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La moisson du Ciel


De JIPI, le 22 mai à 12:26
Note du film : 6/6

« Nous vivions au dessus des nuages. »

Quand l'ennui devient une aubade aussi pathétique que symphonique pas de doute nous sommes bien sur les terres d'un cinéaste hors du commun capable d'embellir d'un mysticisme profond les moments les plus insignifiants.

L’éternel retour d’une photo émouvante, pensée unique d’une imagerie magnifique bien souvent somnolente et léthargique inondant une nature répétitive ainsi que ses occupants d’une lumière presque céleste.

L’immense chance de ressentir au plus profond de soi la richesse de ses herbages, de visiter ses fermes et ses paroisses le tout au contact d'une météo toujours incertaine.

De s’émerveiller ou de frémir en découvrant par tous les temps les attraits ou les menaces spontanées de ses collines et de ses précipices.

Une émotion intense investissant de nombreuses perspectives naturelles bien souvent inanimées d’une beauté sans pareille.

Unité parfaite mystique et gratifiante entre l’esprit le ciel et la terre, dont on ressent intensément le partenariat sans pour autant avoir la capacité d’en définir la véritable profondeur.

Un air pur imbibé d’une subordination de chaque instant dans un relationnel robotisé sous un dôme naturel entre les êtres, le divin et les choses détenant dans un évènementiel imprévisible le potentiel de conflits insolubles.

Des mots d'amours ne réconfortant que l'instant où ils sont prononcés, n’empêchant nullement malgré leur force une volonté d’être ce quelle a décidée d’être au risque de perdre ce qu’elle a de plus cher au monde.

Un nouveau Messie assumant son choix jusqu'à son terme au contact de la plus grande des souffrances.

La perte de l'autre et de son amour éternel.


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De Impétueux, le 14 janvier 2020 à 19:45
Note du film : 5/6

Que se passerait-il vraiment si ceux qui se disent chrétiens – et dont je suis ou que j’essaye d’être – suivaient vraiment la Parole divine et mettaient vraiment en pratique ce qu’ils lisent dans l’Écriture ? Comment serait la Terre si ceux-là avaient seulement le grain de Foi qui permettrait de déplacer les montagnes, selon le propos du Christ rapporté par les Évangiles de Matthieu (17.20) et de Marc (11.23) ?

Dans une époque où la pulsion diabolique était bien proche de s’emparer du monde et où Satan, à coups de cathédrales de lumière et de fanfares dans la nuit subjuguait l’Europe, il en est au moins un qui croyait vraiment en ce qu’il croyait. Qu’il ne pouvait pas biaiser, ruser, pactiser avec l’Absolu du Mal. Quelqu’un qui ne transigeait pas, qui ne discutait pas. Je ne peux pas faire ce que je crois être mal.

Orgueil des certitudes ? Obstination et déraison ? On peut, bien sûr, voir la chose sous cet angle et répéter à l’envi, comme le font tous les gens raisonnables qu’un acte qui n’aura aucun lustre, aucun éclat, aucune notoriété mais qui aura des conséquences dramatiques, est d’une totale absurdité. Mais est-ce plus absurde que la crucifixion d’un prédicateur hébreu d’il y a bien longtemps ? Eh bien nous, nous proclamons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs écrit Saint Paul aux Corinthiens (1, 17-25).

Toute l’architecture du dernier film de Terrence Malick repose sur la citation de la romancière anglaise George Eliot qui le conclut : La croissance du bien dans le monde dépend en partie d’actes qui n’ont rien d’historique ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées.

J’ai conscience d’être un peu obscur pour ceux qui ne savent pas que Une vie cachée raconte en presque trois heures, qui peuvent paraître longues et lentes, mais jamais languissantes, l’histoire vraie de Franz Jägerstätter (August Diehl), simple paysan du village de Sainte Radegund en Haute-Autriche qui refuse de faire allégeance à cet Adolf Hitler, qui est né une quinzaine d’années avant lui à proximité. Jägerstätter ne fait pas de politique, n’est pas un idéologue ou un penseur. Il ne souhaite que vouloir vivre dans sa ferme sans doute assez prospère avec sa femme Fani (Valérie Pachner) et ses trois petites filles. C’est tout. C’est aussi simple que ça. Et voilà que ça va conduire à deux enfers. Celui de Franz bien sûr à qui le bourreau allemand coupera la tête le 9 août 1943 ; celui de Fani, insultée, rejetée, humiliée par le village qui n'admet pas qu'on s'en distancie et qui reste totalement fidèle à celui qu'elle aime au delà même de sa propre vie.

Trois heures où les choses sont figées, fixées dès le début. Le Non de Franz est aussi absolu que l'est l'amour formidable du couple ; les péripéties qui vont s'enchaîner n'en sont pas, à vrai dire : on n'imagine pas qu'il y ait un retournement, un coup de théâtre, une révélation. Ni même une évolution dramatique comme il y en a une dans l'admirable Silence de Martin Scorsese. Tout est aussi stable et solide que les montagnes austères et leur ciel presque perpétuellement gris.

Je n'ai pas, je n'avais pas beaucoup de sympathie pour le cinéma de Terrence Malick ; je n'en connaissais, à dire vrai, qu'assez peu, mais je le trouvais décoratif, précieux, trop obnubilé par la qualité de l'image présentée et porteur d'une substance maigre. Mais cette fois l'admirable beauté des images s'agrège avec la puissance du propos. On oublie les tics habituels, les grands angles intrusifs, l'ornemanisme, la caméra portée. Cette fois on peut se laisser porter : tout autant la photographie de la montagne que celle des maisons (qui fait songer aux tableaux des frères Le Nain) n'a pas cet aspect flagorneur qu'on pouvait reprocher à Malick : elles ont leur raison d'être dans un film grave, austère, sévère ; un film qui pose l'éternelle question : Et moi, qu'aurais-je fait ?


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