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Collusions à Rome


De vincentp, le 9 février à 09:28
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Cadavres exquis (1976) est construit à partir d'une succession de séquences énigmatiques, qui prises une par une peuvent être interprétées différemment selon la sensibilité du spectateur. Le procédé peut dérouter le spectateur qui attend que tout soit clair, ou peut intéresser un autre spectateur qui souhaite être sollicité à chaque instant. Globalement, Rosi oppose la classe populaire, confinée dans des immeubles pauvres de banlieue, et la classe aristocratique vivant dans de luxueuses villas. Quelques contacts épisodiques entre ces deux mondes mais la fracture est béante.

Rome (?) est montré comme le lieu éternel de la quête du pouvoir, qui repose sur des collusions et des complots, utilisant le masque des opposants politiques (cf Le fils de Spartacus de Corbucci). Quelques gesticulations de personnages haut en couleur (le juge joué par le suédois Von Sydow!) compensées par le flegme de Lino Ventura dans le rôle de l'enquêteur dépassé par son enquête. Le scénario, la mise en scène, la photographie de Cadavres exquis sont de tout premier plan. Un classique enfin réédité, qui devrait plaire aux amateurs du film italien de la grande époque.


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De Steve Mcqueen, le 6 février à 20:44
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Le film de Francesco Rosi est hanté par la prescience de la mort dès ses premières images, qui voient le vieux juge Varga (Charles Vanel) contempler des squelettes momifiés dans les catacombes d’un monastère. La caméra scrute son visage parcheminé et impénétrable, et son meurtre en pleine rue, alors qu’il agrippe à un bout de verdure, semble faire disparaître avec lui ses secrets, solitaire jusque dans la mort.

La première moitié du film, qui montre les prémisses de l’enquête menée par l’inspecteur Rogas (Lino Ventura), fait planer un doute inquiétant, car on ne voit pas les assassins, seulement les séquelles de la mort qui frappe (un corps retrouvé sur une route, l’impact d’une balle sur la baie vitrée d’une banque, du sang qui goutte dans un lavabo).

Quand le film prend un tournant politique, quand le pouvoir tente d’incriminer des activistes d’extrême-gauche, se dessine l’amorce d’un vaste complot aux multiples ramifications, opaque, indéchiffrable. Le gouvernement et les institutions, gangrenés de l’intérieur, se soucient peu de broyer les individus pour maintenir l’apparence de la respectabilité. Rongé par des compromissions ataviques, le pouvoir en place fait tout pour le rester.

Le film baigne alors dans une atmosphère de paranoïa larvée à mesure que l’étau de referme sur Rogas. Un téléphone qui sonne dans le vide, un néon qui grésille, l’inspecteur pris dans les feux d’une voiture inquiétante laissent à penser que le danger rôde, insidieux, implacable. La menace suinte par tous les pores de la pellicule.

Francesco Rosi filme de longs corridors verdâtres, des parkings souterrains sinistres, d’immense halls, de somptueux intérieurs oubliés, un cimetière, un musée déserté… Autant de lieux à l’ «inquiétante étrangeté» abandonnés par l’espoir, par la moindre parcelle d’humanité.

Lino Ventura, force tranquille qui s’accroche à sa quête de justice, s’enfonce dans un labyrinthe de duplicité et de faux-semblants, dans les dédales d’une vérité qui se dérobe au fur et à mesure qu’il s’en approche.

Le final est grandiose, empreint d’une dimension tragique qui prend aux tripes (et qui n’est pas sans rappeler A cause d’un assassinat réalisé par Alan J. Pakula aux Etats-Unis deux ans auparavant).

Francesco Rosi filme magistralement un monde en déréliction, où il n’y a ni vainqueur ni vaincu malgré les apparences, seulement des êtres broyés par un système qui les dépasse.


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