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Sujet : L'individu face au groupe


De Nostromo, le 18 février 2003 à 00:00

C'est un film magnifique, inspiré. L'histoire d'un homme, qui renie tous ses idéaux, qui renie son passé, son combat pour réapprendre à vivre, simplement, à profiter d'un rayon de soleil, du chant d'un oiseau. A cet égard, la scène de son réveil dans la maison bourgeoise de sa famille est superbe et ironique. Cet homme qui avait quitté le confort pour un engagement dans la résistance italienne, s'émeut du ronronnement d'un chat, de la petite chanson qui lui rappelle son enfance… Après la prison et la maladie, tout ce monde lui semble être un paradis.

C'est aussi et surtout l'histoire d'un homme poursuivi par le destin, un destin qui prend la forme de ses anciens compagnons de lutte qui le poursuivront partout, de la maison bourgeoise au village isolé où il enterre sa femme.

Thème cher aux frères Taviani, l'individu face à la société, face au groupe. Un combat où l'homme est toujours perdant. Quelle que soit sa sagesse, quelle que soit la justesse de sa vision, il est condamné à échouer devant l'unité du groupe. Cela apparaît encore plus clairement, lorsque Fulvio se décrit à lui-même ses compagnons de combat. Chacun pris dans son individualité est un personnage pathétique, sans volonté, sans grandeur, mais dès qu'ils sont ensemble, il y a incontestablement une force qui se dégage, force qui écrasera tout au long du film l'individualité ici incarnée par la volonté d'évasion de notre héros.

Il essaiera tout pour se libérer de cette horde révolutionnaire. Il vole l'argent de la cause, il disparaît, il essaie de les démoraliser. En vain. Quand il aura épuisé les derniers moyens de se séparer de ses compagnons encombrants, il finira par les dénoncer aux Autrichiens. Mais à la dernière seconde, il a un doute. Et si le combat n'était pas complètement inutile ? Ce doute lui sera fatal et donne tout son sens au film. Et la fable devient fresque. Elle prend tout son sens dans les dernières secondes. Imaginons un puzzle qui se définit au moment où l'on dépose la dernière pièce.

Techniquement parfaits, le cadre et la photo du film nous plongent dans cette histoire aussi sûrement que la mise en scène et le scénario. Quelle merveille qu'un film dans lequel tout travaille au même but !

Sans oublier la musique d'Ennio Morricone qui signe là une de ses meilleures partitions. Notamment le thème des partisans – un air enjoué, gai avec un zeste de mélancolie, pour rappeler l'enthousiasme inutile des combats perdus – qui a force de revenir apparaît peu à peu comme une malédiction.

Terminons par la performance magistrale de Marcello Mastroianni, qui apporte au personnage de Fulvio toute son humanité et surtout tout son éclat. Il est à la fois pathétique et sublime. Il fait de Fulvio un personnage inoubliable et profondément humain.

Un film pour tous les amoureux du septième art. A voir et à revoir….


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De Arca1943, le 27 décembre 2003 à 17:07
Note du film : 6/6

Chapeau! Qu'ajouter de plus à ce vibrant éloge? Sinon qu'Allonsanfan est le film idéal pour commencer à se faire les dents sur les Taviani. L'austérité élégiaque, voire cryptique, de certains de leurs plus grands fils (comme Padre Padrone ou Kaos) laisse ici la place à un récit picaresque et ironique, bien plus proche que d'ordinaire de la riche veine populaire du cinéma italien, avec cet art unique du mélange des genres où l'épique et la dérision, le lyrisme et le réalisme se côtoient comme les deux faces d'une même médaille. C'est, pour ainsi dire, le plus «movie» de leurs films: un sensationnel divertissement où se répand à la fois le souffle irrésistible du Risorgimento (ah! ces jeunes patriotes qui s'élancent avec un noble mépris du danger contre les Autrichiens patibulaires!) et le scepticisme ironique propre à «l'homme seul» (archétype cher notamment à Pirandello) face à la tempête d'Histoire qui s'annonce…

Un très grand film, et qui n'a pas pris une ride.

Arca1943


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De vincentp, le 12 août 2010 à 16:37
Note du film : 4/6

4,5/6. Je serais un peu moins enthousiaste que Arca1943. Un film de qualité, c'est indéniable, avec une mise en scène très élaborée, insistant par exemple sur un facteur temps qui semble être arrêté. Les frères Taviani décrivent fort bien l'aristocratie italienne, en y introduisant des personnages -et des traits de caractère chez ces aristos- populaires. Mais des exagérations, un enchainement d'idées parfois assez curieux peuvent laisser sceptiques. Comment la jeune femme peut-elle par exemple ne pas reconnaitre son frère ?

C'est un film profondément italien (là est son intérêt majeur, à mon avis), qui rappelle des films de Bertolucci, Visconti (Senso), de Sica (Le Jardin des Finzi-Contini,…), Comencini (Casanova). Il met en lumière ce qui fait la spécificité de la culture de ce pays : des individus soignant leurs apparences physiques et vestimentaires pour se distinguer du peuple, et une certaine tendance à l'emphase, à l'outrance, à la volubilité, -qui semble aussi naturelle à leurs auteurs qu'une séance de sauna ou de naturisme pour des scandinaves-, et qui est retranscrite dans Allonsanfan via le cheminement du récit, et le style de la mise en scène.

Nb : il est clair que Arca1943 est totalement en phase avec cette représentation du monde très italienne, véhiculée par le cinéma. Surprenant pour un canadien ! J'apprécie le cinéma italien, pour ses qualités nombreuses, mais pour autant je ne partage pas forcément la vision du monde, les us et coutumes transalpines. A ce sujet, mon père, qui connait bien la culture italienne me disait avoir vu un député italien parler pendant plusieurs heures sans interruption -ce qui passe pour un exploit auprès de ses compatriotes- : ceci serait inimaginable en France. 1900 : c'est tout à fait cela !


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De vincentp, le 18 janvier 2020 à 19:03
Note du film : 4/6

4,5/6 ou plus. Revu en dvd. C'est un film curieux, mélange d'aspects historiques et fantastiques. La forme (plans, lumière) est de qualité. Le contenu sera très diversement apprécié. Pour ma part, j'ai trouvé le film réussi, intéressant mais pas complètement abouti. Le côté drame appuyé est typiquement celui de cette époque (années 1970). Des ressemblances avec Deux anglaises et le continent ou Trois femmes. Il y a de la matière à réflexion, et le spectateur motivé devrait y trouver son intérêt. La chronique ci-dessus de Nostromo est très pertinente. Bravo à lui.


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