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Forum : On ne meurt que deux fois

Sujet : Étude en glauque


De Verdun, le 3 juin 2007 à 19:51
Note du film : 5/6

On ne meurt que deux fois est le dernier film écrit par Michel Audiard. Il s'agit sans doute, avec Un papillon sur l'épaule, du plus beau film du sous-estimé Jacques Deray.

On retrouve après Mortelle randonnée, Pile ou face, Garde à vue l'association géniale entre Audiard et un Michel Serrault alors grandiose dans les rôles de dingue.

Dommage que la mort du célèbre scénariste ait mis un terme à cette série de films ambitieux et élaborés…


Le film est d'ailleurs marqué par la mort du début à la fin. Tout baigne dans une ambiance glauque. Le spectateur est désarçonné, aucun personnage n'est rassurant, surtout pas l'inspecteur Staniland-Serrault. C'est une intrigue étrange qui est déroulée ici, un mélange entre polar, drame psychologique et histoire d'amour entre ce flic et une femme fatale incarnée par une fascinante Charlotte Rampling.

Doté de décors oniriques et bien choisis, d'une réalisation honnête et des magnifiques derniers dialogues d'Audiard, ce film n'a pas marqué les esprits. C'est dommage, car c'est une belle réussite, qui a plutôt bien vieilli. Tournée à une époque où les polars français, notamment ceux de Deray pour Belmondo et Delon étaient franchement mauvais et ont pris la poussière.

Un film à réévaluer, bien moins classique qu'il n'en a l'air.. Le livre de Robin Cook qui inspire le film, est paraît-il, une remarquable série noire..


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De Impétueux, le 4 juin 2007 à 11:40
Note du film : 6/6

Mille fois d'accord avec vous Verdun qui vous faites rare sur ce site !

On ne meurt que deux fois, malsain et trouble, figure dans ma liste immarcescible !! C'est dire si quelque jour je tenterai d'ajouter quelque chose à votre excellent message !


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De Impétueux, le 28 mars 2010 à 19:40
Note du film : 6/6

Et il paraît, d'après le supplément du DVD, que Michel Audiard ne souhaitait pas que Charlotte Rampling devînt la Barbara Falck de On ne meurt que deux fois, sous le prétexte singulier que son accent aurait pu détonner et moins bien dire la rosserie des mots du dialoguiste ! On croit rêver !

Il n'y a pas d'actrice qui puisse être plus vénéneuse que Rampling, il me semble, depuis longtemps, depuis toujours, depuis Portier de nuit, évidemment, depuis Un taxi mauve, bien sûr et, après le film de Jacques Deray, avec Max mon amour, Angel Heart et, sûrement une kyrielle de films où sa beauté craquante et l'ambiguïté absolue de son sourire entraînent d'emblée dans le malaise.

On ne meurt que deux fois est un film de malaise, de malaise global, de saletés à peine dissimulées sous la bordure des tapis, où personne n'est bien net, que ce soit le musicien assassiné torturé Charles Berliner (Philippe Auge), Margot, sa femme délaissée et alcoolique (Élisabeth Depardieu), son beau-fils dealer Éric (Riton Liebman), Arthur Chalon, l'ancien mari de Barbara la nymphomane (Maurice Barrier), le photographe complaisant et ancien (?) amant de Barbara, Jean-Louis Soeren (Gérard Darmon), transposition évidente du bien réel Jean-Loup Sieff (dont la compagne s'appelait aussi Barbara : il n'y a pas de hasard), le patron du pub douteux (étonnant Jean-Pierre Bacri), et, naturellement, le frère de Barbara, Hugo (Xavier Deluc, échappé, pour une fois, aux films de Max Pécas ou aux bluettes de la télévision).

De toute façon, dans la carrière et dans la vie d'Audiard et de Michel Serrault (époustouflant, comme si souvent), le malaise s'est instauré depuis les morts accidentelles de François Audiard en 1975, et de Caroline Serrault en 1977 ; ça ne se voit pas toujours, on continue à écrire ou à jouer des gugusseries, mais on a reçu un tel coup de matraque mortel qu'on se survit à peine dans ce qu'Audiard a décrit comme la souffrance de son livre La nuit, le jour et toutes les autres nuits, où la misanthropie devient règle de vie ; mieux : de tenue et d'allure.

Je ne sais pas combien il y a de Deray dans le film, qui est plus qu'un artisan et pas tout à fait un artiste, heureux bénéficiaire du succès des Borsalino et réalisateur inspiré de La piscine ; je vois qu'il y a beaucoup d'un Audiard, plein de sarcasmes pour la nature humaine, au niveau du dialogue délicieux entre l'inspecteur Staniland (Michel Serrault, aussi désespéré que l'Oeil, le détective privé de Mortelle randonnée et le concierge, M. Léonce (Jean-Paul Roussillon) de l'immeuble où résidait Berliner l'assassiné et où venait le rejoindre Barbara Falck :

Léonce, le concierge : Quand Barbara partait le matin, elle était déjà belle ; c'est pas beau, les travailleuses
Staniland : Il peut pas y avoir que des putes !
Léonce : Et pourquoi pas ? Des travailleurs et des putes ! Au moins on saurait pourquoi on travaille…
Staniland : Vous êtes un idéaliste, Monsieur Léonce !

Ce n'est qu'un échantillon des dialogues fastueux d'Audiard, merveilleusement dits. Sacré film !


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