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Sujet : Encalminés dans la mélasse


De Impétueux, le 22 novembre 2020 à 15:57
Note du film : 0/6

Si un bon connaisseur du cinéma français d'antan me cite dans la conversation les noms de Fernandel et de Charpin en les liant, je vais sans doute engager le dialogue en évoquant le merveilleux Schpountz de Marcel Pagnol où ces deux grands acteurs interprètent certaines des scènes les plus remarquables, les plus drôles, les plus émouvantes qui se puissent ; si on me pousse un peu dans mes retranchements, je citerai aussi La fille du puisatier du même auteur où, derrière l'ombre immense de Raimu, l'un et l'autre tiennent solidement les seconds rôles. Et si on me traque jusqu'au bout, je pourrai même trouver au fin fond de ma mémoire Ignace de Pierre Colombier, qui n'est pas un film déplaisant dans le genre.

En d'autres termes, si on me propose les deux acteurs en paquet cadeau dans ce que je peux penser être un gentil film de samedi soir, je prends ! Et ceci bien que ce soit réalisé par le pâle Fernand Rivers, parce que dans ce genre de spectacle, on n'attend pas des images superbes et un montage innovant, simplement un bon moment. Et aussi parce qu'on voit qu'il y a au générique des noms qu'on aime bien : la grande Fréhel, Suzy Prim et surtout, pour les rôles masculins, Édouard Delmont, Jean Brochard, voire Jean Temerson. Et enfin parce que sont bien sympathiques les films qui mettent en scène un couple de vieux garçons amis pour la vie (comme, par exemple, Le mort en fuite d' André Berthomieu, avec Jules Berry et Michel Simon).

Entre ne pas s'attendre à grand chose et être effaré par la nullité d'un film dont absolument rien n'est à sauver – y compris le jeu des acteurs qui sont en roue libre, qui font n'importe quoi et ne sont venus que pour toucher leur cachet – il y a un abîme : les gentils petits navets sans prétention donnent souvent au spectateur bienveillant l'occasion de relever ici et là un petit bout de nostalgie : une rue qu'on reconnaît et qui a bien changé en trois quarts de siècle, une pratique, une habitude qu'on avait oubliée et qu'en un instant on se remémore, une expression aussi heureuse que désuète, une rengaine qui demeure en tête, le joli sourire d'une starlette…

Là, rien du tout, que dale, nib de nib ! Le vide intégral, l'abomination de la désolation, l'apocalypse du néant. François (Fernandel) et Victor (Charpin) vendent des confiseries dans les fêtes foraines et ont recueilli une toute petite fille qu'ils ont trouvée ; pour avoir tenté de protéger Lisa (Josyane Lane), fille de la diseuse de cartes Bohémia (Fréhel) d'un souteneur sans scrupules (pléonasme), ils voient leur baraque incendiée. Leur vieil ami Courtepatte (!!) (Édouard Delmont) les embauche parmi ses lutteurs ; évidente catastrophe ; puis recherche d'emplois divers dans une sorte de musée des tortures, dans une entreprise de déménagement, etc. C'est accablant.

Fortuitement, ils font arrêter la bande de voyous (celle du souteneur, notamment) qui s'apprêtait à cambrioler la riche fofolle Mme Granville (Suzy Prim) ; mais ils sont confondus avec un fou qui s'est évadé d'un asile (dirigé par Jean Brochard qu'on a peine à retrouver dans un rôle gloussant et ridicule, alors qu'il a tant de talent) ; ils manquent de se disputer pour les beaux yeux de la soubrette Thérèse (Monique Bert) qui, soit dit en passant, n'est pas si gironde que ça mais, Dieu merci, se réconcilient et retrouvent une boutique de berlingots.

C'est complétement idiot, mais l'idiotie, dans le genre, n'est pas toujours dirimante. Ce qui l'est, c'est l'ensemble. Je ne sais comment mieux faire que me répéter : rien à sauver !


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De Commissaire Juve, le 23 novembre 2020 à 18:15
Note du film : 0/6

Tout à fait d'accord. C'est un des pires films de ma vidéothèque. A son propos, j'ai coutume de parler de "poison cinématographique" (référence aux "poisons alimentaires" du Schpountz). Et même en étant "fortifié… vacciné… blindé", c'est inregardable.


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De fretyl, le 25 novembre 2020 à 14:58

Décidément plus je lis votre entêtement à vous obstiner à regarder les abominations de Fernandel plus je pense qu'il fut placé bien haut sur l'échelle du cinéma à une époque.

L'homme était paraît-il un salopard assez régulier…

Si l'on enlève deux trois bonnes comedies années 60. Les Don Camillo, le prestige que lui apporta Pagnol que retenir de ce Méditerranéen dont même Galabru avait trouvé la présence "lourde" et qui ne pensait qu'au fric en règle générale.

Et puis se complaisant dans ces nanars il ne m'est guère sympathique !

A l'inverse de Bourvil qui s'efforçait hors écran d'être un brave type malgré sa collection à lui aussi de rôles de deficients.


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De Commissaire Juve, le 25 novembre 2020 à 17:51
Note du film : 0/6

Ah oui, mais non… J'assume être Fernandelophile ! Mais il y a dans sa filmo quelques bouses bien fumantes. En tapant ces mots, je pense aussi à Tricoche et Cacolet (1938).


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De Impétueux, le 25 novembre 2020 à 19:14
Note du film : 0/6

Comment nier, Frétyl, que notre Fernandel national a joué dans une très grande quantité de nanards indéfendables ? Comme Louis de Funès (que vous appréciez plus que moi, je crois) dès qu'il accéda au vedétariat, comme Jean Gabin lorsqu'il se mit en roue libre ?

Et c'est vrai aussi que même dans les meilleurs de ses films, il a des tics d'expression et de jeu qui fatiguent souvent. Il arrive quelquefois à m'agacer dans ce chef-d'oeuvre cruel de Claude Autant-Lara, L'auberge rouge ou dans la farce méchante désabusée de Crésus de Jean Giono.

Il était avide d'argent ? Bah, qu'est-ce que ça peut nous faire ? Grisé par la fortune ? Vous ne le seriez pas si on vous faisait des ponts d'or et si vous aviez été un peu juste enfant et adolescent ? Désagréable sur les plateaux ? Mais Jean Gabin l'était, Lino Ventura aussi et tant d'autres… Est-ce que le fait de savoir que Michel Simon avait des pratiques sexuelles (!!) dégoûtantes m'empêche de l'apprécier ?

Beaucoup de mauvais films, oui, bien sûr… Et tant de bons ! Vous avez cité ce qu'il a tourné avec Marcel Pagnol (et il n'y a pas que les provençalades, il y a aussi Topaze) eet les Don Camillo. Et, en plus des deux films cités plus haut, des gentils agréables moments de type François 1er, Le fruit défendu, Le mouton à cinq pattes, que dites-vous de Fric-frac, de L'armoire volante, de Meurtres ?, du Diable et les dix commandements, de L'homme à l'imperméable, de La vache et le prisonnier, du Voyage à Biarritz, de Heureux qui comme Ulysse

On peut être réticent à ce jeu outré, on peut ne pas avoir envie de regarder toute la filmo. Mais avoir des réticences sur Fernandel….


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De fretyl, le 25 novembre 2020 à 20:51

Des films que vous avez cité seul Le Fruit Defendu, Meurtres ?, Heureux qui comme Ulysse, La vache et le prisonnier me conviennent partiellement.

Vous citez également L'auberge rouge mais n'est-ce surtout pas pour le sarcastisme de Bost et Autant Lara qu'on le regarde encore.

Je crois en fait que ces quelques films étaient pétris dans des atmosphères de drame qui convenaient mieux aux excès d'un Fernandel, acteur pénible.

Je vous conseille même Le voyage du père.

Pour le reste ou êtes vous allé chercher que je porterai à De Funes une estime haut dessus de la moyenne. Attendez un peu que je m'en prenne à Rabbi Jacob à La grande vadrouille, au Tatoué, à Oscar vous y verrez mon venin…

Ne comparons pas Gabin ou Ventura qui cherchaient généralement le perfectionnisme à ces gens foutres !


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