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Sujet : Barbe-Bleue, joyeuse trahison


De Azurlys, le 2 décembre 2010 à 13:26

En déambulation sur les richesses d'internet le hasard m'a remis sous les yeux l'annonce du décès de Cécile Aubry, charmante comédienne à la si brève carrière qui est disparue en Juillet 2010. Son minois avait attiré en son temps le célèbre Clouzot avec qui lui proposa de figurer dans Manon, d'après l'Abbé Prévost. Ce très bref hommage m'ouvre une passerelle pour atteindre un film réalisé peu après sous la houlette de Christian-Jaque.

Le Barbe-bleue réalisé en 1952 sur du Gévacolor (production Gevaert) où elle fut la septième femme de l'Ogre du comte, a commis une joyeuse trahison envers le conte de Charles Perrault, au profit d'une fantaisie somptueuse, d'une impertinence qui facilitait les brillants dialogues de Henri Jeanson: Soyez sans inquiétude, Monseigneur, il y aura tellement de lumière que même les ténèbres ne trouveront pas un coin d'ombre pour s'y dissimuler !. Il était, comme on le voit par ce seul exemple, à la hauteur de sa réputation mêlant brio et insolence qui ouvraient à quelques allusions contemporaines du film.

Pierre Brasseur y faisait un comte de Salfères papelard et suffisant, du moins en apparence et cachait sa célèbre cruauté. On le disait meurtrier, mais… Je préfère interrompre l'histoire – si tant est que le secret soit encore préservé. Cécile Aubry, mutine, délicieuse et au regard boudeur y déployait une verve piquante et les scènes où elle parvient à exaspérer son mari et seigneur sont croustillantes. Lui se voulait un ogre, un lion, et elle le faisait joyeusement tourner en bourrique !

Il semble que le film – je l'ignorais – fut une co-production franco-allemande, salade étrange au sortir d'un conflit dont chacun gardait de très fâcheux souvenirs, ce qui pourrait expliquer que Hans Albert jouait de comte de Salfères dans la version allemande. A coté, Jacques Sernas était le jeune premier de service, acteur international, à la carrière inégale, et Jean Debucourt y campait un intendant qui savait ramper quand il le fallait.

Je ne dispose pour ma part qu'une version VHS de provenance TV, encore est-elle sur une cassette à laquelle il est arrivée des aventures en refusant de sortir un jour de l'appareil ! Un caprice, sans doute. Deux films s'y trouvaient l'un derrière l'autre, et Barbe-bleue suivait Le jardin d'Allah, produit par David O. Selznick, et troisième œuvre tournée en glorious Technicolor. Depuis l'incident, je n'ai jamais osé réutiliser la cassette. La rencontre du Technicolor et du Gévacolor était cruelle pour le second C'était les premières pellicules dites soustractives, dont les colorants étaient garantis… trois ou quatre ans ! L'Easmancolor, arrivé de chez Kodak eût tôt fait de détrôner l'émulsion Belge, et les problèmes de conservation sont peut-être à l'origine de son absence en DVD. Toutefois,René Château était parvenu à un résultat relativement convenable par "recolorisation" à partir des traces conservées sur La Tour de Nesle, et il serait bien inspiré de regarder du coté de ce Barbe-bleue. Le système est très contestable, il est vrai, mais les superbes costumes et les décors magnifiques, de Georges Wakhévitch, qui s'inspirait des Livres d'Heures médiévaux, y trouveraient largement leur compte.

Bref un conte qui nous a fait trembler enfants (encore que…), mais qu'il faut revoir puisqu'il a su brillamment contourner l'histoire pour une imagerie élégante et drôle.


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De Impétueux, le 2 décembre 2010 à 19:04

Cécile Aubry m'était restée dans la tête comme la maman de Poly et de Belle et Sébastien, insupportables nouilleries qui lui valurent un beau succès à la télévision. Je l'ai redécouverte sensible, fragile, insupportable, exaspérante dans le passable Manon de Clouzot

Je me la remettrais bien en tête à nouveau dans ce Barbe-Bleue dont vous nous parlez, Azurlys, avec votre verve habituelle…

Mais si je suis bien d'accord avec vous sur le talent de Cécile Aubry, je m'élève une nouvelle fois – car nous en avons déjà parlé ! – contre les couleurs de La Tour de Nesle d'Abel Gance (il est vrai que le film est si mauvais que ça ne vaut pas la peine que nous nous étripions pour cela !).


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De Azurlys, le 3 décembre 2010 à 13:20

Merci infiniment, cher Impétueux, de vos interventions salvatrices pour compléter mon texte sur le Barbe-bleue de Christian-Jaque. Vous avez même supprimé quelques erreurs dont j'aimerais qu'elle fussent toutes d'inattention… J'envisageais même, comme il m'est arrivé de faire, de sortir le texte avec l'aide de mon voisin de cyber – comme l'on dit d'un voisin de palier – et de corriger ce que j'avais avais aperçu sur le tirage de l'imprimante. Mais vous étiez vigilant, d'autant que ce jour, mon voisin est absent. J'étais près à me sentir bien seul, et vous êtes arrivé (par internet interposé, il est vrai). Merci une fois encore de votre compréhension et de votre aide.

Il me semble exact, en effet, que les hypertextes, et l'accès à l'italique me sont fermés en raison de l'absence d'un mot de passe la toute première fois, avec L'affaire des poisons de Decoin. Depuis, mes essais se heurtent à la même difficulté, puisque seule la mention du pseudo est acceptée.

Il n'eût pas convenu, en effet, que nous nous étripassions sur les couleurs de La tour de Nesle de Gance. Au reste, que feriez-nous sans tripes respectives ? Simplement j'avais indiqué que l'intervention de René Château que vous ne prisez guère – c'est un euphémisme – n'avait, en l'occurrence, aucun autre choix. Sauf à accepter de diffuser le film en noir et blanc. Évidemment, ce film est médiocre, et Abel Gance qui ne travaillait plus depuis douze ans avait sans doute des besoins financiers, et il s'est senti dans l'impérieuse nécessité d'accepter cette commande. Il s'y est appliqué avec les moyens dont il disposait, tant financiers que d'inspiration. On était loin des flamboiements de son Napoléon Bonaparte, aujourd'hui un peu pesants – les flamboiements, pas l'officier d'artillerie… Mais son film a gardé cet envol, ce souffle, même s'il souffre un peu aujourd'hui des excès de réalisation. La tour de Nesle était à coté un sujet d'une dangereuse insignifiance. Et cela a fourni un film nunuche, qui est devenu ce qu'on appelle une curiosité, presque hilarante. Je ne suis pas à la veille d'oublier la Marguerite de Bourgogne de Silvana Pampanini, mais s'il y avait aussi les excès de Pierre Brasseur, de Paul Guers, de Jacques Toja, on peut penser qu'ils avaient compris le peu d'intérêt du film et surjouaient pour atteindre le ton du mélo.

Quant à la couleur, je partage votre avis sur le principe. Coloriser un film est scandaleux, même si les ayants-droit en sont d'accords. Là, les couleurs furent rehaussées à partir des éléments qui subsistaient du Gévacolor d'origine, et Château lui-même avait dit que cela lui avait coûté une fortune. Évidemment, cela ne change rien aux résultats. Mais il a pris le parti de sortir les films du cinéma français, dont tous sont loin de justifier une diffusion, dès lors qu'il rachetait les sociétés en déconfiture avec le fonds et les droits de diffusion. Il serait absurde de le comparer à Henri Langlois pour la Cinémathèque. Toutefois, leur démarche se ressemble : pas de sélection qualitative, et montrer ce qui existe. Gageons cependant que ses intérêts marchands y sont aussi sûrement pour beaucoup…

Pour le pittoresque et pétillant Barbe-bleue, film français par excellence – encore qu'il faille tenir compte du détour de l'autre coté du Rhin – j'ai pense à lui… Mais si TFI Vidéo, ou CANAL + (?) Vidéo avaient le bon goût de s'y atteler, j'y verrais mon avantage. Enfin, pour une coproduction Franco-Allemande, peut-être que les droits présentent des difficultés importantes. Je n'ai pas de réponse à proposer.

Encore merci de votre aide.


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De Gilou40, le 3 décembre 2010 à 20:14

"Poly" et de "Belle et Sébastien", insupportables nouilleries qui lui valurent un beau succès à la télévision..

Rassurez moi, illustre grammairien, vous avez été enfant ? Ou seriez vous passé directement de Ouin-Ouin à Houellebecq ? Où gît votre sourire enfoui ? vous aurait demandé Pedro Costa ?


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De Impétueux, le 4 décembre 2010 à 00:30

A Azurlys : sur le point de votre incapacité à profiter de toutes les fonctionnalités de DVDToile, liens hypertexte, italiques et tout le bataclan, j'ai consulté le sage Spontex, maître absolu des techniques et webmestre inspiré ; il y a sans doute un blocage dû à on ne sait quelle mauvaise manœuvre que vous avez sans doute dû faire… Peut-être faudra-t-il que vous preniez un pseudo neuf et un mot de passe itou : Azurlys2, par exemple… Attendons le point de vue du spécialiste !

Pour le reste, il est naturellement hors de question que nous nous cherchions querelle, et je n'évoque qu'en souriant nos controverses sur La tour de Nesle ; au contraire de vous, je crois le sujet excellent, pouvant mêler Histoire de France, sexualité débridée, assassinats sanglants, corridors sombres, sacs mystérieux jetés dans l'eau grise du fleuve et bien d'autres choses. Druon en fait quelque chose de tout à fait bien dans Les Rois maudits, mais la légende est telle qu'un type un peu ingénieux pourrait en tirer quatre ou cinq regards différents (Marguerite de Bourgogne était-elle une débauchée ? une femme amoureuse ? une intrigante ? une sainte nitouche ? une espionne à la solde des Goddons ? et ainsi de suite !)

Je n'ai pas beaucoup vu de Gance ; à part La tour de Nesle, à la limite inférieure du ridicule, Lucrèce Borgia, dont le principal intérêt est de voir la grande Edwige Feuillère toute nue, et Austerlitz, qu'il faut que je revoie, mais qui me semble manquer de moyens et de souffle.

Quant aux productions de René Chateau, je me suis cent fois exprimé sur le site : on ne lui reproche pas la diffusion de nanards sauvés de l'oubli, mais d'avoir édité scandaleusement mal quelques films admirables, le plus bel exemple étant Un revenant, formidable film gluant de suie lyonnaise de Christian-JaqueJouvet est sensationnel et qui est salopé par une édition insupportable…

A Gilou40 : Bien sûr que j'ai été enfant, mais outre que je ne l'étais plus en 1961, époque de Poly (et a fortiori encore moins en 65, époque de Belle et Sébastien), j'étais, ce qui ne vous a pas échappé, j'espère, un garçon, ce qui me faisait davantage rêver à la flibuste,à la gloire militaire, aux aventures exotiques, à Scaramouche, aux Trois mousquetaires et aux Mines du Roi Salomon.

En d'autres termes, les histoires de poneys et de toutous, qui faisaient peut-être rêver les jeunes filles (d'autant que le jeune Mehdi El Glaoui, fils de Cécile Aubry était doté d'un physique avantageux) me semblaient d'une niaiserie absolue… Tant à faire, j'ai bien préféré les petits rats (métaphoriques !) de L'âge heureux d'Odette Joyeux, les jeunes ballerines s'égayant sur les toits de l'Opéra!


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