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Sujet : Bossuet sur DVD Toile !!!


De Impétueux, le 9 décembre 2006 à 19:39
Note du film : 5/6

Placé entre les deux chefs-d'œuvre de Jacques Becker, Casque d'Or et Touchez pas au grisbi, situé deux ans après le très séduisant Édouard et Caroline (dont il reprend d'ailleurs les deux interprètes, Daniel Gélin et Anne Vernon), ce film charmant et mineur qu'est Rue de l'Estrapade poursuit l'entomologie du Paris d'après-guerre engagée dans Falbalas et surtout les Rendez-vous de juillet.

Se libérant de l'impératif de l'action (au sens d'un scénario charpenté qui privilégie le récit aux réactions des protagonistes), comme il l'a déjà fait dans Antoine et Antoinette et, donc, dans Édouard et Caroline, Becker filme en virevoltant un quartier, un milieu social, mieux encore une période, au point qu'on a pu dire qu'il tenait là un rythme de comédie américaine à la Capra.

Alors qu'Antoine et Antoinette représentait la vie quotidienne des ouvriers du quartier des Épinettes (l'hebdomadaire de l'Union des Femmes Françaises, qui était l'organisation de masse du Parti Communiste s'appelait, d'ailleurs, Antoinette – qui a influencé l'autre ? Je me livrerai à des recherches érudites ! –), Édouard et Caroline se déroulait dans un milieu de moyenne et grande bourgeoisie ; c'est également le cas dans Rue de l'Estrapade, mais le Paris de l'époque permettait d'autres échappées, qui était cette ville où habitaient, et non pas seulement travaillaient des classes sociales mêlées, survivance du 19ème siècle par la répartition verticale et non horizontale des logements.

Fils de couturière, Becker ne résiste pas de se faire un propre clin d'œil en entamant son film dans une maison de couture, qui ressemble très fort à celle de Falbalas, jusque dans la présence – qu'on sent omnipotente et maternelle – d'une sorte de duègne assistante du grand couturier (Gabrielle Dorziat ou Pâquerette) ; mais, au contraire du Philippe Clarence (Raymond Rouleau) de Falbalas, Jacques Christian, le couturier de Rue de l'Estrapade, joué par Jean Servais, à la si belle voix grave, est clairement homosexuel ; ce n'est d'ailleurs pas un des moindres intérêts du film que de placer une curieuse scène à tonalité érotique où Anne Vernon est visiblement désirée par le couturier, qui, la nuit venue, dans la maison de couture désertée, lui fait essayer une robe puis échancre son corsage au grand dam de son giton jaloux et furieux.

En revoyant tout à l'heure ce film, je songeais bizarrement, lors des dernières images qui voient la réconciliation des deux époux, Anne Vernon et Louis Jourdan qu'une tempête a secoués à…Eyes wide shut ; bizarre divagation de mon esprit tordu ? Sans doute un peu, mais un peu seulement : dans l'un comme dans l'autre film, il y a, au-delà d'infinies différences, la présence, dans un couple, de la tentation qui intervient dans la vie quotidienne et des moyens d'y résister, tant l'évidence est que cette résistance est le seul chemin valable. Et que Françoise (Anne Vernon) résiste davantage aux entreprises de Robert (Daniel Gélin) qu'Henri (Louis Jourdan) n'a résisté aux charmes d'une charmante pin-up, rappelle assez les attitudes respectives d'Alice et de Bill Harford…

Voilà une chute bien grave pour un film léger ; mais comme je suis plutôt homme à enfoncer le clou, j'achève en citant une sublime période de Bossuet (dont ce doit être bien la première et dernière fois que le nom figurera sur DVD Toile !), sublime dans le fond et la forme, répétée par deux fois par Françoise Anne Vernon à Henri Louis Jourdan, juste avant qu'elle ne plaque (provisoirement !) leur appartement bourgeois du quai Blériot pour la chambre de bonne de la rue de l'Estrapade : On n'entend dans les funérailles que des paroles d'étonnement de ce que ce mortel est mort.

Pourquoi est-on surpris des évidences ?


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De Arca1943, le 9 décembre 2006 à 19:45

« …Bossuet (dont ce doit être bien la première et dernière fois que le nom figurera sur DVD Toile !)… »

Si l'on s'en tient à la lettre, oui; mais pour mémoire, signalons que j'ai déjà qualifié l'éminent VincentP d'Aigle de Meaux !


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De Gaulhenrix, le 10 décembre 2006 à 00:46

Mais, Impétueux, sans doute parce que – pour de bonnes ou mauvaises raisons – on se refuse à les voir… Dans le même ordre d'idée funèbre (ce n'est pourtant pas la Toussaint !), quand comprend-on vraiment que La vie est un songe dont la mort sonne le réveil ?…


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De Impétueux, le 10 décembre 2006 à 09:45
Note du film : 5/6

Oui, bien sûr, Gaulhenrix (et d'ailleurs, de qui est le mot subtil que vous citez, La vie est un songe dont la mort sonne le réveil ?), mais il ne faudrait pas que sur le fil de cette charmante et gaie Rue de l'Estrapade viennent trop se coaguler des messages digressifs sur nos fins dernières !

Je reconnais bien volontiers être le premier coupable, pour avoir terminé ma chronique sur une ample citation de Bossuet, mais je dois avouer que celle-ci est beaucoup plus futilement employée, à un moment où Françoise (Anne Vernon) qui sait que son Henri (Louis Jourdan) l'a trompée a déjà pris la décision de le fuir (et donc d'aller se réfugier dans un galetas de la rue de l'Estrapade) ne peut résister pour autant à un mari fort amoureux tout en lui indiquant prémonitoirement que l'on n'a pas à s'étonner de l'inéluctable !


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De Gaulhenrix, le 10 décembre 2006 à 18:10

Cette citation que j'ai découverte il y a quelques mois était attribuée à Calderòn. Mais je n'ai pas le souvenir du texte dans lequel je l'ai lue. Je n'en ai donc pas précisé l'auteur présumé, dans mon message prédédent, faute d'avoir pu faire la moindre vérification (je n'ai pas à ma disposition la pièce de théâtre de Calderòn – La vie est un songe – dont elle pourrait être extraite.)


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De Impétueux, le 10 décembre 2006 à 22:20
Note du film : 5/6

Calderon est ce qui vient effectivement tout de suite à l'esprit ; j'ai trouvé ceci sur un site de citations La vie est un sommeil dont on ne se réveille qu'à la mort, indiqué comme proverbe oriental. ça vaut ce que ça vaut !.


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De Impétueux, le 11 décembre 2006 à 16:00
Note du film : 5/6

J'ai trouvé ceci sur un site de citations La vie est un sommeil dont on ne se réveille qu'à la mort, indiqué comme proverbe oriental. Ca vaut ce que ça vaut !.


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