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Sujet : Critique


De dumbledore

Le film fut repoussé par Grémillon qui refusa de le signer suite aux pressions et à la censure exercée par les producteurs. Il est vrai que le film est d'un intérêt limité et ne correspond guère à la vision sociale que Grémillon a pu développer par la suite, ou bien déjà dans ses documentaires. Si l'histoire démarre sur un ton grinçant (les scènes du paquebot) avec une description sociale tout à la fois pittoresque et critique (un monde où les voleurs sont des singes, où règnent les pipelettes arrivistes et autres bourgeois qui se sentent vivre uniquement à travers les ragots à raconter), malgré ce microcosme intéressant, on vire rapidement à une comédie de boulevard sans réel intérêt, convenu et, il faut le dire, ennuyeuse, avec ses scènes incontournables de chansonnettes (car qui dit naissance du parlant dit aussi chansonnettes à pousser) et autre « vaudevilerie »

Cela dit, l'œil un peu exercé saura trouver son plaisir dans des détails assez étonnants, assez révolutionnaires pour l'époque.

Il y a d'abord des axes de prises de vues plutôt étonnants pour l'époque, avec des profondeurs de champs très grandes (le tout début dans le bateau), des angles très aiguisés (les contre plongées) ou des angles de dos ou trois quart dos. On a droit aussi à des travellings très larges, très modernes : le premier plan-séquence est formidable, traversant tout le bateau-société en travelling arrière. Autre modernité, la scène du repas (vers les 50 minutes du film) dans lequel un personnage raconte son séjour en Afrique. On a droit alors à un flash back en Afrique avec des allées et venus audacieux entre les deux temporalité, etc, etc…

Le tout donne un film inégal mais, cinéphiliquement, intéressant et passionnant.


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De films.regent, le 16 mai 2005 à 16:15
Note du film : 4/6

Votre analyse du film est très juste. Toutefois, je vous précise que Jean Grémillon n'a pas refusé de signer le film suite à une pression ou pollution de la production comme l'écrit, aussi, Paul Vecchiali dans sa présentation du DVD en 2002.

Un fait certainement unique dans l'histoire de la production. Avant qu'il réalise la "commande", la production et Jean Grémillon se sont mis d'accord pour que le monteur Jacques Brillouin ait le crédit de réalisateur. Rien à voir avec "Daïnah la métisse" censuré par la production Pathé, film renié par son auteur.


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De Impétueux, le 16 mai 2005 à 17:59
Note du film : 3/6

J'étais absolument persuadé avoir laissé sur ce curieux Pour un sou d'amour une trace dans un fil de ce site, où j'évoquais – moi aussi ! – le travelling arrière vertigineux du début : en fait c'est sur le fil de Lumière d'été que j'ai conseillé à un spectateur intrigué cette agréable vieille chose…


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De Impétueux, le 7 novembre 2012 à 17:24
Note du film : 3/6

Dumbledore a eu bien raison d'être à la fois sévère et indulgent pour ce petit film de Jean Grémillon, bien loin des maléfiques et magnifiques Gueule d'amour et Remorques mais que l'amateur du cinéma français des premières années du parlant aurait tort de ne pas regarder.

Sans doute l'intrigue qui met en scène un milliardaire qui veut être aimé pour lui-même par une pure jeune fille assez exploitée par son oncle grippe-sou et qui intervertit son rôle avec celui de son meilleur compagnon est-elle extrêmement rebattue (je note que c'est à peu près celle de toutes les pièces de Marivaux). Et les minces péripéties qui viennent un peu étoffer ce modeste fil conducteur s'épuisent vite. Et si Grémillon utilise à merveille un langage cinématographique épuré, original et quelquefois magnifique (le fameux travelling arrière sur le paquebot qui, à lui seul, justifie qu'on voit le film), il abuse souvent de cette originalité même (et emploie avec une trop grande complaisance, qui frise le système, les prises de vue en plongée.

Et le travelling arrière sur la tablée des noces qui clôt Pour un sou d'amour, et qui se veut sans doute un parallèle au travelling initial n'est vraiment pas de la même veine et du même lyrisme ! Aussi quelques tics d'acteurs qui se rappellent encore les exigences du Muet : mimiques exagérées, clins d'œil, regards appuyés…

Quoi d'autre d'intéressant pour l'ethnologue ? Par exemple la présence en première ligne – comme vedette, veux-je dire – du célèbre baryton d'Opéra Comique André Baugé, au jeu peu supportable de mièvrerie, qui rencontrait un grand succès au début des années Trente avec Le Credo du paysan, L'Angélus de la mer ou La chanson des blés d'or toutes œuvrettes bien-pensantes, maréchalistes avant l'heure. Et pour rester sarcastiquement dans la période, celle de la très jolie Josseline Gael qui fut la Cosette des fameux Misérables de Raymond Bernard et je ne sais plus qui dans Remontons les Champs-Élysées de Sacha Guitry. Compagne pendant des années de Jules Berry, à qui elle donna un enfant, elle s'amouracha, pendant l'Occupation, d'une triste canaille liée à la Gestapo française de la rue Lauriston… ce qui tua net sa carrière…

Peu d'autres acteurs un peu notoires, dans Pour un sou d'amour sinon le grasseyant Raymond Cordy, plutôt bon, Charles Dechamps, au jeu sympathique. Et l'habituelle silhouette squelettique de Maximilienne qu'il est préférable toutefois de revoir dans Angèle, L'assassin habite au 21 ou l'immortel Congrès des belles-mères.

Ethnographie, vous dis-je…


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