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Forum : Les Contes de la lune vague après la pluie

Sujet : Un des sommets du cinéma...


De dumbledore, le 4 novembre 2004 à 10:46
Note du film : 6/6

Tu n'as compris ta folie qu'en rencontrant le malheur

A l'origine de ce film, Kenji Mizoguchi invite en parallèle ses deux comparses d'écriture, le romancier à succès et ami d'enfance, Matsutarô Kawaguchi et son scénariste Yoshikata Yoda à écrire un film en partant des histoires populaires du XVIIIème siècle, d'Akinari Ueda. Evidemment, au final, aucun des deux écrivains n'aura gagné ce concours, Kenji Mizoguchi ayant fait un mélange des deux textes, au point de rendre impossible quelque reconnaissance que ce soit.

L'histoire se situe dans le XVIème siècle. Suite à une guerre, deux hommes du même village doivent quitter leurs épouses et familles pour gagner de l'argent. L'un – Tobé – s'engage comme samouraï et rêve d'exploits héroïques et l'autre – Genjuro – vend ses poteries et rêve d'aventures amoureuses. Partis pour quelques jours, ils remettront des années à revenir pour retrouver leurs familles détruites et se rendant compte que leurs fantasmes ont détruit leur vie.

Kenji Mizoguchi développe une narration très simple et une mise en scène également très simple, presque toujours en plan séquence. Les deux personnages – Genjuro et Tobé – sont ensemble dans leur village, on assiste à leur vie quotidienne, petite mais heureuse. Second acte : on les voit partir, on les suit alors en parallèle avec quelques retours sur les familles et – troisième acte – on les voit revenir au village et constater le désastre causé par leurs absences et leurs distractions.

Cette simplicité narrative devient une véritable pureté narrative quand on découvre peu à peu que nous basculons d'un genre classique d'aventures au genre fantastique, sans pour autant savoir avec précision quand a lieu ce basculement. Tobé apprend ainsi, par une sorte de voyant qu'il doit rentrer vite chez lui car un malheur va arriver. La scène est particulièrement impressionnante, presque effrayante, mais on peut se demander au fond si la vision de Tobé en samouraï n'est pas elle-même un enchantement?

Quant à Genjuro (personnage nettement plus développé que Tobé), son ensorcellement se fait avec la belle et envoûtante Wakasa dans une histoire qui donnera par la suite le serpent blanc. Il tombe amoureux d'une femme sublime qui se révèle être une morte revenue à la vie pour pouvoir vivre un amour de femme. A son réveil, il se trouve dans un temple abandonné et accusé d'avoir volé des reliques sacrées. Encore une fois la scène du réveil de l'envoûtement sera d'un rare spectaculaire. Wakasa apparaissant de plus en plus diabolique, Kenji Mizoguchi ayant eu l'idée, d'un plan sur l'autre, de lui faire un maquillage de plus en plus appuyé.

Le fantastique en soi n'intéresse pas Kenji Mizoguchi. Il permet juste de donner corps à ces thèmes habituels : la faiblesse de l'homme qui est prêt à rêver et à se laisser tenter par ces deux facettes du même démon : le sexe, la guerre. Mais aussi, les femmes qui n'ont pas de moyen propre à survivre et qui – abandonnées – n'ont de choix qu'entre la mort ou la prostitution.

Derrière la poésie manifeste de ces contes, presque irréels, Kenji Mizoguchi assène une coup de massue de la réalité, dure et cruelle. C'est le parallèle des deux qui fait de ce film un chef d'oeuvre.

Ce film de Kenji Mizoguchi remporta un vif succès en Occident et a pu le faire grandement connaître et reconnaître, remportant notamment le Lion d'or à Venise et une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger. Il est en effet un des plus abordables, des plus simples (des plus purs) du maître japonais.


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De vincentp, le 25 mai 2014 à 23:35
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu ce soir en dvd. Un des sommets du cinéma, c'est incontestable. Les contes de la lune vague après la pluie avance à toute vitesse, porté par des plans et plans-séquence aussi sophistiqués qu'indécelables, brossant sur le mode de la comédie de forte intensité dramatique, le portrait de groupes et d'individus, d'une société, d'une époque (fin du XVI° siècle au Japon), par le biais d'atmosphères et d'ambiances, créés en quelques mouvements, paroles, bruits, instants. Le marché, le village, le groupe des potiers, la troupe des samouraïs : on s'y croirait.

Réflexion de haute volée sur la nature humaine, la condition humaine, le processus de création artistique, l'argent, la place de la femme dans la société, le réel et l'imaginaire, déroulée au travers d'un récit empli de mouvements, de bruits et de fureur, le tout en seulement quatre-vingt dix minutes. Une écriture cinématographique à la fois dramatique, poétique et onirique, à base de mouvements, de lumières et de sons… Quel talent incroyable chez Mizoguchi, bien évidemment l'un des plus grands cinéastes du siècle dernier…


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De Impétueux, le 24 octobre 2021 à 21:44
Note du film : 2/6

Malgré mon ignorance et ma totale indifférence pour le Japon, sa culture, sa mentalité et même son existence, j'avais depuis longtemps résolu de regarder Les contes de la lune vague après la pluie. Pourquoi ? Exclusivement grâce au beau titre français, aux sonorités mélodieuses. Mais on devrait toujours se méfier de ce genre de curiosités bienveillantes : finalement, Mizoguchi, c'est aussi étranger et enquiquinant que tous les autres, Ozu ou Kurosawa ; ça se passe dans des contrées si exotiques qu'on n'en comprend rien, sur des modes et des rythmes qui sont si éloignés des nôtres qu'on doute vraiment qu'un Occidental puisse y piger quelque chose. Mais enfin, il y a toujours des gogos qui marchent dans l'exotisme.

Bon ; ça se passe dans la région du lac Biwa au début du 16ème siècle nippon. Inutile de dire que je n'ai pas la moindre idée de l'endroit, de l'île japonaise où se situe le lac Biwa et que l'histoire des débuts du 16ème siècle japonais m'est aussi inconnue qu'indifférente ; cela dit pour répéter ma vieille idée selon quoi on pige d'autant mieux l'esprit d'une œuvre qu'on en est structurellement plus proche ; parce que si on m'évoque les alentours d'un paysage français du temps de Louis XII ou de François Ier, je vois en revanche parfaitement de quoi il s'agit (le palais de Jacques Cœur ou le château de Chambord, par exemple).

Ces préalables étant exposés, je dois dire que j'ai failli couper très très vite la projection, du fait des musiques du générique, stridentes et désagréables, qui tapent particulièrement sur les nerfs. J'ai résisté, j'ai poursuivi. Deux familles de pauvres gens, à la base : Genjuro (Masayuki Mori) est un pauvre talentueux potier d'un coin minable et perdu ; il est marié avec la douce soumise Miyagi (Kinuyo Tanaka) de qui il a eu un petit garçon. La sœur de Genjuro, Ohama (Mitsuko Mito), est, elle, mariée avec une sorte de rêveur immature, Tobei (Eitar Ozawa) qui ne songe qu'à devenir samouraï.

Il faut dire que la région est parcourue par des guerriers qui sont avant tout des pillards, des bandes sans foi ni loi qui se nourrissent comme ils peuvent en volant et violant la population. Mauvaise époque : l'anarchie, l'absence d'État est la pire chose qui puisse arriver à un peuple. Comme de coutume, les femmes sont les gardiennes du foyer et de la raison ; comme de coutume, les hommes font des châteaux en Espagne.

Vont se greffer sur cette observation assez bienvenue deux histoires ridicules et mal fichues : l'une verra l'infantile Tobei, qui est par imposture, devenu un samouraï important retrouver, dans un bordel militaire, sa femme, contrainte pour survivre à se prostituer. L'autre aura une tonalité plus fantastique et parfaitement farfelue : Genjuro sera séduit – et d'ailleurs même davantage envoûté par une sorte de fantôme vivant, Dame Wakasa (Machiko Ky?), sorte de survivance d'une ancienne famille aristocratique restituée à la vie par la fidélité d'une nourrice. Mais pendant ce temps sa femme légitime aura été assassinée par des soudards.

On s'ennuie beaucoup pendant ces péripéties, mal datées, mal rythmées, terriblement lentes ; jusqu'aux moments où les Nippons entrent dans une sorte d'hystérie violente : on dirait que ces gens de très loin ne connaissent que deux états d'âme : la lenteur hiératique et l'hystérie guerrière.

Il y a de jolies images bien photographiées, dans des paysages d'une confondante médiocrité : c'est là que réside la seule qualité du film, qui n'est pas très long mais qui est très pesant, très ennuyeux, très scolaire. Il paraît que Mizoguchi, pour partir son pensum, est allé chercher des idées chez Maupassant. Sans blague ?


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