Pour son baptême de l'air derrière la caméra, Michel Blanc
s'est offert le scénariste talentueux Patrick Dewolf, éternel complice de Patrice Leconte.
Il est (ou sera), ne l'oublions pas, à l'origine du chef-d’œuvre Tandem
et de Monsieur Hire.
Et bien lui en a pris à Michel Blanc
car l'association de ces deux talents fait de ce film une comédie très enjouée et surtout très portée sur des dialogues savoureux. Le scénario par lui-même est quelque peu convenu mais la cadence de ce film nous fait oublier le côté un peu "déjà vu" de l'entreprise. Entreprise qui d'ailleurs, passe par un hommage appuyé à La grande illusion
de Renoir
et un autre au Quai des brumes.
Devenu réalisateur, Michel Blanc
a peut-être pensé que cela lui porterait bonheur. Avec raison car on ne boude pas notre plaisir devant cette Traversée de Paris
revue et corrigée par une époque moins difficile mais néanmoins assez austère pour bien des talents inconnus qui veulent vivre de leur art. Même si celui-ci n'est pas rancunier.
très à sa place, impeccable dans un rôle taillé sur mesure, et un Michel Blanc
hypocondriaque à faire peur qui nous arrache des rires par ses réflexions à l'emporte-pièces mais …savamment écrites en amont. La galère est leur lot quotidien en ces années 80 et mille aventures dans un Paris des bas-fonds, qui n'est pas sans faire penser aux Frères pétard,
les fera plonger dans le système D jusqu'au cou. Des vols à l'étalage jusqu'aux squats temporairement légalisés, grouillant de cafards humains, car pourchassés comme tels, en passant par les toilettes glauques des boites nuits où ils dénicheront des boulots que la morale réprouve, c'est l'amitié entre ces deux hommes qui tiendra la dragée haute à l'adversité. Le racisme, la pauvreté, le travail clandestin, la face si peu cachée d'un Paris que l'on voudrait toujours ville lumière, Michel Blanc
n'hésite pas, derrière le rire, a appuyer là où ça fait mal. Hormis cela, les scènes devenues cultes se succèdent à une cadence soutenue, accompagnée d'une chanson célébrissime de Renaud
au début de d'une carrière prometteuse. Comme la chanson, le film est très enlevé. C'est bon enfant et ça swingue pas mal. Les séquences nombreuses dans les couloirs du métro, où des musiciens de la dernière chance viennent tenter la leur pour quelques sous, sont fort drôles. J'ai juste trouvé un peu dommage que la pourtant fort belle Sophie Duez
vienne ralentir, par ses minauderies, le rythme du film. Une Sophie Duez
qui, par la suite, s'est fait oublier assez vite.
Pour un coup d'essai… Déjà, et il le prouvera encore plus tard, Michel Blanc
fait montre de réelles capacités de mise en scène. Ces autres films se feront un poil plus graves. Mais garderont cette faculté de traiter certains problèmes à fond, derrière un aspect toujours léger. Marche à l'ombre
est une excellente comédie qui, si elle n'est pas à mettre dans le Panthéon du cinéma, se doit de figurer en bonne place sur nos étagères. Et toutes ne peuvent pas prétendre au même sort…
Voilà un film qu'il ne me viendrait pas l'idée d'acheter en DVD… mais qu'il ne me viendrait pas à l'idée de ne pas regarder lorsque je tombe sur lui, lors d'une de ses diffusions (un peu comme À nous les petites Anglaises
ou Le Père Noël est une ordure.
avait reçu le concours de Patrick Dewolf,
fréquent scénariste de Patrice Leconte.
On pourrait tout autant établir un lien d'évidence entre les deux cinéastes. Car Marche à l'ombre,
qui date de 1984 coule dans une veine assez analogue à celle de Viens chez moi, j'habite chez une copine
qui remonte à 1981. Et je serais bien surpris que, pour faire ses quenottes, Michel Blanc
ne se soit pas largement inspiré de son propre personnage du film de Leconte
: fragile et râleur, pique-assiette à la morale élastique, d'une grandiose mauvaise foi et par dessus tout, d'un égoïsme qu'on n'imagine pas.
Il est vrai aussi que ce personnage était déjà celui du Jean-Claude Dusse des Bronzés,
enrichi, si je puis dire, au cours des ans. Un clampin au physique très ordinaire et malgré cela (ou à cause de ça), obsessionnellement dragueur, à la main et à l'œil baladeurs, agressif comme un roquet et aussi trouillard que lui. Un type qui s'abrite avec une sorte d'inconscience et de suffisance derrière l'équilibre (et les biscottos) d'un ami plus doué pour la vie, le travail et les filles. L'attachement du grand baraqué beau gosse (Bernard Giraudeau
là, Gérard Lanvin
ici) paraît tout à fait incompréhensible. Et pourtant qui de nous n'a pas connu ce curieux assemblage amical qui ouvre des tas de perspectives sur les relations humaines et les cheminements bizarres de l'amitié ?
On perdrait son temps à recenser les rapports – on pourrait dire les clins d'œil – entre les deux films et qui vont de l'emploi de chansons de Renaud
à l'utilisation, pittoresque et chaleureuse de squats africains et d'ateliers à peu près clandestins : c'est assez bien amené pour qu'on s'amuse.
Et même qu'on se régale. Parce que les dialogues, de la main même de Michel Blanc
sans doute, claquent impeccablement (Tu supportes si peu le soleil que tu as même fait une insolation dans une boîte de nuit ! ou encore Piquer des trucs chers, c'est du vol !) et parce que, heureusement court (85 minutes) le film est continuellement rythmé, dans une intrigue minimale mais qui se suffit à elle-même, sans qu'il y ait eu besoin d'y ajouter des pseudopodes parasites.
de Nikita Mikhalkov,
mais il y a assurément des dizaines de films dans ce cas là).
Toujours est-il que les aventures minables et impayables des deux compères qui, commencées à Marseille se terminent à New-York, font partie de ces joyeux petits morceaux nostalgiques dont on ne se lasse pas. C'est léger, drôle, enlevé, sympathique comme tout…
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