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Sujet : Des Russes au Mexique


De vincentp, le 21 juillet 2008 à 23:33
Note du film : 5/6

Film non finalisé de Eisenstein, dont les rushs servirent à monter une version improvisée des années après (par son plus proche collaborateur).

La première partie (portrait quasi-documentariste du Mexique) est peut-être la plus intéressante. L'équipe réduite de Eisenstein (ils sont…trois), sillonne le pays dans tous les sens pour en saisir l'esprit et découvre un pays singulier, aux antipodes du leur (dans tous les sens du terme). Leurs images, portées par une lumière intense, soulignées par des angles de vue prononcés, captent la poésie, et un caractère quasi-fantastique de cette civilisation, au confluent de l'ancien et du nouveau monde. Nos trois russes semblent même découvrir le jardin d'éden caché au milieu du désert de pierres, des pyramides aztèques et des églises catholiques…

La deuxième partie constitue une esquisse inachevée mais intéressante d'une représentation du chaos social et politique qui a secoué le Mexique au début du XX° siècle…, problèmes figurés ici par l'auteur comme universels et intemporels. Car Eisenstein introduit des images fortes, typiques de son œuvre, correspondant de toute évidence à la vision qu'il a de sa propre civilisation (russe). Les tsars et les bolchéviks prennent vie avec un sombrero sur la tête, un lasso dans les mains… Les deux propriétaires terriens blancs, caricaturés à l'extrême, représentent sans doute possible le tsar et la tsarine, persécutant le petit peuple indigène…

Un classique détonnant par le mélange des genres !


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De Impétueux, le 24 juillet 2008 à 11:00
Note du film : 5/6

Je partage tout à fait l'intérêt de Vincentp pour cette œuvre étrangement originale du grand S. M. Eisenstein, pour la beauté des cadrages, la hardiesse de la réalisation, la beauté d'un noir et blanc très contrasté…

Film inachevé et foisonnant, composé de scènes fortes et cruelles, dont le souvenir persiste longtemps en mémoire… Je n'ai plus revu le film depuis longtemps, mais me demeure en tête l'image terrible du riche fermier allongé aux trois quarts sur la selle de son cheval, avec qui il fait corps, pendant qu'un de ses peones est enterré vivant… Tout cela accompagné d'une musique obsédante…


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De vincentp, le 25 juillet 2008 à 16:27
Note du film : 5/6

L'image du propriétaire terrien allongé sur son cheval, un sourire carnassier aux lèvres, est effectivement une image forte de ce film, et même au-delà… Eisenstein est d'ailleurs très bien placé sur ce sujet des séquences anthologiques (ex : le berceau du cuirassé Potemkine,…), qui marquent les esprits, et le genre.

J'en profite pour donner les séquences ou images fortes du cinéma qui se sont restées gravées en mémoire :

  • John Wayne prenant Natalie Wood dans ses bras au final de The searchers
  • Le visage du même John Wayne dans le même film imaginant le sort réservé à sa famille, en séchant le dos de son cheval, au début du film
  • nombre de séquences ou d'images de Delivrance : les voitures roulant dans la forêt, le bras qui sort de l'eau etc… Ce film est d'ailleurs orienté dans ce sens, avec une succession rapide d'images suivies par un net ralentissement du rythme et des instants paroxystiques, qui donnent une force étonnante à quelques images.
  • le final de le bon, la brute et le truand avec E Wallach la corde autour du cou, et la musique lancinante de Morricone
  • le final de La traversée de Paris, qui fige par l'image le sujet des classes sociales

Et sans oublier peut-être la séquence la plus célèbre : le final de Citizen Kane.


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De Impétueux, le 21 mai 2016 à 14:32
Note du film : 5/6

Que serait donc Que viva Mexico si Eisenstein avait pu tourner le film jusqu’au bout de son projet, le monter, le sonoriser différemment ? S'il n'avait pas été interrompu par le retrait du commanditaire du projet, le romancier socialiste Upton Sinclair qui saisit les milliers de mètres de pellicule déjà tournés, qui n'ont été récupérés que quarante ans plus tard et mis bout à bout tant bien que mal ?

Que serait donc Que viva Mexico ? Peut-être le chef-d’œuvre du réalisateur tant, au vu des images conservées, il semble qu'il y ait une osmose totale entre lui et l'étrange Mexique, violent, tragique, déchiré, cruel, morbide ? Ce pays qui a fasciné tant d'auteurs et de metteurs en scène, Graham Greene, Malcolm Lowry, Sam Peckinpah par sa sauvagerie et sa désolation.

Ce pays où l'image de la mort est omniprésente, familière, fascinante, ce pays où, le 2 novembre, tout le monde, et les enfants avant tout, se régale de tibias, de crânes, de squelettes en massepain, en chocolat, en sucre, où l'on vient joyeusement déjeuner ou faire l'amour au milieu des tombes de ses proches, ce pays de vestiges aztèques et de soleil violent a sans doute des rapports profonds avec l'outrance russe, sa violence excessive, mais aussi sa chaleur et sa générosité. Contrées également tragiques et torturées, démesurées et sanglantes, comme des chambres d'écho…

La beauté des images recueillies par Eisenstein et son chef opérateur Éduard Tisse, le sens des prises de vue, les angles rares choisis, la musique, tour à tour enchantée, harmonieuse puis obsédante, fatidique, tout concourt à laisser deviner ce qu'aurait pu être le film.

S'il ne subsiste que quelques photographies et des intentions de tournage de l'épisode final intitulé La Soldadera (la lutte révolutionnaire des femmes lors de la révolution de 1910, qui a mis fin à la dictature de Porfirio Diaz), le premier épisode, Sandunga donne une image sans doute un peu trop idyllique, un peu trop ‘’état de nature’’ d'une sorte de paradis terrestre matriarcal où des femmes souriantes choisissent des maris oisifs et doux qui semblent n’avoir d’autre obligation que leur faire de beaux enfants au corps cuivré.

Le deuxième, La fiesta est une relation presque documentaire des fêtes de célébration de la Vierge de Guadalupe, cérémonies empreintes de syncrétisme où se bousculent références chrétiennes plaquées sur de profondes racines aztèques, dans une religiosité doloriste, souffrante et terrifiée qui culmine dans le sacrifice rituel du taureau lors d’une corrida admirablement filmée.

Enfin, dernier segment, Maguey, segment qui raconte une histoire cruelle. Le maguey, c'est un cactus géant, dont on tire la sève gluante pour produire le mezcal. Immense hacienda, dizaines de peones, propriétaires tout puissants, contremaîtres et hommes de main féroces. Un pauvre ouvrier, Sebastian, vient, comme le veut la règle, présenter au propriétaire sa fiancée, Maria qui vient juste de le rejoindre, amenée par ses parents. Le malheur veut que la fille soit jolie et qu'elle plaise à un ami du patron, qui la viole. Révolte de Sebastian, rejoint par son frère et deux camarades. Les rebelles n'iront pas loin mais lors de la chasse à l'homme qui leur est donnée, tuent la fille du propriétaire qui s'est jointe avec volupté à la troupe des chasseurs. Un des quatre pauvres types est laissé pour mort, les trois autres sont capturés, enterrés vivants jusqu'aux épaules et massacrés ensuite par la cavalcade assassine des chevaux qui passent et repassent sur leurs pauvres visages. Beauté hiératique du supplice sous un soleil écrasant, des plans sur les visages, dignité de Sebastian, mépris haineux des bourreaux : scène d'une force et d'une férocité incroyables avec – j'y reviens – une musique qui fait songer à du Morricone désespéré.

Mexique lyrique et cruel…


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