appel au moins un très grand classique d'Alberto Lattuada, Le Moulin du Pô. Et du même réalisateur, dans la série "néoréalisme et film noir", Sans pitié, qui est aussi une histoire d'amour entre John Kitzmiller et Carla Del Poggio. Et des bons Lattuada, il y en a aussi plusieurs autres. Et Le Chemin de l'espérance de Pietro Germi, autre grand classique du genre ? Inconnu au bataillon de ces messieurs-dames. Pour ne rien dire de Fuite en France, qui est la contribution au néoréalisme du réalisateur-écrivain Mario Soldati. Et je ne mentionne même pas Il sole sorge ancora (1946)…

En revanche, un beau gros coffret Ermanno Olmi (trois films) est paru cette année. Encore heureux !

Je suis loin d'avoir terminé, on s'en doute. On trouve, par exemple, UN SEUL Bolognini sur DVD en France : le très bon L'Héritage (à cause de Dominique Sanda ?) Mais ses chefs-d'oeuvre La notte brava, Le Bel Antonio, sans parler de plusieurs autres ? Bernique. Luigi Zampa ? Zéro films en DVD. Elio Petri ? Zéro films en DVD. Nanni Loy ? Zéro films en DVD. Luciano Emmer ? Zéro films en DVD, bien entendu; pas même La Fille dans la vitrine avec Lino Ventura dont on ressort pourtant les plus menus rôles, comme on l'a fait pour De Funès. Francesco Maselli ? Rien de rien. Carlo Lizzani ? Rien on plus, et je parie que s'il en sort un ce sera un de ses gialli de série B et pas ses quelques grands films comme Le Procès de Vérone ou Fontamara. Et Pietro Germi ? Étonnamment, rien de rien, aucune de ses grandes comédies à l'italienne n'est au rendez-vous en France. Pas d'édition française ou francophone de Divorce à l'italienne !? Incroyable mais vrai. Et son dernier drame néoréaliste, Le Disque rouge (1956) ? Il faut le commander en Amérique, c'est-à-dire chez moi, dans la zone 1; mais sans sous-titres français bien sûr ! Et Antonio Pietrangeli alors ? Zéro. Même Adua et ses compagnes, une prenante réussite – et qui met pourtant en vedette Simone Signoret – n'a pas connu d'édition française ou francophone. Quant à La Parmigiana ou Je la connaissais bien, évidemment on peut toujours courir.

Même dans le western italien, il manque toujours quelques morceaux de choix, notamment La Resa dei conti ou Il mercenario. Mais bon, de ce côté-là, nous avons été passablement bien servis ces dernières années. De même, pour les films de peur, les Bava et autres Argento sont là pour un bon nombre.

Et jusqu'ici, j'ai à peine effleuré le chapitre le plus important : celui de la comédie ! Alors, là… ! Alors, là… ! Elle est terrible, avec Catherine Spaak et Ugo Tognazzi ? Pas de DVD, bien sûr ! Pas plus que pour l'autre grande comédie de Luciano Salce, Le Fédéral (avec Tognazzi et un excellent Georges Wilson). Et les Comencini des années rugissante 1960-62, comme La Grande pagaille ou À cheval sur le tigre ? Évidemment qu'ils ne sont pas sur DVD ! Pas plus que Le Grand embouteillage, du reste. Et Monicelli, me direz-vous, lui au moins doit être bien représenté ? Eh bien, certes, on trouve Le Pigeon et La Grande guerre, deux très grands crus, mais ces autres sommets que sont Les Camarades, L'Armée Brancaleone, Mes chers amis, Un Bourgeois tout petit, petit n'ont toujours aucune édition DVD. Et même Risi, si ça va quand même un peu mieux pour lui, n'empêche que Le Veuf, La Marche sur Rome, Fantôme d'amour et plusieurs autres brillent toujours par leur absence. Et Miracle à l'italienne, de et avec Nino Manfredi ? Rien. Détenu en attente de jugement, un des plus grands rôles du tragicomique Alberto Sordi ? Niente.

Et ainsi de suite.

Et au fond, ce ne sont que quelques exemples. Si je devais être exhaustif, ce serait autre chose ! Nous y passerions la nuit ! Il y a encore Liliana Cavani, dont ni Portier de nuit, ni La Peau (selon moi ses deux meilleurs films) ne sont en DVD Zone 2… Et aussi… Et encore… Et pendant que j'y suis… Mais bon, d'accord : je m'arrête !

Et après toutes ces cruelles absences, dont chacune me fend le coeur, d'aucuns s'étonneront encore que depuis quelques mois, je me gave comme un perdu de films de samouraïs… Ben quoi, vaut mieux fuir ma peine là-dedans que dans l'alcool !


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De verdun, le 6 novembre 2007 à 23:26
Note du film : 5/6

A partir du moment où ce sont souvent de grosses multinationales (universal, warner, sony, Fox, Paramount) qui ont l'essentiel des moyens de diffusions, on se retrouve avec une écrasante majorité de films américains (si bons soient-ils) réédités et des inédits français ou italiens pour le moins aberrants !


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De vincentp, le 10 juin 2014 à 18:23
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Très peu connu, réalisé en 1942 (sorti en salles en 1944), au début de la carrière de cinéaste de Sica mais de mon point de vue, d'une qualité comparable aux ultérieurs Sciuscia ou Miracle à Milan, ou Umberto D. ou Le voleur de bicyclette, du même réalisateur. Énormément de talent de conteur chez Vittorio de Sica, s'appuyant sur un scénario parfait de Cesare Zavattini. Beaucoup de finesse, de nuances de fond et de forme, et une maîtrise parfaite du langage cinématographique. En particulier, une capacité à exprimer en un minimum de temps, des idées multiples. Le facteur temps du récit est totalement optimisé.

Ce film démarre tranquillement mais impressionne petit à petit, notamment à partir de sa moitié. Beaucoup de thèmes abordés, parfaitement développés. Je suis juste soufflé… et il me reste encore à découvrir une bonne partie de l'oeuvre de ce cinéaste. Ajoutons qu'avec de telles bases posées par de Sica, mais aussi ses collègues Visconti, Rossellini,…, et leurs collaborateurs, au cours des années 1940, le cinéma italien ne pouvait logiquement que s'imposer au firmament dans les années cinquante et soixante.

les enfants nous regardent, première collaboration avec le scénariste Cesare Zavattini, qui offre les prémisses de ce que sera la marque de fabrique du réalisateur et du mouvement qui le caractérise : une sensibilité humaine et poétique dans le quotidien ou la misère humaine est omniprésente.
(Ciné-obs).

Ben quoi, vaut mieux fuir ma peine là-dedans que dans l'alcool ! (Arca1943).

Une chronique intéressante est présente sur dvdclassik.com http://www.dvdclassik.com/critique/les-e(..)


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De Tamatoa, le 11 juin 2014 à 18:26

Voilà des heures et des heures que je me dis : "Mais je ne suis pas fou ! Il y a Delon dans ce film ! Et puis ça ne correspond pas avec l' avis de Vincentp ! J'ai cherché ce qui clochait. Oui, il y a Delon. Mais dans Attention les enfants regardent…dans un tout autre genre.


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De vincentp, le 11 juin 2014 à 18:27
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Le petit garçon n'est pas Delon, ni de près, mais Luciano De Ambrosis, qui semble-t-il venait de perdre sa propre mère, et avait tendance à pleurer facilement. En tous cas, ce drame poignant (qui a du inspirer L'incompris de Comencini) m'a bel et bien arraché quelques larmes hier soir… Il fallait beaucoup de maitrise et de talent à de Sica et Zavattini pour ne pas faire sombrer ce récit mélodramatique dans le ridicule.

Mais l'intérêt de ce film -outre sa gestion du spectateur- réside aussi bien entendu dans sa dimension sociale, politique, et morale. Les enfants nous regardent ne collait pas vraiment à l'idéologie fasciste d’ordonnancement naturel des choses, et sa sortie en salles en fut retardée (cf le cahier excellent de Jean Gili présent dans le dvd édité par Tamasa).


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De Impétueux, le 11 mars 2022 à 13:22
Note du film : 4/6

Ce qui est le plus réussi du film, c'est évidemment la faculté de Vittorio De Sica de faire considérer une histoire mélodramatique plutôt banale et même larmoyante avec les yeux d'un enfant absolument perdu et désarmé par les jeux cruels et les hypocrisies des adultes. Le petit garçon Pricò (Luciano De Ambrosis) est pendant toute la durée du film ballotté entre ceux qui l'aiment – son père Andrea (Emilio Cigoli) et sa mère Nina (Isa Pola) -, celles qui devraient l'aimer – sa grand-mère (Jone Frigerio), sa tante (Dina Perbellini) -, celui qu'il gêne et embarrasse, Roberto, l'amant de sa mère (Adriano Rimoldi).

Agnese (Giovanna Cigoli), la vieille bonne à tout faire, est bien un peu perdue, elle aussi ; mais comment comparer avec ce que peut éprouver un gamin de six ou sept ans que sa mère vient border dans son lit le soir… et qui a filé dans la nuit avec son amant ? Et tout autour de ce drame feutré des allers-retours de Nina entre son mari et son amant, il y a l'environnement minable, sordide même, des curieux : ceux de l'immeuble, ceux de la station balnéaire, qui nourrissent leur ennui en ouvrant bien grands leurs yeux et leurs oreilles et cancanent, doucereux et méprisants.

On ne peut pas dire, au demeurant, qu'entre les parents du petit Prico il y ait un bien immense gouffre. Le père, Andrea, est sûrement plutôt ennuyeux, engourdi, casanier, mais il semble honnête, fidèle, solide. La mère, Nina, est évidemment tête en l'air, rêveuse, sentimentale (comme dit d'elle sa sœur, la corsetière, qui elle, dispose d'un vieil amant sans doute opulent). Le couple fait partie de la bourgeoisie moyenne, vit dans un appartement neuf des nouveaux quartiers de Rome, un peu massifs mais propres et confortables. L'amant, Roberto, à la personnalité sans éclat, exerce sur Nina une attirance physique presque magnétique et a pour lui la persévérance et la disponibilité constante.

On voit, au fur et à mesure que se déroule le film se mettre en place tous les éléments de la catastrophe ; mais plutôt comme un enlisement que comme une explosion. En fait, si, explosion il y aura lorsque, la mère définitivement enfuie avec son amant, le père se suicidera. Et que Prico, refusant de revoir sa mère revenue pour l'occasion, la fuira dans les grands couloirs de l'institution religieuse où il a été placé. Le gâchis d'une vie d'enfant par la montée grise de la marée.

Les enfants nous regardent est un film volontairement terne, pesant, aux images qui s'estompent et qui racontent aussi le désarroi du petit garçon devant le monde incompréhensible des adultes, leurs mensonges, leurs inconséquences, les formes d'indifférence mêlées de cruautés presque machinales.

Est-ce à dire, comme le prétend le gauchisant Jean Gili dans la petite brochure qui accompagne le DVD, que Vittorio De Sica a filmé avec Les enfants nous regardent une critique acide de la petite bourgeoisie ? Si nul n'ignore la connaissance profonde de Gili du cinéma italien, il est trop souvent victime de ses présupposés idéologiques…

Oui, oui, c'est certain les autres habitants de l'immeuble ou les compagnons de villégiature portent des regards indiscrets, avides, malfaisants sur la situation du couple qui est en train de se défaire. Croit-il que ce regard serait différent si le milieu était prolétarien ? Vittorio De Sica s'est toujours soigneusement gardé de porter un regard de révolte et de haine sur la misère du monde et ne voue jamais aux gémonies qui que ce soit. Il suffit de regarder Sciuscia, Le voleur de bicyclette, Miracle à Milan, Umberto D, des films qui brillent particulièrement parce qu'ils ne posent aucune condamnation sur la réalité sociale : tous ces films mettent en scène une pauvre humanité désemparée par sa propre méchanceté. Et lorsque De Sica tournera, dans un milieu de grande bourgeoisie Le jardin des Finzi-Contini, il tiendra le même discours. Mais Gili est une survivance de la critique marxiste. Ce beau film de De Sica ne méritait pas d'être défiguré par un livret haineux.

Que bien peu de gens lisent, au demeurant…


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