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Forum : Casablanca

Sujet : Critique


De dumbledore, le 22 octobre 2003 à 11:39
Note du film : 6/6

Attention chef d'œuvre.

Hollywood a produit quantité de film sur l'engagement américain dans la Seconde Guerre mondiale. Tous les grands cinéastes, de Fritz Lang à Alfred Hitchcock en passant par Jean Renoir se sont mis de la partie. Pourtant, le film qui sort du lot est sans nulle doute Casablanca de ce cinéaste sous-estimé qu'est Michael Curtiz.

Le film prend comme point de départ une situation commune dans ce genre de film en campant un personnage socialement bien établi, pas forcément financièrement, mais posé dans sa vie quotidienne et qui par l'influence d'une jeune femme qu'il aime va rentrer dans la lutte contre le nazisme. La trame n'est donc pas originale. Le succès et la fascination viennent d'ailleurs, viennent comme souvent dans les films mythiques des personnages qui transcendent leurs icones initiales pour atteindre les sommets de la complexité humaine.

C'est le cas du personnage de Rick incarné par Humphrey Bogart qui trouve ici un de ses plus beaux rôles, à la fois dur, cynique et profondément blessé. Sa relation avec Ilsa/Ingrid Bergman est tout à la fois romantique et terrible. A la fois attirée encore par lui et amoureuse de son mari, elle est sur le fil du rasoir, ne sachant vers qui aller. Le mari lui-même est d'une grande finesse et d'une grande humanité et là réside
l'idée géniale du film: le mari vaut autant voire plus que Humphrey Bogart. Il est terrible qu'Ingrid Bergman parte avec son mari, tout comme il est terrible qu'elle parte avec son ancien amant. Le trio de trois personnages touchants et également humains rend le drame digne des plus belles pièces classiques du théâtre. Chaque choix que font les personnages est mauvais car chaque choix est condamne l'élément qui n'est pas choisi.

Rajoutez à ces trois comédiens formidables des seconds rôles inoubliables comme le musicien black et son « Play it Again, Sam »,

comme Peter Lorre et bien évidemment Claude Rains, rajoutez à cela les plus beaux, les plus fins dialogues du cinéma américain des années 40 et 50, rajoutez à cela une des plus belles fins de film de l'histoire du cinéma et vous aurez l'étendu de ce chef d'œuvre du cinéma.

Mais le plus extraordinaire, c'est que le film est un chef d'œuvre par hasard. Michael Curtiz d'abord, fait partie de ces réalisateurs qui enchaînent les films, des commandes en sommes. Dans l'année qui vit naître Casablanca, il a réalisé trois films, l'année précédente deux films. Il est facilement devinable que pour lui, Casablanca était un film comme les autres. Pas plus extraordinaire, pas plus évident. Loin de là même puisque la production a été une catastrophe et que l'équipe s'est vite trouvée à improviser. Les scènes étaient écrites le soir pour être tournées le matin. Bref, un vrai calvaire et le seul but de tous était de réussir à finir le film, et que le film tienne débout. Même chancelant, tout le monde aurait été satisfait. La fée du cinéma a dû se poser sur le tournage car les personnages, le ton, la distance face au propos propagandiste, tous ces éléments qui font la force et la mythologie du film n'auraient sans doute pas été dans le film si celui-ci n'avait pas été improvisé…


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De paul_mtl, le 18 avril 2006 à 15:06
Note du film : 4/6

je le trouve assez ennuyeux ce 'chef d'oeuvre' :D

un jeu de séduction mélo démodé, une histoire previsible

mais que j'apprecie pour le rôle ambigu et l'interpretation de Peter Lorre.


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De urspoller, le 15 octobre 2007 à 18:50
Note du film : 6/6

Je m'inscris en faux par rapport à paul_mtl. Ce métrage, signé Curtiz, a connu un succès instantané et qui demeure toujours d'actualité (L'American Film Institute vient tantôt de nommer Casablanca comme le plus grand film romantique). Cette oeuvre de propagande est devenue un chef-d'œuvre, alors qu'initialement cet opus se voulait un appel en faveur de l'interventionnisme militaire et politique des Etats Unis dans le conflit mondial.

Ici, tout concourt à créer une alchimie solide comme les performances bouleversantes de Claude Rains et du couple vedette Bogart/Bergman, la finesse du scénario qui s'écrivait au jour le jour au grand mécontentement des comédiens, la dimension politique et morale de cet opus et bien sur l'impact émotionnel indéniable du film qui maintient le spectateur dans cette atmosphère aux relents envoûtants d'un romantisme délicieux.

Ce film permît à Humphrey Bogart d'accéder au statut de star internationale, en sortant de son répertoire habituel et en interprétant un homme blessé faussement cynique et pragmatique, cachant en fait un idéalisme, un romantisme et un patriotisme acharnés. Ces caractéristiques se retrouvent encore dans son personnage du Port de l'angoisse en 1944. Mais, que serait ce métrage sans la sensuelle Ingrid Bergman, plus belle et plus désirable que jamais, irradie littéralement l'écran par le truchement de son sourire triste et de son regard de femme hantée par son passé. A noter, la présence de l'acteur français Marcel Dalio (La Grande Illusion, La Règle du jeu…) interprétant le croupier.

Finalement, le fait que la création de ce métrage se fit dans la douleur, notamment en raison d'un scénario étant écrit au jour le jour, obligea Michael Curtiz à apporter à chaque scène un soin extrême. Résultat, le film demeure un chef-d'œuvre où chaque plan mérite des éloges. Casablanca, au demeurant, ne peut être sérier classiquement dans une catégorie fixe car dans ce métrage s'entrelace, s'interpénètre, s'entremêle un foisonnement de genre ou de notions plus ou moins abstraites. Ainsi, s'ajoute au substrat patriotique initial une atmosphère et des scènes typiques des films noirs, d'action, de guerre, de suspense, psychologiques, humoristiques, musicaux (avec la sublime mélopée " As Time Goes By ") et bien sûr romantiques.


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De Arca1943, le 15 octobre 2007 à 18:54
Note du film : 4/6

« L'American Film Institute vient de nommer Casablanca comme le plus grand film romantique, »

Avec L'American Film Institute, il faut toujours traduire. Ainsi "le plus grand film romantique" signifie en fait "le plus grand film romantique américain".


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De PM Jarriq, le 15 octobre 2007 à 18:58
Note du film : 6/6

N'empêche que c'est beau, CasablancaBogart est malheureux, Bergman est belle, mais belle (c'est d'ailleurs pour ça que Bogart est malheureux)… Rains est ambigu, mais bien brave au fond (il voit bien lui, que Bogart est malheureux)… Et Peter Lorre ne fait que passer. Mais les décors, la musique, la photo, la fin à l'aéroport. Difficile de faire mieux, quand même.


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De urspoller, le 15 octobre 2007 à 19:12
Note du film : 6/6

Effectivement, Arca, la nuance s'imposait même si l'on connaît tous l'unilatéralisme en matière de culture, entr' autre…

PM Jarriq, seriez vous également un adorateur invétéré de la nymphe suédoise, belle à damner un bataillon de séminaristes ?


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De PM Jarriq, le 15 octobre 2007 à 19:20
Note du film : 6/6

Ben… Casablanca, Pour qui sonne le glas (la coupe de cheveux en TechniColor), Hantise, Dr. Jekyll and Mr. Hyde, forcément, ça marque son homme.


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De urspoller, le 15 octobre 2007 à 19:36
Note du film : 6/6

Bien venu au club ! Et je rajouterai, ses rôles de femmes marquées par son passé ou par la passion dans Les Enchaînés, La Maison du docteur Edwardes ou encore Anastasia, où notre sylphide scandinave illumine, par sa fragilité et sa sensualité, la pellicule et submerge notre inconscient de pulsions inavouables !


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De PM Jarriq, le 15 octobre 2007 à 19:47
Note du film : 6/6

D'où le choc indélébile, quand on l'a découverte en ex-missionnaire quinquagénaire un peu nigaude dans Le crime de l'Orient-Express. Un vrai tue-l'amour !

Un peu comme ce jour funeste, où on s'est rendu compte que même Geneviève Bujold pouvait vieillir. N'est-ce pas, Arca ?


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De Arca1943, le 15 octobre 2007 à 20:00
Note du film : 4/6

« Un peu comme ce jour funeste où on s'est rendu compte que même Geneviève Bujold pouvait vieillir. N'est-ce pas, Arca ? »

Vous allez un peu vite en affaires, Jarriq. Je ne m'en suis toujours pas rendu compte ! Et je reste au contraire persuadé que Geneviève Bujold est savamment maquillée pour les besoins des rôles de petite vieille qu'elle a choisi de jouer ces dernières années, par caprice de diva. Et quels as, ces maquilleurs, hein ? L'effet obtenu est très réaliste. Je leur dis chapeau !


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De urspoller, le 15 octobre 2007 à 20:01
Note du film : 6/6

Sacredieu, que dites-vous là, les bras m'en tombent… Mais, même en nonne dans Les Cloches de Sainte Marie ou en missionnaire dans L'Auberge du sixième bonheur, Ingrid Bergman est craquante et je me pâme inexorablement devant ma naïade au nez retroussé. Alors, afin de sauvegarder mon équilibre psychologique vacillant, je crois qu'une impasse sur ce film, ayant engendré une telle réaction de votre part, s'impose ! Veto sur Poirot !


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De PM Jarriq, le 15 octobre 2007 à 20:34
Note du film : 6/6

C'est vrai ! Je me suis laissé berner… Sacrée Geneviève ! Quel talent, ces maquilleurs… Et au fond, en y repensant bien, ça ne devait pas être Ingrid Bergman, la bonne dame bredouillante du Crime de l'Orient-Express, mais sa lointaine cousine Ingrüd Bregmann, avec laquelle on la confond souvent.

On a eu chaud, les gars.


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De Arca1943, le 15 octobre 2007 à 20:58
Note du film : 4/6

N'empêche qu'Ingrid a fait de l'ombre à Vera Bergman, dont personne – sauf moi, apparemment – n'a entendu parler.


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De PM Jarriq, le 15 octobre 2007 à 21:00
Note du film : 6/6

C'est sûr, Arca. Une actrice italienne des années 40, appelée Bergman, il n'y a que vous qui pouviez en avoir entendu parler…


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De urspoller, le 15 octobre 2007 à 22:22
Note du film : 6/6

L'homonymie n'est pas une excuse à l'absence de notoriété. Faute de talent, on tombe irrémédiablement dans l'oubli et non en raison de son patronyme, voyez Katharine Hepburn et Audrey Hepburn, Ingrid Bergman et Ingmar Bergman, Walter Lang et Fritz Lang, John Sturges et Preston Sturges, Simone Simon et Michel Simon, etc… C'était surtout pour dire que si Ingrid Bergman partage son pseudonyme qu'avec d'autres, elle restera toujours unique, toujours la sirène qui attire irrésistiblement les marins sur les écueils et les spectateurs à la frontière de la béatitude…


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De droudrou, le 15 octobre 2007 à 22:56

C'était surtout pour dire que si Ingrid Bergman partage son pseudonyme qu'avec d'autres, elle restera toujours unique, toujours la sirène qui attire irrésistiblement les marins sur les écueils et les spectateurs à la frontière de la béatitude…

Alors là, Sébastien, tu fais très fort ! Aussi, pour calmer tes ardeurs, nous te proposons de voir Le bal des sirènes avec Esther Williams !… Et puis, c'est un excellent cru : il date de 1944…


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De urspoller, le 16 octobre 2007 à 18:01
Note du film : 6/6

Pour en revenir au thème principal de Casablanca, "l'effort de guerre" de Curtiz ne s'acheva pas avec ce métrage car le cinéaste d'origine hongroise, maître ès film d'aventures, tourna encore deux films supplémentaires dans une optique propagandiste à savoir Mission à Moscou et enfin Passage to MarseilleHumphrey Bogart campe encore un partisan des forces libres.


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De Florian Defontaine, le 16 avril 2011 à 19:02

Merci pour ce très beau site ! Humphrey Bogart, ou "Bogie", représente le vrai, le grand, l'unique cinéma .

Ce génie a su inventer un style, confondre réalité et fiction, personnalité et composition . Cynique et tendre à la fois, fragile et acerbe, vertueux et tourmenté, désinvolte et victorieux. L'homme aux multiples facettes marque l'écran de son éternelle empreinte de légende du septième art, coiffé de son feutre de privé et de son mythique imperméable, nimbé de l'épaisse fumée de ses cigarettes , cisaillant la partition de son jeu par ses répliques flamboyantes, acides et tranchantes .

Bogie se fond dans la noirceur crépusculaire de ses films, et pourtant rayonne de toute son aura .

Telle est la vision que retiendront les générations futures de ce héros au sens noble du terme, de ce chevalier adoubé par les plus prestigieuses lignées de critiques et de spectateurs, marqués au fer rouge par son talent. Bogie est éternel, laissant à son public des films cultes sanctifiés tels que :

"La faucon maltais", "Casablanca", ou encore "Le grand sommeil" ……

Ce que représente Humphrey Bogart pour moi ? L'absolu de cet art que l'on nomme cinéma .


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De Impétueux, le 10 décembre 2013 à 19:57
Note du film : 4/6

J'ai été absolument agacé en revoyant Casablanca par un paquet de scories, par tout un ensemble d'énormités qui auraient pu être facilement et sans frais évitées si la Production et les scénaristes s'étaient donné un tout petit peu de mal : c'est tout ce qui concerne la présence des autorités françaises dans la ville, celle des Allemands, et le ridicule d'instituer préfet de police (une fonction qui n'existait, jusqu'en 2012, qu'à Paris) un simple capitaine qui arbore d'ailleurs à tout propos et au mépris des règles une batterie de décorations pendouillantes. Je vois une fois de plus l'inculture et la désinvolture étasunienne envers tout ce qui n'est pas l'Union.

Imaginer qu'en décembre 1941 (alors que la Zone libre en a encore pour près d'un an) une délégation allemande peut se promener en uniforme en pays conquis et poser ses exigences est du dernier comique. D'autant que le Maroc n'était pas une colonie, mais un protectorat et que le sultan, Mohammed V, était un fidèle soutien de la France libre. Et, si on a cité beaucoup de répliques brillantes du film – j'y reviendrai – il y en a une d'une idiotie absolue : le Major Strasser (Conrad Veidt) évoque Rick (Humphrey Bogart) devant le policier Louis Renault (Claude Rains) avec mépris en le traitant de maladroit ; et Renault lui rétorque Les Américains, il ne faut pas les sous-estimer : ils sont "maladroitement" entrés dans Berlin en 1918. À bramer de rire quand on connaît un peu l'histoire, non ?

Bon. Cette bile jetée, il faut dire tout de même beaucoup de bien du film, qui est mal fichu, mélodramatique, quelquefois lent et plein d'invraisemblances. Et en plus qui, dans la plupart de ces séquences – et toutes celles qui sont significatives, hors celle, finale, à l'aéroport – se passe dans l'espace confiné du Rick's bar, sous forme théâtralisée ; ce qui n'a rien d'étonnant d'ailleurs puisque, à la base de Casablanca, il y a une pièce.

Et pourtant, par une sorte de singulière magie, par une alchimie qu'on n'est pas prêt de retrouver, ça fonctionne intelligemment, grâce à un scénario subtil, ingénieux, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il s'est construit, les bases jetées, au fur et à mesure qu'avançait le tournage du film. Il paraît même que les cinéastes ignoraient presque jusqu'à la fin s'ils feraient partir pour Lisbonne Ilsa Lund (Ingrid Bergman) avec son mari Victor Lazlo (Paul Henreid) ou avec Rick Blaine, l'homme qu'elle aime (Humphrey Bogart). Il faut dire que Michael Curtiz connaît son affaire et qu'il manie en virtuose une caméra virevoltante qu'on croirait ailée, introduisant des angles de prise de vue originaux et jamais inutiles. Le dialogue, hors la réserve que j'ai émis plus haut, est quelquefois étincelant, d'une grande drôlerie, mêlée de cynisme (Le récurrent Arrêtez les suspects habituels ! du policier Renault, ou du même Renault, que Ricks vient de menacer qu'il le visera au cœur pour l'abattre C'est mon point le moins vulnérable). Cynique mais quelquefois aussi d'une grande poésie triste, lors des adieux des deux amants qui songent à leurs jours de bonheur rare : Paris que nous avions perdu avant ton retour et que nous avons retrouvé hier…

Quelques moments vraiment émouvants aussi, comme la Wacht am Rhein entonnée par les Allemands couverte par une Marseillaise magnifique, qui fait songer à celle que jette rageusement Maréchal/Jean Gabin dans l'offlag de La grande illusion. On a tout dit de l'harmonie des acteurs, Bogart et Bergman et du reste de la distribution. Notons qu'il est assez drôle de voir employés sur le même film Marcel Dalio, qui interprète le croupier habile et sa femme de l'époque Madeleine Lebeau, qui joue l'entraîneuse, en sachant que le couple avait, dans la réalité fui Paris pour Lisbonne avant de se retrouver aux États-Unis, comme y aspirent tous ceux qui sont entassés à Casablanca. Et la musique, aussi, bien sûr, avec As Time Goes By qui reste durablement en tête…


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