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Forum : Les Enfants du paradis

Sujet : Sexagénaire et pas une ride


De David-H, le 28 décembre 2006 à 02:22
Note du film : 5/6

A entendre un réalisateur tel que François Truffaut concéder qu'il échangerait l'ensemble de sa filmographie contre celui-ci, tout cinéphage se doit de connaître ces Enfants du Paradis. Bien sûr, notre désavantage actuel est de savoir d'emblée qu'il figure au panthéon du septième art français, et que l'on hésiterait donc plus volontiers à lui trouver un quelconque défaut. Néanmoins, en connaissant uniquement l'histoire qui règne autour de ce chef-d'œuvre (je me vend déjà, car c'en est bien un), on peut déjà saisir une partie de son ampleur.

Son contexte historique d'abord, puisqu'il reconstitue fidèlement la vie parisienne du début du XIXème, et qu'il fut tourné durant l'occupation allemande, avant d'être bouclé à la Libération. Son contexte sociologique ensuite, mêlant volontiers riches et pauvres, comtes aristocratiques et funambules de la rue. Voire son contexte cinématographique, puisqu'il est réalisé par un immense réalisateur, Marcel Carné (Quai des Brumes), et brillamment (le mot est faible) interprété par le gratin de l'époque, à savoir Arletty, Jean-Louis Barrault, et le plus talentueux des Brasseur, Pierre.

Pour l'anecdote encore, rappelons que Robert Le Vigan fut ôté du casting pour sa collaboration allemande, que le musicien du film, Joseph Kosma, et le décorateur, Alexandre Trauner, ne figurent même pas au générique à cause de leurs origines juives. Autre caractéristique propre à tout chef d'œuvre, ses personnages : des principaux cités aux plus insignifiants, tous sont mémorables, et rentrent parfaitement dans l'ambiance romantico-féérique d'une ville magique (aidée par l'emploi de milliers de figurants).

Au bout du compte, après une classique mise en bouche, ce spectacle de plus de trois heures est simplement beau, vivifiant et une question étonnante subsiste : où diable est passée la soixantaine d'années qui nous sépare de ce film, rendant de nombreux films des années quatre-vingt (ce n'est qu'un exemple) plus démodés encore que celui-ci ? Dans le noir et blanc, peut-être, mais c'est tout. Et encore, pour ceux qui en sont effrayés, une version colorisée existe depuis 1991. Alors de grâce, membres de la jeune génération qui est mienne – je n'en ai que 26 -, découvrez au plus vite ces Enfants du Paradis, car vous en sortirez obligatoirement marqués…


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De Impétueux, le 28 décembre 2006 à 10:46
Note du film : 5/6

Excellent point de vue, jeune homme ! (j'écris cela sans ironie, avec beauccoup de sympathie, au contraire) ; votre fougue et l'acuïté de votre jugement devraient donner envie à vos contemporains d'âge de se précipiter sur ce joyau, que pourtant certains commencent à dévaloriser (j'ai lu, sous la plume d'un des critiques du Monde il y a quelque temps, lorsque le film est repassé à la télévision, des phrases bien injustes).

Deux ou trois petites remarques, néanmoins, parce que la conversation n'est vive et gaie que lorsqu'on ajoute un grain de sel :

  • Est-ce que le noir et blanc démode un film ? c'est la position des chaînes de télévision qui désormais imposent, en première partie de soirée, des films hideusement colorisés ; mais est-ce aux amoureux du cinéma de les rejoindre dans ce travers ? On dira à ce moment-là que les effets de foule sans numérisation et multiplication exponentielle des participants sont parcimonieux, que la musique qui n'est pas nantie de toutes les avancées techniques est criarde, etc. Regardez ce qu'a fait Leconte avec La fille sur le pont : un noir et blanc superbe et très actuel.
  • Les enfants du Paradis ont-ils des faiblesses, hors ce Noir et Blanc ? Fort peu, vous avez raison ! J'en vois tout de même deux : Baptiste et Nathalie, Jean-Louis Barrault et Maria Casarès, donc, plus têtes-à-claques que jamais ; mais c'est bien sûr un sentiment tout personnel.
  • J'aimerais que vous explicitiez ce que vous avez voulu dire en indiquant que Robert Le Vigan fut ôté du casting ; j'ignorais complètement cette anecdote… quel rôle jouait-il, ou devait-il jouer ?

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De David-H, le 28 décembre 2006 à 12:47
Note du film : 5/6

Merci bien Monsieur (sans ironie également),

Je prends également souvent les critiques du Monde en référence, souvent quand elles m'arrangent je le concède, mais finalement, je ne sais plus trop quel crédit leur attribuer, depuis ma lecture de La face cachée du Monde, ouvrage que je vous recommande d'ailleurs.

Evidemment, je suis pleinement d'accord avec vous à propos de votre considération sur le noir et blanc. Mais j'ai hélas trop d'exemples concrets de proches (de ma génération scolaire notamment, bête ou moins bête) condamnant directement ces films ("David, les films en noir et blanc, c'est terminé maintenant", "Un film en noir et blanc, allez zappe…") , hormis une poignée de cinéphiles bien entendu. Mon rôle reste bien de défendre cette manière de faire, qui comme vous le disiez bien, n'altère en rien une oeuvre.

J'ai même l'impression que cette génération, qui attention, qualifie de dépassé tout ce qui a plus de cinq ans d'âge (et encore), excuserait plus volontiers Leconte pour sa La Fille sur le Pont, ou Besson pour son Angel-A de faire du non-colorisé, en sachant simplement qu'ils l'ont…fait exprès!

Concernant Le Vigan, il devait camper le rôle de Jéricho, repris par Pierre Renoir. Dès la Libération, il s'enfuit pour l'Argentine, pour y mourir en 1972. Même Truffaut n'avait pu le convaincre de revenir tourner une dernière fois dans son pays… Je l'ai lu dans un ouvrage qui dédiait un passage à Carné. Et je viens de relire cet extrait sur un autre site de cinéma.


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De Arca1943, le 28 décembre 2006 à 13:12
Note du film : 6/6

« Les enfants du Paradis ont-ils des faiblesses, hors ce Noir et Blanc ? Fort peu, vous avez raison ! J'en vois tout de même deux : Baptiste et Nathalie, Jean-Louis Barrault et Maria Casarès ».

Donc, on peut critiquer ce titan monumental qu'est Jean-Louis Barrault et, par suite, être autorisé à demeurer malgré tout sur le territoire de la République française ? Ah bon. J'en apprends tous les jours. N'empêche, dans un pays vraiment bien administré et soucieux de son (glorieux) patrimoine, quelqu'un au ministère de l'Intérieur devrait s'occuper de votre cas. Remerciez le ciel que je ne me sente pas l'âme d'un corbeau !


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De Impétueux, le 28 décembre 2006 à 13:36
Note du film : 5/6

Mais que me dites-vous là, mon cher Arca ? Seriez-vous homme à me laisser supposer que, dans votre libre (sinon libéré) Québec on ne pourrait pas dire du mal de…. Maurice Richard par exemple, dont vous nous avez (sans beaucoup de succès) chanté merveilles ???


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De Arca1943, le 28 décembre 2006 à 13:39
Note du film : 6/6

La liberté et tout ça, c'est bien joli, mais il va sans dire que quiconque ici ose émettre une réserve sur Maurice Richard est aussitôt reconduit à la frontière, dans un matin blafard, par deux taciturnes agents de la Gendarmerie royale en grand uniforme ! De même, Les Enfants du paradis étant un joyau éternel du patrimoine français, moi, à la place du mesquin critique du Monde dont vous nous mentionnez la misérable existence, je commencerais à m'inquiéter…


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De Maria!, le 26 mars 2007 à 21:56

Maria Casares, l'oublie-t-on? Affront! Outrage! Sublime, sublime… Et peut-être plus que tout dans l'orphee de cocteau ou encore des les dames du bois de boulogne…


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De jouvet@free.fr, le 26 mars 2007 à 23:23
Note du film : 5/6

Bonsoir !

Encore COCTEAU ??? Mais, madame , COCTEAU n'a tourné que des nouilleries ambigües et esthétisantes !! C'est bien connu !!! Demander au snipeur de garde ! Comment s'appelle-t-il déjà ? ah oui : "UNPEUTUEUR"…Et tant pis si vous vous faites engueuler…

P.S.: je vous rassure, c'est un sourire…


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De Impétueux, le 27 mars 2007 à 13:05
Note du film : 5/6

Sarcastique Jouvet, voilà que vous me dénoncez à l'indignation de Marial pour avoir crachouillé ici et là sur certaines de mes bêtes noires ! Vil coquin !

Mais non ! Pas du tout ! J'assume, je revendique, j'affirme, je certifie mes choix et proclame hic et nunc et Urbi et Orbi que je tiens Jean Cocteau pour un touche-à-tout léger et insignifiant, Jean-Louis Barrault pour une tête-à-claques exaspérante, presque capable à lui tout seul de faire chavirer un film (Drôle de drame, ça va encore, parce qu'il joue un ahuri psychopathe, ce qu'il devait être réellement, et pourtant, vingt ans plus tard, dans un rôle de fou furieux, dans Le testament du Docteur Cordelier, il est à pleurer de rire !) et Maria Casarès pour un des glaçons les plus somnifères du cinéma français, à peine admissible en Sanseverina de La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, mais aussi troublante que la regrettée Pauline Carton à peu près partout ailleurs.

C'est donc un bien grand miracle que, malgré ces deux faces-de-carême, Les enfants du Paradis demeurent un des plus beaux films du cinéma français…


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De droudrou, le 27 mars 2007 à 13:59

Et ce n'est pas Le miracle des loups… Mon cher Impétueux, vous entretîntes des relations bizarres ! Comme c'est bizarre !

Au fait, Jean-Louis Barrault, il me semble qu'il a tenu le rôle de Louis XI ?…


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De Impétueux, le 27 mars 2007 à 14:09
Note du film : 5/6

C'est cela même : Louis XI, dans ce Miracle des loups du gigantesque André Hunebelle ; le théâtre subventionné ne nourrit pas son homme, même s'il est épouvantablement dispendieux (la proportion d'ennui qu'il dégage va, d'ailleurs, de pair avec sa munificence…)

Que Barrault ait eu le teint bilieux que l'on prête à ce grand Roi qui par une sage politique d'alliances et de divisions réunît à la Couronne tant de territoires, alors qu'elle était menacée par une autre munificence (par ailleurs nettement plus glorieuse que celle des théâtres subventionnés – celle des ducs de Bourgogne -), que, donc, Barrault ait eu ce teint ne devait pourtant pas lui donner l'œil éveillé, roublard et profond de L'Universelle Aragne

Mais Hunebelle a fait avec ce qu'il avait sous la main : Jean Marais et Jean-Louis Barrault

Cela étant, cher Droudrou, on s'éloigne du sujet….


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De starlight, le 27 mars 2007 à 14:31
Note du film : 6/6

Hunebelle aurait peut-être pu faire appel à Jean Tissier pour le rôle de Louis XI dans Le miracle des loups… Cinq ans plus tôt Jean Delannoy avait eu recours à cet acteur "lymphatique" dans Notre Dame de Paris… L'oeil est morne et le ton monocorde… mais le tempérament est obstiné et sied à mon avis à ce rôle emblématique ! Mais on s'éloigne effectivement de la présente fiche, sauf à espérer un renvoi automatique sur la fiche concernée…


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De jouvet@free.fr, le 27 mars 2007 à 15:40
Note du film : 5/6

Bonjour mes p'tits camarades!

C'est Arletty qui avait surnommée l'immense Jean Tissier Le nonchalant qui passe…En référence à une chanson de Damia, Le chaland qui passe, ce qui , par ailleurs, devait etre le titre initial du film L'Atalante de Jean Vigo… En ce qui concerne Maria Casarès, excellente ou pas, je lui suis redevable d'une chose : De m'avoir conduit à Camus. Et ça…

ET SI JE LIS, CA ET LA , PAR LE MEC AUX RANGERS CARESSANTS, QUE CAMUS A ECRIT DES NOUILLERIES ESTHETISANTES, JE DEMANDE OFFICIELLEMENT LA FERMETURE DE CE SITE !!!!!


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De droudrou, le 27 mars 2007 à 16:04

Jean Tissier : un grand nerveux ! Mais aussi un grand second rôle très connu !


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De Impétueux, le 27 mars 2007 à 16:27
Note du film : 5/6

L'homme aux rangers entre les dents, mon cher Jouvet, vous répondra deux choses :

  • la première est importante : ce n'est pas Damia qui a créé, en France Le chaland qui passe, chanson d'ailleurs d'origine italienne, mais Lys Gauty ; il se peut que Damia, la grande Damia, ait ensuite repris le morceau, comme il était jadis de coutume, mais la créatrice, c'est bien Lys Gauty. Il confirme bien, en revanche, l'utilisation de cette chanson à succès pour la superbe Atalante de Jean Vigo et en a d'ailleurs dit un mot dans le message qu'il a consacré ici-même à ce magnifique film.
  • la seconde, qui est totalement insignifiante est qu'il ne peut pas avoir écrit, et n'écrira jamais qu'Albert Camus a écrit des nouilleries esthétisantes ; il ne l'a pas écrit et ne l'écrira pas, pour la bonne et simple raison qu'il n'en a jamais lu la moindre page et n'a aucune intention de le faire d'ici sa fin prochaine.

Il sait gré, toutefois, à celui qu'on appelait naguère un philosophe pour classes terminales, d'avoir écrit une phrase juste et vraie : Entre la Justice et ma mère, je choisis ma mère , ce qui lui paraît, à dire le vrai, la moindre des choses.


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De jouvet@free.fr, le 27 mars 2007 à 18:18
Note du film : 5/6

Et comme dirait Delon :

IL VOUS EN PRIE !…..


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De Impétueux, le 27 mars 2007 à 19:11
Note du film : 5/6

J'avoue ne pas très bien comprendre…


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De Gaulhenrix, le 27 mars 2007 à 20:41

Patrick est facétieux, Impétueux : il a remarqué que, tel Delon, vous parliez de vous à la troisième personne…


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De jouvet@free.fr, le 27 mars 2007 à 23:33
Note du film : 5/6

Grand merci Gaulhenrix, de bien vouloir expliquer à cet homme dont la fin est prochaine (dit il !!), que j'étais "facétieux". Mais je crains fort que ce brave homme , que par ailleurs je respecte, connaisse le sens de ce terme… Ah! Vous lui auriez parlé de gémonies ,de "nouilleries" , voire de coups de rangers dans la tronche , il eut été brillant ! Mais la facétie………..

P.s.= en tous cas , vous êtes tous bien sympathiques…


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De Impétueux, le 28 mars 2007 à 00:11
Note du film : 5/6

Si vous aviez la gentillesse de ne pas le prendre de haut, Jouvet, ça faciliterait nos rapports ultérieurs sur ce site, si votre condescendance apparemment un peu méprisante vous autorise à y rester.

Objet de votre attaque ad hominem qui n'était peut-être pas si évidente à décrypter sauf pour les assidus, il m'avait semblé, sans grosse forfanterie, que je pouvais répondre sur le même ton de plaisanterie.

Et ma réponse n'était pas, d'ailleurs, si désagréable ; que vous puissiez ignorer que ce soit Lys Gauty et non Damia qui ait créé Le chaland qui passe n'était, de ma part, que feinte indignation ; et que j'ignore Albert Camus est mon affaire ; j'ai, comme vous, des goûts et des indifférences…

Mais, naturellement, si vous le prenez sur ce ton, je vais me voir contraint à hausser la mire… C'est dommage, parce qu'il me semblait que certains de nos goûts étaient communs.


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De jouvet@free.fr, le 28 mars 2007 à 00:54
Note du film : 5/6

Mais vous vous méprenez, monsieur !! Et gravement ! Ma réflexion se voulait baignée d'humour et disons même, d'une certaine tendresse…en aucun cas, aucun, je n'ai voulu être agressif. Mon post-scriptum, d'ailleurs, en fait foi… Et si j'ai pu vous fâcher, voire vous blesser, vous m'en voyez complètement désolé….complètement.

Je vous redis mon respect et ma considération.


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De Impétueux, le 28 mars 2007 à 12:38
Note du film : 5/6

Je n'ai pas trop l'habitude, où que ce soit, d'être qualifié de brave homme (sauf, à la limite, par moi-même ; mais vous connaissez le vers de Cyrano : Je me les sers moi-même avec assez de verve…)

Mettons donc sur le compte des restes d'une fièvre tenace et grippale qui m'a frappé voici quinze jours (je vous dis que je suis à deux pas de la tombe !) mon incompréhension de ce qui se voulait gai et amical, et que j'ai jugé cafard et mesquin.

Et n'en parlons plus !


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De Azurlys, le 15 octobre 2011 à 15:24

Sous la plume de David-H (il est vrai en 2006) j'avise une erreur. Rien d'important, mais une précision : si j'ai bien lu, le correspondant en question indique qu'il existe une version colorisée des "Enfants du Paradis" depuis 1991. Jusqu'à plus ample informé je crois que c'est inexact. Il est vrai que la question fut posée, et à l'époque de cette restauration Carné avait précisé que si les conditions techniques l'avaient permis il aurait bien aimé faire usage de la couleur. Mais à l'époque les pellicules soustractives balbutiaient encore et le noir et blanc s'imposa. Marcel Carné n'était pas hostile la colorisation de ce film, mais il semble que les autres ayant-droits s'y opposèrent.

En 1991 la restauration, outre l'amélioration du son et de l'image – si le moins que l'on en puisse souhaiter – modifia le générique. L'annonce originale, bien avant la restauration, faisait mention de : "Pathé à l'honneur de vous présenter…" etc… Ce style un peu ampoulé – mais pas trop – se justifiait lors de la sortie du film au cinéma "Le Madeleine" en 1945, après quatre ans et demi d'une Occupation dont les Français venaient d'être débarrassés. Cela pouvait expliquer l'emphase sans doute un peu appuyée de cette entrée en matière qui fut jugée superflue. Lors de la restauration elle fut supprimée.

Ce film fut présenté très souvent à Paris au Studio Jean Cocteau, rue des Écoles et je l'y ai vu plusieurs fois. Les noms de Joseph Kosma et d'Alexandre Trauner ont toujours figuré au générique sous la mention "Collaboration dans la clandestinité de…". Les deux noms ont donc toujours été mentionnés.


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De Azurlys, le 15 octobre 2011 à 16:12

(suite rapide)

J'ai toujours éprouvé une admiration sans faille pour ce film, qui tient admirablement la route en dépit des années et le regard que l'on a aujourd'hui. La comparaison est juste, comme il est dit plus haut. Son classicisme, sa maîtrise de l'histoire lui offrent une pérennité que l'on chercherait en vain dans certaines œuvres plus récentes de très bonnes tenue qui semblent, par comparaison, avoir beaucoup vieilli. Un scénario très construit, une mise en scène maîtrisée, des personnages attachants, même les moins respectables (Marcel Herrand, Lacenaire ici idéalisé, et Fabien Lorys) et les dialogues ciselés de Prévert ont produit un film exceptionnel. Quelques exemples y pourvoient : Le directeur de théâtre "Il est extraordinaire, il est pauvre, mais il est en or, mon public…", Garance (ironique) "… Paris est si petit pour ceux qui s'aiment, comme nous, d'un aussi grand amour", Lacenaire "Dommage, Garance, nous aurions fait de grandes choses, j'aurais versé des flots de sang, vous auriez eu des rivières de diamant !", Anselme Debureau "Ils veulent de la nouveauté ! Mais qu'est-ce que c'est la nouveauté ? La nouveauté… mais c'est vieux comme le monde, la nouveauté !", Garance, interrogée par un policier (Frankeur) "Je pose pour les peintre", "Pour qui posez-vous ?" "Pour Monsieur Ingres" "Qui est Monsieur Ingres ?", "C'est un type dans votre genre, à ses moments perdus il joue du violon !!"

Je crois que l'on a là un monument du cinéma français, un peu trop "monument" peut-être, ce qui freine toutes critiques. Il est en somme coulé dans le bronze… Mais la fluidité du récit enchaîne sans heurt l'extraordinaire rencontre de toute cette société faite du peuple le plus humble, jusqu'aux personnages les plus titrés (Le comte de Montray, excellent Louis Salou, mort prématurément en 1948). Si, tout de même. Je n'ai jamais eu une folle passion pour Jean-Louis Barrault, au jeu appuyé et à la voix nasillarde. "Les Enfants du Paradis" sans lui, me semblerait sans doute encore meilleur. Fassent les Muses du cinéma que l'on ne soit pas repris par la fièvre de la colorisation. Le noir et le blanc lui vont si bien !


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De Florian, le 15 octobre 2011 à 18:32

Vous m'avez devancé, Azurlys. Je souhaitais également louer ce film qui, malgré Jean-Louis Barrault, fait figure de borne chronologique dans le cinéma français. Ce Jean-Louis Barrault que je n'ai jamais eu l'occasion de voir sur scène (en même temps j'étais très jeune lorsqu'il est mort), n'a jamais donné grand-chose à l'écran…il saborde aussi Drôle de drame… Quant à la colorisation, ce serait un crime (c'est valable pour tous les films concernés), les angles, éclairages, mouvements…ont été pensés en noir et blanc, ils doivent rester tels quels. Avec les procédés technologiques dont nous jouissons à présent, pourquoi ne pas doubler Charlie Chaplin dans The Kid ou dans Les lumières de la ville…et lui donner la voix de Kad Merad.


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De Impétueux, le 15 octobre 2011 à 20:12
Note du film : 5/6

Je nous vois en concorde totale, Azurlys et Florian, à la fois sur la colorisation, dont l'horreur ne se discute pas, mais aussi, ce qui est plus rare, mais donc bien porté, sur l'ahuri Jean-Louis Barrault, sur qui j'avais déjà déversé ma bile noire au début de ce fil…

Je ne parviens pas à me rappeler un rôle où il a pu être bon ; il est vrai que je n'ai jamais vu Le puritain de Jeff Musso dans quoi son jeu constipé et ses roulements d'yeux extatiques doivent être convenables… Une des plus grandes baudruches du cinéma de tous les temps, bien pire que Gérard Philipe et Jean Marais (je conviens, là, que je provoque).

Cela dit, Les enfants du Paradis sans Barrault me sembleraient bizarres ; mais le plus grand film français de tous les temps (autoproclamé) ne m'a jamais absolument convaincu, trop constitué des admirables mots d'auteur de Prévert et du talent de beaucoup des interprètes. Il me semble que c'est très très bien… mais ce n'est pas le film que je placerais au premier rang…

Je vais le revoir un de ces quatre…


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De Florian, le 15 octobre 2011 à 23:02

Oui Impétueux, vous provoquez, Jean Marais n'a rien d'une baudruche, et Gérard Philipe, c'est un Alain Delon qui n'a pas eu le temps de mûrir. Mais je respecte vos points de vues, ainsi j'évite les films avec Romain Duris pour éviter de déverser ma hargne sur ce type par la suite sur ce forum.


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De Azurlys, le 17 octobre 2011 à 13:24

Florian et Impétueux ont bien voulu jeter un œil – ou les deux – sur un avis évidemment personnel relatif aux "Enfants du Paradis". Je les en remercie.

Pour Impétueux, il est juste qu'il existe pour ce film une révérence profonde, quasi officielle sur laquelle on peut se poser des questions. Mais n'est-ce pas le fait de toutes les œuvres célébrées comme chefs-d'œuvre, quelles qu'elles soient ? L'essentiel est de ne pas se plaindre que la mariée soit trop belle, ni gâter son plaisir. De fait, l'exceptionnel scénario (qui partait à l'origine d'une biographie cinématographique possible sur les Debureau père et fils), est parvenu à cette œuvre dont la construction est remarquable, et la direction des comédiens réussie, en dépit de la complexité d'une histoire qui développe des thèmes différents, des situations croisées, des personnages assez éloignés par leur origine les uns des autres (Montray et Lacenaire, Frédéric Lemaître et Garance), sans que la continuité en soit affectée. Garance elle-même, devient une sorte de symbole du destin, et agit comme lui, à l'aveugle, du moins comme on imagine cette allégorie du Destin, frappant ou célébrant au hasard, version moderne du fatum latin. Elle tricote et défait la vie des uns des des autres, sans trop de conscience des conséquences. Quand il devient impossible d'envisager une vie commune avec Baptiste (J.L.Barrault), elle s'efface, s'éloigne dans une calèche, et se noie dans la foule. Là conclusion du film retrouve le Boulevard du Crime sur lequel il s'était ouvert, termine ainsi cette fresque, et le cercle est ainsi bouclé.

Il y trois ou quatre ans, de passage à nouveau sur FR3 sous la houlette de Parick Brion, à l'occasion des Fêtes de Pâques, la première partie fut programmée le Dimanche soir, la seconde le Lundi. Dans les deux cas, je ne souhaitais revoir que le début, le générique, l'entrée en matière (le rideau de scène qui se lève sur le drame), et clore ensuite, sans prolonger un film connu par cœur. Et malgré moi, je me suis fait cueillir, comme l'on dit au théâtre. La première partie est d'une telle richesse, que je n'ai pas même perçu l'heure et demie qui s'était écoulée… J'ai "remis" cela le lendemain, avec la même fascination. Entrer à ce point dans un film, n'est-ce pas là une recette actuellement perdue, même si des œuvres très estimables de nos jours s'y peuvent rencontrer ?

Coté colorisation, on est d'accord : à fuir. Hormis le charmant "Fanfan-La-Tulipe", dont la colorisation est techniquement excellente, même si le principe est hautement regrettable, puisqu'il ignore le travail du chef opérateur. Et coté Jean-Louis Barrault, il suffit de revoir "La symphonie Fantastique" pour être édifié. Son jeu outrancier, fiévreux à l'excès, démontrerait aisément ce qui est dit plus haut. Comme homme de théâtre, son œuvre est importante (avec Madeleine Renaud). Comme comédien, je fais des réserves, beaucoup de réserves, mais qui n'engagent que moi…


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De Azurlys, le 17 octobre 2011 à 14:25

Juste une réponse à Florian, où il paraît possible de n'être pas d'accord, sur "Drôle de Drame". Il me semble que Jean-Louis Barrault y soit, sinon meilleur, du moins mieux intégré à une histoire fofolle, déjantée, qui avait fait un bide en 1937. L'humour vaguement british y fut mal compris, et le film trouva son public après la guerre. Là, le coté farfelu et fantasque des situations, fait que les comédiens – et surtout leurs personnages – s'y agitent comme des pantins, y disent des phrases dont l'absurdité croustillante se prête aux débordements : Vous avez-dit bizarre ? Comme c'est bizarre… Il me semble que les excès du jeux de Jean-Louis Barrault ne le cède en rien au jeu appuyé par la cocasserie de situation de Françoise Rosay, Michel Simon,le grand Jouvet – irrésistible clergyman – Lucien Coëdel (sauf erreur) du genre Là où il y poison, il y a contrepoison. Et là où il y a contrepoison, il y poison !. Les comportements appuyés de comédiens face à des situations et des dialogues eux mêmes fantaisistes et excessifs, ont permis à J.L. Barrault de s'y glisser avec plus d'aisance, les autres ayant un comportement similaire, il me semble. Je suis sensible, j'aime les animaux, moi ! Les bouchers tuent les animaux. Alors je tue les bouchers !! Il eût bien difficile de dire de telles répliques avec un ton retenu. D'où ce (modeste) désaccord. Mais…


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De Impétueux, le 17 juin 2012 à 23:12
Note du film : 5/6

Il y a quelques mois déjà, je me proposais de revoir une nouvelle fois Les enfants du Paradis, pensant bien conforter l'idée, reçue dès l'origine, que c'est un beau chef-d'œuvre à qui il manque un zeste de quelque chose pour figurer à mon Panthéon personnel.

J'ai un peu tardé, parce que je craignais ne pas avoir trois heures en continu devant moi et que la simple idée de manipuler les deux DVD de l'édition René Château m'agaçait. Ce margoulin onéreux avait, en effet, saisi l'occasion de diviser en deux disques un film qui aurait pu, même en 2002, tenir sur un seul, et ainsi de multiplier ses rentrées financières. L'édition Pathé, à ce que j'en sais, tient sur une seule galette et présente, de surcroît, une foule de suppléments qui doivent être bien intéressants. Disons toutefois que je n'en suis pas tout à fait à jeter aux orties la première version pour m'offrir la meilleure (ce que j'ai fait, par exemple pour French Cancan). Sur le plan de la qualité technique, il me semble en effet que l'édition Château est convenable et bénéficie du son restauré en 1991 (lors de la publication d'un Laserdisc, je crois).

Suffisamment convenable en tout cas pour apprécier à la fois la beauté et la complexité élégante de l'intrigue, avec une impeccable maîtrise du passage du temps entre les deux époques, et des ellipses, à ce titre, fort réussies et la qualité des dialogues, parmi les meilleurs de Prévert.

Pour apprécier aussi la qualité extraordinaire de la distribution, excepté les deux nouilles dont je reparlerai plus avant.

C'est peut-être là le meilleur rôle de Pierre Brasseur, toujours outrancier, mais là merveilleusement opportun ; le personnage de Frédérick Lemaître, acteur de la scène romantique, grandiloquent, généreux, cynique et solitaire est riche, complexe, difficile à maîtriser et l'être aussi bien, c'est une performance rare. Le riche tempérament de Brasseur n'est pas si souvent que ça bien dirigé. Il est, dans Les enfants du Paradis, sensible, intelligent, éblouissant quelquefois. La beauté d'Arletty est totale et sa grâce infinie. La grisette de la première époque devient, dans la seconde, une femme grave, désespérée. Celle qui, quand elle a envie de dire oui, ne dit jamais non, image du Destin qui n'est pas tendre, quitte la scène sans sourire dans le désastre des vies gâchées.

Et ce que je préfère encore, des Enfants du Paradis, ce sont les rôles secondaires : Jane Marken, hôtesse vieillissante et échauffée, Pierre Renoir, trafiquant glauque, Gaston Modot, faux aveugle presque gluant, Fabien Loris homme de main tueur presque angélique…

Mais c'est surtout la bluffante présence de Lacenaire (Marcel Herrand) et du comte de Montray (Louis Salou) qui emportent tout sur leur passage ; leurs (trop rares) confrontations bâtissent, finalement, l'importance du film, confrontation de deux êtres qui d'emblée se détestent, confrontation de deux mondes qui se toisent, confrontation de ceux qui n'auront pas l'amour de Garance.

Il y a, hélas, dans Les enfants du Paradis deux failles graves, deux faiblesses qui parviendraient presque à me gâcher le plaisir : deux acteurs épouvantables, dont j'ai déjà dit pis que pendre mais que je ne résiste pas au plaisir de pilonner encore. Dès qu'ils apparaissent à l'écran, ils font baisser de plusieurs degrés la qualité du film et le rendent toujours niais, souvent ridicule.

Et quand ils sont en tête-à-tête, on a peine à croire qu'on n'est pas dans un nanard de dernier rang. La tête de merlan chlorotique et halluciné de Jean-Louis Barrault, au jeu monocorde exaspérant, la face vipérine de Maria Casares (et son menton à la Bogdanoff), ses lamentations et pleurnicheries plombent gravement Les enfants du Paradis, parviennent à le rendre nunuche, mélodramatique, crispant.

Écoutons plutôt Lacenaire (Herrand) : Me laisser seul avec moi-même et me défendre les mauvaises fréquentations ! Les imprudents…


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De Tamatoa, le 28 septembre 2013 à 00:53
Note du film : 6/6

Je viens de revoir ce chef-d'oeuvre .. Sans commentaires. Je ne vais pas gloser dessus, ça pourrait finir par indisposer. Mais après une énième vision de ce film, je suis allé à la rencontre d'Arletty à travers moults reportages sur la grande Dame. Comme Prévert en parlait bien ! Et comme elle, parlait avec tant d'amour de son "frère" Michel Simon qui avait de si belles mains… Mais je l'entends aussi, furieuse, se plaindre que l'on voulait démolir, dans les années 70, sa maison natale du 33 rue de Paris.

L'a t-on fait ? Et si oui, que trouve t-on à la place ?


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De Nadine Mouk, le 27 février 2016 à 00:30
Note du film : 6/6

La 41e cérémonie des Cesars nous apprend, par la voix de Elsa Zylberstein venue remettre le prix de la meilleure actrice pour un second rôle, que celà avait reussi à Arletty dans Les enfants du paradis et dans Hôtel du Nord …. On apprend bien des choses curieuses pendant cette émission…


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