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La tempête satirique du siècle (suite)


De vincentp, le 5 juillet 2008 à 15:42
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ach, le mystérieux Sandokan a oublié de mettre une note à ce film… Brillant (portrait de groupe et d'une société), drôle, émouvant, instructif, un classique pour tous, même si ce n'est peut-être pas comme le dit Arca, un des meilleurs films de tous les temps ! Simplement un film parfaitement écrit, photographié, réalisé et interprêté, et qui est du même acabit que le Fanfaron , les Monstres, les Nouveaux monstres, et Au nom du peuple italien, autres réussites incontournables du prince de la comédie italienne : Dino Risi.


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De Arca1943, le 27 janvier 2008 à 23:20
Note du film : Chef-d'Oeuvre

« Nous buttons là, ami Arca, sur certaine impossibilité française à ne pas se prendre au sérieux. »

En effet !

Ce regard ironique dans lequel baignent toutes choses, jusqu\'à la Résistance elle-même – regard que l'on retrouve dans d\'autres comédies comme Il federale ou La Grande pagaille – s'il a pour effet de désacraliser la Résistance en faisant sauter ce qu'il peut y avoir de commémoratif et de rhétorique dans les « films de Résistance », mène à nous la montrer plus terre-à-terre et donc plus vraisemblable, plus tangible – en somme, plus réaliste. Disons en gros, pour trousser une formule, disons que les Résistants des films français n'ont jamais mal aux dents, tandis que dans certains films italiens, ça peut arriver.

Mais bon, du point de vue du film Une Vie difficile, il était aussi très important pour le scénario de \"miner\", pour ainsi dire, l\'aura de Résistant de Silvio Magnozzi, de la relativiser, afin que l'humour fonctionne comme il est censé fonctionner dans une comédie à l'italienne. Alors d\'accord, pendant des mois, Silvio Magnozzi a joué au chat et à la souris avec les patrouilles allemandes, écrit et publié un journal antifasciste en pleine guerre, dans des conditions ô combien risquées; il a dormi dans les cimetières et mangé de la vache enragée. Très bien, d\'accord, c\'est vrai. Seulement, voilà : sur une période qui devait durer quelques jours mais finit par s'étirer sur trois mois – trois mois ! -, tandis que ses courageux camarades poursuivaient leur héroïque combat contre la racaille nazifasciste, lui se la coulait douce dans un moulin abandonné avec la plus qu'avenante Lea Massari ! Aha ! Non mais !

Cet épisode est crucial et nimbe le personnage jusqu\'à la toute fin. Car lorsque Sordi, ô surprise, arrive à l\'enterrement de sa belle-mère au volant d\'une superbe voiture de luxe (décapotable à commande automatique !), lui et Massari passent à nouveau devant le fameux moulin, il dit « Nostro mulino » et elle pleure dans ses bras. À ce moment précis, bien sûr, l\'épisode du moulin n\'a plus rien d\'ironique, c\'est le symbole de leur amour, le souvenir d\'un bonheur unique en son genre qui ne peut se répéter. Mais lorsque Magnozzi se drape dans les hautes valeurs de la Résistance pour justifier son refus de tout compromis, même minime, le spectateur a comme tendance à se rappeler que c\'est bien joli la Résistance et ses Valeurs, sauf que tu faisais quoi dans le moulin pendant trois mois avec Lea Massari, mmh?

Comme souvent – mais vraiment ici plus que jamais – le personnage d\'Alberto Sordi est un inextricable noeud de traits contradictoires : couard ou courageux selon les circonstances, à la fois imbécile et intelligent, naïf et lucide, et bien sûr, admirable (car c'est un héros !) et risible (car c'est un loser !). Et puis il a une touche de détestable, aussi : je ne sais combien de fois il traite sa femme d\'ignorante, et vu qu'il s\'agit de la sublime Lea Massari, ça me démange de lui flanquer mon poing sur la gueule ! (Mais bon, je me retiens car nous avons un écran de télé tout neuf).

Ce film est vraiment un miracle, à toutes sortes de points de vue. Les repérages, par exemple – un aspect du cinéma fort important pour les cinéastes italiens de l'époque – sont vraiment parfaits. La photo en noir et blanc est d\'une précision et d\'une modernité étonnantes – et sans le noir et blanc on n\'aurait pu ponctuer aussi bien l'action avec les brefs extraits de films d\'archives (Libération, référendum monarchie-république, élections de 1948, attentat contre Togliatti). Scénariste attitré de presque toutes les comédies d'Alberto Sordi, Rodolfo Sonego ici se surpasse, il signe un scénario traversant dix-huit ans d'histoire où tout s'enchaîne avec fluidité et équilibre, des dialogues aussi incisifs que naturels où chaque mot porte. Age-Scarpelli réussiront à faire aussi fort, mais pas plus fort, pour l'inoubliable Nous nous sommes tant aimés, autre sommet qui à l'évidence puisera une partie de son inspiration à ce film de Dino Risi (ce qui n'est pas un reproche : n'oublions pas qu'il s'agit d'un cinéma de genre).

Chaque scène est mise au point avec un art consommé du naturel et du mouvement; les détails exagérés, les extrapolations propres à la satire se glissent là-dedans toujours à point nommé, ni trop, ni trop peu; les blagues semblent advenir sans effort et les célèbres glissements de ton propres à cet éblouissant serial sont tous aménagés au cordeau. Alberto Sordi est à son summum, son nuage de dérision le nimbe et le suit partout, dans le maquis, au moulin, dans la salle de rédaction du journal, en prison, à l'université, dans le bureau du grand éditeur, dans les caves de Cinecittà (sic), sur la plage… Quel tragicomique né ! C'est incroyable. Lea Massari crève l\'écran et brise le cœur, elle est vraiment parfaite en femme terre-à-terre affligée d'un mari idéaliste. (« Toi, bien sûr – lui dit-il un soir, alors qu'ils sont au lit – toi tu voudrais la grande maison, la grosse voiture… » « Non, c'est pas ça, répond-elle, c'est que je porte les mêmes chaussures depuis trois ans ! ») Et jusqu'au maquillage de Mme Massari qui est miraculeux : elle a vraiment l'air d'une adolescente au moment où elle rencontre son beau résistant barbu et vraiment l'air d'une solide trentenaire en 1961 quand elle enterre sa maman.

Les personnages secondaires « risiens » sont aussi au rendez-vous : la vieille « princesse »* toute décatie au soir du référendum, le prisonnier accueilli à coups de pied au cul à sa sortie de prison par sa femme et sa belle-mère (« incapable ! » « bon à rien ! »), l'énorme religieuse à cornette qui annonce à Sordi la mort de Staline… Sans parler des personnages dans leur propre rôle : Edith Peters, puis Alessandro Blasetti, Silvana Mangano, Vittorio Gassman en costume de centurion, qui est en train de tourner un peplum, et voit arriver Sordi : « Ah non ! Le type au roman. Suivez-moi, légionnaires ! » et il s'enfuit à leur tête.

Et la scène de plage est là aussi ! Tout y est, quoi. Avec Le Fanfaron, ce film compose une espèce de dyptique idéal, l'abscisse et l'ordonnée de Dino Risi. Après cela monsieur Risi signera encore d'autres très grandes comédies satiriques (La Marche sur Rome, Les Monstres, Au nom du peuple italien, Parfum de femme…) mais il ne pourra jamais égaler ces deux-là : ce qui est bien normal, car une fois qu'un alpiniste a gravi l'Himalaya, il ne peut plus grimper plus haut !

(*) Bien sûr, je mets le mot « princesse » entre guillemets par obéissance à la 14, je veux dire la 14ème des Dispositions transitoires et finales (sic) de la Constitution italienne : «Les titres de noblesse ne sont plus reconnus. »


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Ça s'impose


De Arca1943, le 27 juin 2007 à 14:04
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Et voilà : ça sort lundi !!!


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De Arca1943, le 17 mai 2007 à 00:14
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Miracle ! Mon message précédent a perdu toute actualité. Grâce à Studio Canal, dans un mois et demi – mais comme c'est long, un mois et demi ! – nous aurons enfin Une Vie difficile. Sur le site de la FNAC, la date annoncée est le 2 juillet 2007.

Je souhaite de tout coeur que cette sortie DVD en soit une digne de ce très grand film. Donc, pour éviter la fâcheuse dispute que nous venons d'avoir sur Les Nouveaux monstres il faut impérativement qu'il y ait la version sous-titrée (pour le grand art) ET la version française (pour le grand spectacle populaire). Ensuite, il faut que la copie de ce film soit parfaite, pas comme celle toute grisâtre de La Grande guerre, nom de nom ! Et puis ce serait bien d'avoir un ou deux suppléments juteux. Pour une entrevue d'Alberto Sordi (ou du second rôle de choc Claudio Gora) il est trop tard. Mais Dino Risi est toujours avec nous : on pourrait en profiter pour avoir de ses nouvelles… et peut-être aussi de Lea Massari ?

Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : cette fresque tragicomique sur l'Italie de 1940 à 1960 va devenir, dès que j'en aurai pris possession, mon bien le plus précieux. Mmh… peut-être devrais-je acheter un coffre-fort ?


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