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Un grand moment de satire populaire à l'italienne


De Arca1943, le 25 octobre 2008 à 19:54
Note du film : 6/6

« C'est que Risi, Monicelli ou Scola n'ont pas de l'Homme la haute idée de nos idéologues rousseauistes »

Bien vu. C'est qu'à se faire une trop haute idée de l'Homme, on en vient bien trop facilement à la négation de l'Homme. Il y a aussi là-dedans un effet de générations : au moins en Italie, la gauche qui a eu vingt ans en mai 1968 et la gauche qui a eu vingt ans en septembre 1943 n'ont vraiment pas la même mentalité. Une belle illustration de cette lutte interne, si on peut l'appeler ainsi, se trouve dans La Terrasse : le vieillissant directeur des programmes culturels de la RAI Serge Reggiani confronté au jeune metteur en scène qui veut transformer Le Capitaine Fracasse en une infecte tambouille à peine reconnaissable…

Des gens comme Risi ou Monicelli ont été enfants puis adolescents dans le contexte bizarre d'un totalitarisme atteint d'une forme particulièrement aiguë d'esprit de sérieux et qui cherchait à faire d'eux des Hommes Nouveaux en leur bourrant la tête de slogans. Une fois adultes – et découvrant la liberté sur le tard – pouvaient-ils à leur tour chercher à transformer leurs spectateurs en Hommes Nouveaux ? Impossible, ils auraient eu l'impression d'être devenus des fonctionnaires du MinCulPop. Dans le cas de monsieur Scola, qui est un vieux communiste impénitent, je suis sûr que des camarades ont dû le lui reprocher amèrement, voire le tancer d'importance…

Soyons maintenant indulgents, une main sur le coeur, à l'italienne. Quand on voit le début fort réussi de Dupont Lajoie, on se dit que la satire, l'esprit qui fustige les moeurs, n'est pas si incompatible avec le sérieux Yves Boisset. Offrez-lui, en 1971, le scénario en or écrit par Age et Scarpelli et demandez-lui de le transposer en France : il pourrait, il aurait pu, théoriquement. Mais pas la fin, pas la dernière demi-heure. Les méchants sont de droite, les bons sont de gauche. Point. Alors, découvrir ce qu'on découvre in fine au sujet du juge Bonifazi – le courageux magistrat qui roule en mobylette et lit L'unità, qui n'a pas peur de faire dynamiter un immeuble construit illégalement – ne peut tout simplement pas arriver dans l'univers d'Yves Boisset, ni même de Costa-Gavras. Or bien sûr c'est ce développement – essentiel tant du point de vue du récit policier que de la critique sociale – qui donne tout son sens et son poids à cette magnifique satire de Dino Risi que je viens de revoir pour la énième fois !


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De Gaulhenrix, le 20 août 2007 à 20:18

Tiens donc ! Cela me rappelle une vieille antienne – à d'autres que moi, aussi, sans doute. Qui choisir : Racine, qui montre les hommes tels qu'ils sont, ou Corneille, qui les peint tels qu'ils devraient être ? Bonne dissert. ! Rassurez-vous, je ne vous délivrerai point la mienne…


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