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Sujet : Immortel chef d'oeuvre du cinéma français...?


De David-H, le 5 avril 2005 à 16:49
Note du film : 6/6

En découvrant l'émouvant Jean de Florette, il est difficile de percevoir qu'il déjà daté de près de 20 ans, tant grâce à sa somptueuse réalisation qu'à sa lumière dignes d'un Jeunet actuel. Alors au summum de sa carrière et aidé il est vrai par le formidable trio Montand-Depardieu-Auteuil, Claude Berri fit de ce film un authentique chef d'œuvre, touchant normalement chacun d'entre nous. Toujours aussi réaliste, il montre cette fois l'inconsciente immoralité de deux paysans tentant de déjouer les plans d'un brave citadin, trop ambitieux à leur goût, et dont on ne peut qu'être pris de compassion…Encore une fois, il est question de machination, de cruauté, de pouvoir, d'argent bien sûr, et des facettes les plus sombres de l'homme, tristement identiques selon les époques et les lieux…

A noter aussi le travail des repérages effectué par Berri, long – près d'un an !- mais efficace compte tenu du résultat : une véritable suite de cartes postales provençales…Jean de Florette, c'est aussi le budget le plus colossal du cinéma français – 110 millions à l'époque – et bien sûr, une mélodie inoubliable – à l'harmonica -…

Une réussite totale…


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De Impétueux, le 5 avril 2005 à 17:11
Note du film : 1/6

Je n'ai pas coutume – en tout cas je le fais assez rarement – d'intervenir sur le choix de mes compagnons cinéphiles et de dire tout le mal que je pense du bien qu'ils pensent de certains films. Après tout, vouloir promouvoir ses goûts en traitant ceux des autres de mauvais est une attitude scabreuse et démesurément vaine.

Mais là, je ne peux pas ! Qualifier la maladroite tentative, la pitoyable tentative de Claude Berri de retrouver la magie provençale dans ces deux pauvres opus de chef-d'œuvre immortel du cinéma français me fait douter que vous ayez jamais vu la Provence ou connu des Provençaux !

Que vous ayez une dilection particulière pour Berri, c'est votre affaire ; il n'a pas toujours été maladroit, pas toujours été le lamentable Stan the Flasher de Gainsbourg ou le piteux héros de sa propre Débandade.

Le Vieil homme et l'enfant, c'était bien, Tchao pantin surcôté mais pas mal, et j'ai trouvé qu'il y avait quelquefois du souffle dans son Germinal.

Mais qu'est-ce qui a pris à un fils du Marais, si habile et si tendre dans ses films autobiographiques, d'aller massacrer Pagnol, qui est d'un autre univers, d'une autre tradition ? Qu'on ne voie pas dans ce propos le moindre dégoût de qui que ce soit ; mais Berri adaptant Pagnol, c'est comme si Dino Risi voulait s'inspirer d'un roman de Tolstoï ou de Mishima ! Il ne saurait pas !

D'autant que Pagnol a tourné lui-même l'adaptation de son Eau des collines en 1952 et que si sa Manon des Sources n'évoque que la seconde partie de l'histoire, elle est autrement authentique et réussie !!!

Pagnol, pas plus que Guitry n'est remakable ; à preuve l'atterrante adaptation de l'immortel Schpountz par Gérard Oury ! On se demande si on rêve et le rêve tourne vite au cauchemar.

Une exception, toutefois : les souvenirs d'enfance (que Pagnol n'avait pas tournés) : Yves Robert a su faire de La gloire de mon père et du château de ma mère un pur miracle de grâce et de beauté ; et sa Provence est vraie…

Car dans votre Immortel chef-d'œuvre, même Montand, originaire de Marseille, parle faux, joue faux, sonne faux; Auteuil, si impeccable d'ordinaire, en fait des tonnes, est mal à l'aise, se ridiculise, là ou Rellys mettait souffrance et dignité… Quant à Depardieu, il a été pire, je vous le concède… mais tout de même…

Reste la jolie nudité d'Emmanuelle Béart, là où la belle Jacqueline Pagnol ne montrait rien… C'est un peu mince pour préférer la copie à l'original…


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De PM Jarriq, le 5 avril 2005 à 18:05

Affirmer qu'un "fils du Marais" ne peut comprendre l'âme de la Provence, c'est comme dire qu'un "macaroni" ne peut se permettre de parler du Far West américain. Donc interdit à Sergio Leone de tourner ses westerns ! O.K. Impétueux, je concède que Berri n'est pas Leone et je suis le premier à détester ses films. Mais simplement parce que je les trouve laids, bâclés et vieillots, pas parce qu'il devrait traiter d'autres sujets. "Les goûts et les couleurs…", c'est très vrai. Mais là par contre, je rejoins Impétueux pour dire que "Jean de Florette" est à l'extrême rigueur un honnête film commercial réussi (puisqu'il a marché, c'est qu'il a su parler au public, non ?), mais franchement un chef-d'oeuvre ? Je ne pense pas…


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De Impétueux, le 5 avril 2005 à 18:36
Note du film : 1/6

Pour reprendre votre comparaison, je ne suis pas sûr que les westerns de Leone soient, à l'aune des amateurs du genre, de "vrais westerns" et que leur européanité, leur italianité, même, ne fassent pas précisément partie de leur qualité intrinsèque, de leur immensité baroque, de leur goût de la dérision, de leur ambiguïté.

Mais mon propos était sans doute excessif ; ou alors, il aurait fallu que j'écrive que Berri était un trop médiocre cinéaste pour s'élever au dessus de son petit monde – si respectable et attachant qu'il pouvait être – et atteindre une autre forme d'enracinement, d'atteinte à l'Universel par l'enracinement.

Ce qui a plu aux spectateurs, dans les films de Berri d'après Pagnol, c'est la distribution, les vedettes, Emmanuelle Béart toute nue, les gros moyens, le pittoresque facile et toujours alléchant des cartes postales (si on tourne une histoire analogue en Champagne pouilleuse ou dans la Picardie des betteraves, ça marchera moins…)


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De PM Jarriq, le 6 avril 2005 à 08:59

On est d'accord.

Entre parenthèses, je me suis toujours étonné de l'indulgence systématique de la critique à l'égard de Berri, alors que lui-même au fil des interviews, reconnaît être un piètre technicien, incapable de soigner la forme et s'intéressant peu à l'image. Ce qui est tout de même un tout petit peu préjudiciable quand on est censé être réalisateur !


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De Arca1943, le 6 avril 2005 à 13:43

Passionnante discussion culturelle, qui recoupe la thématique de mon message-tartine sur Le Christ s'est arrêté à Eboli (toujours «en projet», comme le Domaine des Dieux dans l'album d'Astérix).

Les frontières entre les peuples, les identités particulières ne sont pas physiques (héréditaires, naturelles-biologiques, raciales) mais au contraire culturelles, spirituelles et historiques : il est donc toujours faisable de passer, disons, de «l'âme» de Paris à celle de la Provence – comme l'homme du nord Carlo Levi s'est littéralement assimilé l'âme du Mezzogiorno. Mais voilà : comme le dit aussi Levi, «certains des plus grands voyageurs n'ont pas franchi les frontières de leur propre monde».

Quant à Sergio Leone, que ses films soient très italiens, c'est une démonstration à laquelle j'aime bien me livrer ! Mais en l'occurence ce n'est pas de l'âme du western qu'il s'agit : il s'agit de l'âme de l'époque. Le "choc" que représente Leone, c'est justement la très italienne introduction dans le western d'une solide dose de réalisme dans la reconstitution de l'époque, des moeurs, des mentalités. Historiographiquement parlant, Il était une fois dans l'Ouest est plus fiable que bon nombre de westerns américains, généralement plus intéressés à la légende qu'à la réalité (surtout avant Peckinpah). D'ailleurs Leone ne disait-il pas que Kubrick, dans Spartacus, avait mieux filmé les Romains que les Romains eux-mêmes ne l'avaient fait jusque-là?


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De fretyl, le 15 février 2010 à 15:38
Note du film : 6/6

Alors sur ce coup là, je vais faire renaitre la polémique ! J'ai souvent entendu dire par des fans du roman de Pagnol que l'adaptation du film de Claude Berri n'aurait pas dû avoir lieu.

La plupart des détracteurs reprochent à Berri de ne pas avoir tenu compte, de l'écrit de Pagnol, de cette manière si provençale dont Pagnol faisait s'exprimer ses personnages. Berri n'en a c'est vrai, pas vraiment tenu compte.

Là ou Impétueux nous dit :

Car dans votre Immortel chef-d'œuvre, même Montand, originaire de Marseille, parle faux, joue faux, sonne faux; Auteuil, si impeccable d'ordinaire, en fait des tonnes, est mal à l'aise, se ridiculise, là ou Rellys mettait souffrance et dignité… Quant à Depardieu, il a été pire, je vous le concède… mais tout de même…

Reste la jolie nudité d'Emmanuelle Béart, là où la belle Jacqueline Pagnol ne montrait rien… C'est un peu mince pour préférer la copie à l'original…

Voila donc le problème ! Ceux qui critiquent aujourd'hui le Jean de Florette de Claude Berri ne le font pas, par rapport au résultat, lui même, mais par rapport à une comparaison absolument ridicule avec le Manon des sources de Pagnol. J'aimerais poser à Impétueux cette question : regarderiez-vous et porteriez-vous le même jugement sur Jean de Florette, si vous n'aviez pas vu avant, la version de 1953 ?

Claude Berri n'a pas cherché à faire un remake, ni même une adaptation fidèle du roman initial, mais un retour sur un scénario huilé. Dans un sens, on est plus proche de l'esprit de Giono que de Pagnol.

Difficile de contester la beauté des couleurs, les odeurs provençale nous arrivant presque sous le nez, sortant de ce film là. Et de nombreux Provençaux, croyez le bien, considèrent le film, comme la plus belle promotion touristique, qui ait pue être faite au cinéma, sur leur région depuis vingt ans !


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De Impétueux, le 15 février 2010 à 16:41
Note du film : 1/6

Alors comme ça je fais une comparaison absolument ridicule avec le Manon des sources de Pagnol ? Diable ! C'est un peu comme si Franck Dubosc décidait de faire une adaptation de Remontons les Champs-Elysées de Sacha Guitry et qu'on me cherche pouilles après que j'aurais démoli cette navrante anomalie…

Lorsqu'un auteur si marquant de son époque que l'a été Pagnol scelle dans le marbre son œuvre propre, il faut bien être un tout petit merdeux pour prétendre le revisiter, comme on dit aujourd'hui ; qu'on le veuille ou non, le cinéma, surtout lorsqu'il met en scène une adaptation originale (je m'exprime mal : je veux dire par là lorsqu'il n'adapte pas une œuvre littéraire ancienne, dont l'auteur n'a pas eu connaissance du 7ème art), surtout, donc, lorsqu'il est l'expression d'un auteur, ne peut pas être bouleversé (j'en veux encore pour preuve le désolant Quadrille réalisé (?) par Valérie Lemercier). C'est comme ça.

Et puis alors Dans un sens, on est plus proche de l'esprit de Giono que de Pagnol que vous dites, Frétyl ? Si je connais passablement bien Pagnol, je connais TRÈS bien Giono ; et vous ? Vous connaissez Giono par le biais de Pagnol ? Angèle, La femme du boulanger, ou Regain ? Ah, malheureux ! ce sont là d'admirables films, mais où Giono ne se reconnaissait pas du tout, ou à peine…

Giono au cinéma, c'est Un roi sans divertissement ou Crésus ! … c'est tout…


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De fretyl, le 15 février 2010 à 20:58
Note du film : 6/6

Vous avez aimé Impétueux Le cauchemar de Dracula, adaptation pas fidèle du tout, du roman de Bram Stoker ; vous avez peut-être même apprécié le Dracula avec Bela Lugosi et pourtant aucune adaptation cinématographique de l'histoire du vampire ne demeure fidèle au roman de Bram Stoker.

Il en va de même pour Les misérables. Croyez-vous que les versions précédentes au film de Raymond Bernard n'ait pas pris certaines libertés avec le roman de Victor Hugo ? Est-ce que parce-que le film de 1934 avec Harry Baur était une réussite, que cela aurait due interdire toute nouvelle tentative d'adaptation, du roman, au cinéma ?

Je ne vois pas du tout, le film de Berri justement comme un remake, mais comme une reprise du roman de Pagnol, ré-adaptation qui ce fit plus ou moins, je crois, sous le contrôle de Jacqueline Pagnol.

C'est un peu comme si Franck Dubosc décidait de faire une adaptation de Remontons les Champs-Elysées de Sacha Guitry et qu'on me cherche pouilles après que j'aurais démoli cette navrante anomalie…

Évidemment si l'adaptation de Jean de Florette avait été faite, par exemple par … Claude Zidi ou Michel Lang, je pourrais comprendre que certains puissent avoir envie de gueuler. Mais Claude Berri avait à l'époque suffisamment de culture, de folie, de professionnalisme et d'ambition, pour avoir le droit de tenter sa chance sur Pagnol.

Et bizarrement personne ne considère sa reprise de Zola comme d'un remake du Germinal de Yves Allégret de 1963.


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De Impétueux, le 17 février 2010 à 23:41
Note du film : 1/6

Victor Hugo a-t-il filmé ses Misérables ? Bram Stocker a-t-il mis en scène son Dracula ?

Non.

Marcel Pagnol a-t-il mis en images sa Manon des sources ?

Oui.

Si vous ne comprenez pas ce que j'écris, Frétyl, qu'y puis-je ?


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De gilou40, le 18 février 2010 à 02:11
Note du film : 3/6

Je redis que le Jean de florette de Claude berri n'est pas à jeter aux orties, malgré quelques réserves et en comparaison de ce que j'ai envie d'appeler l'original de 53, mais dans le même "fourgon", Yves Robert avait tapé plus "juste" dans son excellent La gloire de mon père et Le château de ma mère


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De fretyl, le 18 février 2010 à 02:23
Note du film : 6/6

Victor Hugo a-t-il filmé ses Misérables ? Bram Stocker a-t-il mis en scène son Dracula ?

Non.

Marcel Pagnol a-t-il mis en images sa Manon des sources ?

Oui.

Si vous ne comprenez pas ce que j'écris, Frétyl, qu'y puis-je ?

Mais je comprends très, très bien ce que vous essayez de me dire !

Donc, en suivant votre raisonnement. Si la Manon des sources de 1953 n'avait pas été réalisé par Pagnol, mais par, heu… Claude Autant-Lara !!!!

Vous reconnaitriez la juste valeur du film de Berri ?


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De Impétueux, le 18 février 2010 à 13:45
Note du film : 1/6

Je ne reconnaîtrais pas la juste valeur (à mes yeux aucune, sauf Béart toute nue) du film de Berri, mais je pourrais admettre sa pertinence (ou, à tout le moins son innocuité) : ce qui me navre, c'est qu'une palanquée de jeunes couillons ont découvert le récit de Pagnol sous sa forme abâtardie et translucide moderne…


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De Gilou40, le 11 novembre 2010 à 00:22
Note du film : 3/6

On m'a offert (parce que je suis sage) un coffret de trois DVD de ce film, remasterisé machin. Le troisième DVD étant consacré au tournage et à plusieurs interviews.

Après nécessaire revisionnage, il apparait que Provence ou pas, bien restituée ou pas, elle disparait quand même derrière le sujet du film. Jean de Florette c'est avant tout la chronique ordinaire de la saloperie humaine . C'est peut être pour cela que La gloire de mon père ou Le château de ma mère nous semble être une plus belle Provence, moins torturée, parce que parcourue par une famille qui ne ressemble en rien à celle des Soubeyran…Alors que dans la version première, le "problème" ne se posait pas. Rellys était tellement la Provence, qu'il était acteur, décor, histoire, indivisible..

Perso, je trouve le jeu de Montand et celui de Auteuil très complémentaires. Forcés, oui, mais complémentaires. On évoque dans les bonus une très grande complicité entre les deux hommes. Est 'il vrai que c'est Coluche qui avait été pressenti pour le rôle de Ugolin ? Parce que là, je le vois mal. Lambert de Tchao pantin, c'est une chose, mais Ugolin…Pour ce qui est de berri, je dis "bravo" pour les épaules financières. Je ne me souviens plus du chiffre pharaonique avancé mais j'en ai eu la chair de poule. Gonflé, le mec…Alors on peut critiquer après coup mais "le producteur" est a saluer . En tous cas, bien sur, mille fois d'accord : Rellys sur la plus haute marche du podium. Irremplacable ! Eternel, là ôu Auteuil n'a fait que passer, sans y être ridicule pour autant, loin s'en faut…


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De Mr Gilles Azzopardi, le 13 janvier 2011 à 00:27

Monsieur,

Votre commentaire est un tissu d'âneries brodé aux fils de l'ignorance et de la vaine nostalgie du "temps jadis", teinté d'un ton péremptoire des plus édifiant. Le reprendre point par point serait fastidieux et inutile. Pour résumer : Vous déifiez Marcel Pagnol au point de le rendre intouchable… N'oubliez pas que grâce à lui, Marseille et les marseillais sont désormais englués dans une caricature d'eux mêmes, un cliché tenace et pesant, ceci depuis plusieurs décennies passées et pour encore bien d'autres à venir. Marseille : La ville des sympathiques idiots, forts en gueule, feignants,se nourrissant exclusivement d'aïoli, adeptes incurables de la sieste, du jeu de pétanque et des apéritifs anisés ! Idiots mais… Avec "un cœur gros comme ça", ce qui est sensé faire avaler la pilule de leur inculture et de leur ignorance supposées. "Supposées" étant un euphémisme, car Pagnol ne "suppose" pas que "le marseillais" et par extension du raisonnement "le provençal" et si on élargit un peu encore "le provincial", est bête comme ses pieds (mais gentil…), non ! Il l'affirme ! Et en fait une donnée récurrente de ses personnages. Auteur de talent, dialoguiste brillant et efficace, conteur d'histoires simples, bigrement humaines, Pagnol est un peu le "Molière" du cinéma (si vous me permettez cette comparaison osée…) Alors un talent énorme, certes, mais du génie point. Ni chez l'un, ni chez l'autre. Par contre "un soupçon" de plagiat chez l'un et chez l'autre. Tiens ! Puisqu'on parle de Jean Giono, ce dernier est autrement plus puissant que Pagnol au point de vue littéraire, car Giono transcende ses récits et ses personnages et les propulse dans la sphère Universelle sans se soucier de l'efficacité sur le public. Giono restera dans l'ombre de Pagnol et ceci dans pratiquement tous ses films (hors trilogie). D'ailleurs Pagnol piocha allègrement dans le répertoire des nouvelles et des romans de Giono pour les "pagnoliser", au point que les deux hommes finiront au tribunal… Mais revenons "à nos moutonsss", en l'occurrence les adaptations cinématographiques du diptyque de M. Pagnol intitulé "L'eau des colline". Force est de constater que les versions modernes de Claude Berry de "Jean de Florette" et "Manon des sources" sont bien supérieures à celles de 1952 tournées par Pagnol lui même. Objectivement. Oui, car au même titre qu'un maçon de métier peut affirmer "objectivement" qu'un mur est maçonné selon les règles de l'art, cette allégation devient des lors une certitude. Pagnol passe à côté de sa propre œuvre. Il ne parvient pas à en restituer la puissance dramatique, cette "force du destin" écrasante et inéluctable qui enveloppe l'intégralité du récit. "Manon des sources" puis "Ugolin" restent anecdotiques, le récit se cherche, les enjeux sont incertains, la mise en scène réduite à sa plus simple expression et finalement, les films tiennent uniquement sur le jeu des acteurs et les dialogues, ceci au détriment du souffle épique et du drame qui disparaissent définitivement au profit de "l'anecdote" et du "pittoresque" (la scène du jeu du poil…). Pagnol pose ses caméras sur trépieds et se contente de filmer du "théâtre". Comparer Henri Poupon à Yves Montand, Rellys à Daniel Auteuil et Jacqueline Pagnol à Emmanuel Béart est absurde. Le code de jeu des acteurs ayant inévitablement changé en… 30 ans ! Vous avez, monsieur, une musique dans l'oreille et vous êtes persuadé que du Pagnol ne peut se jouer qu'avec des intonations de jeu des années 30 ou 40… Ca s'appelle « la nostalgie ». Dire qu'Yves Montand n'est pas crédible, joue faux ou que Daniel Auteuil se ridiculise, c'est vous ridiculiser vous même en nous démontrant ainsi votre inaptitude à produire une analyse pertinente d'une interprétation. A la décharge de Pagnol, les films ont été réalisés « avant » qu'il écrive le roman… C'est dix ans plus tard qu'il couchera sur papier la version définitive de « L'eau des collines ». Berry aura donc bénéficié d'un support plus stable, plus fouillé, plus travaillé à adapter. Et il s'en tire à merveille. Respectant scrupuleusement l'auteur, la trame et le contenu du roman. Il aura jusqu'au soucis du détail, en apportant un soin particulier aux accessoires et aux costumes du film. La direction d'acteur et la mise en scène sont impeccables, inspirés et permettent aux comédiens d'atteindre au sublime. Le directeur de la photo Bruno Nuytten fait un travail considérable et de grande qualité en éclairant le film de telle manière que les couleurs de la Provence au fil des saisons sont sublimées et respectées. Berry signe là deux chef-d'œuvres du cinéma français qui n'ont pas pris une ride encore aujourd'hui. Ce qui prouve bien que des « parisiens » peuvent faire du Pagnol… Pour finir, vous citez en contre point, monsieur, les films d'Yves Robert « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère » qui sont les adaptations des souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol. Malheureusement, là, par contre on frise vraiment le ridicule… Le naufrage total est évité de peu. La photo est belle et la mise en scène (trop) travaillée (quoique très académique voire rigide). Au final nous avons une sorte de « carte postale » figée, semblable à une image d'Épinal qui représenterait symboliquement l'univers de M. Pagnol hors de la vie. Que dire de la direction d'acteur… ? Y'a-t-il eu une direction d'acteur ? Quand on entend jouer aussi faux les comédiens on se pose la question. Car, là par contre c'est un véritable festival ! Philippe Caubère, excellent sur scène (qui est même en passe de devenir un « mythe » vivant du théâtre français) n'est décidément pas fait pour le cinéma… Son jeu définitivement marqué par le théâtre, de par son application à signifier tous les effets ainsi que sa gestuelle et à « sur-dictionner » le texte, le font être terriblement faux à l'écran, étant en « sur-jeu » de façon systématique. Quand au "jeu" des enfants alors là… On se demande comment Yves Robert a pu laisser passer ça… J'ai en mémoire, notamment, une scène entre Marcel Pagnol enfant et Lili des Bellons qui est positivement inécoutable. Les dialogues sont joués à la façons des récitations de CM2 du temps jadis, perdant ainsi toute vie et toute crédibilité. C'est un calvaire « dialogué », fastidieux et laborieux que le spectateur subit. On savait qu'en France nous avions du mal à trouver des enfants qui jouent « juste » à l'écran mais là, c'est l'apothéose ! Et on a pourtant du plaisir à regarder ces films qui parviennent malgré tout à nous replonger dans sensations exquises de l'enfance. Comme quoi… Bref ! En somme monsieur, vous avez dit le contraire de ce qui est, ce qui porte un nom… Et je finirai en citant le plus célèbre des auteurs « Marseillais », amoureux de sa ville natale et de ses habitants mais qui passa le plus clair de sa vie entre Paris et Monté Carlo : « Il y a des crimes contre l'art qui sont de véritables sacrilèges ». (Le Schpountz / M. Pagnol)

Écrit et assumé par M. Gilles Azzopardi (Auteur, metteur en scène et comédien marseillais)


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De Impétueux, le 13 janvier 2011 à 22:08
Note du film : 1/6

Eh bien, Gilles Azzopardi (au fait, il n'est pas de bon goût se s'intituler soi-même M., et encore moins Mr., qui est une abréviation anglaise), eh bien, Gilles Azzopardi, si vos mises en scène et votre jeu sont aussi touffus et comprimés que votre message, sans passages à la ligne et respirations, combien on comprend que le théâtre se meure, à Marseille et ailleurs !

Mais cela dit, qui n'est que facilité, revenons un peu à la substance de ce que vous avez écrit, qui n'est pas qu'absurde, et qui me permet de remettre un peu en situation la réalité… Je suis parvenu, après des efforts titanesques, à décrypter votre lourd pavé, et je m'amuse assez que vous n'ayez pas compris grand chose à ce que j'ai écrit, sur le fil de Manon des sources, mais aussi ailleurs ; il est vrai que je ne peux pas vous reprocher de n'avoir pas lu tout ce que j'ai écrit, sur DVD Toile et d'ignorer la réalité des choses.

D'abord, un ou deux mots, pour clouer votre bec. Je suis Provençal, fils de Provençal, petit-fils, arrière petit-fils de Provençal. Je suis né place du Tampinet, à Digne, mon caveau de famille est à Château-Arnoux, un de mes meilleurs parents était peseur-juré du Port de Marseille, un de mes oncles était médecin à Miramas et un de mes grands-pères a failli (mais failli seulement, c'est vrai !) être Majoral du Félibrige. Dans ce domaine (comme en celui de la modestie, j'en conviens, comme dit l'autre), je ne crains personne. Je n'ai pas le mépris que vous paraissez m'imputer, pour le côté Empi, et dès que je passe la cluse de Sisteron, je suis chez moi. Sans doute autant que vous, et peut-être davantage.

Puis Pagnol ; et je suis estomaqué que vous m'en fassiez thuriféraire aveugle.

Qui ne peut qu'aimer Pagnol ? C'est tendre, doux, éloquent, drôle, attachant ; comme il est écrit sur sa pierre tombale, à La Treille, Fontes, amicos, uxorem dilexit ; il aima ses amis, les fontaines et sa femme. Supérieurement doué pour le bonheur (et pour la prospérité financière), il est une des figures les plus aimables et les plus prospères de la littérature du 20ème siècle.

Mais Giono en face ? Là aussi, Azzopardi, vous tombez mal avec moi. Parce que si j'aime Pagnol – ce qui est bien -, je connais Giono – ce qui est mieux – et, sûrement mieux, beaucoup mieux que vous ; lisez donc ce que j'ai écrit sur ce site, sur Crésus, ou Un Roi sans divertissement : ça n'est pas de votre niveau.

Et c'est bien pourquoi je peux me permettre de me gausser de la pauvre Manon des sources de Claude Berri (avec un I, et non un Y) : comme vous le dites, pour une fois excellemment, Berri a donné à cette histoire un tour tragique, a essayé de la hausser au rang des drames grecs. Ce qu'aurait pu faire Giono ; ce dont était bien incapable Pagnol, trop doué pour la vie, la douceur et le rire ; et c'est précisément dans ce pittoresque, que vous semblez mépriser, que le film de Pagnol (qui n'est pas son meilleur, loin de là, j'en conviens bien aisément) restera.

Ne voyez-vous pas qu'il y a contradiction dans votre propos, lorsque vous écrivez Il ne parvient pas à en restituer la puissance dramatique, cette "force du destin" écrasante et inéluctable qui enveloppe l'intégralité du récit, alors même que c'est lui, l'auteur ? Tout simplement il n'incombait pas à l'aimable époux de la belle Jacqueline de filmer une tragédie.

Naturellement, le sabotier Berri n'a rien compris à ça, et a voulu faire un drame, avec un Montand qui, pourtant Marseillais, joue avec un accent plus faux encore que celui de Pierre Fresnay dans Marius, avec un Auteuil bêtifiant, et une Emmanuelle Béart aussi à côté de la plaque que d'habitude.

Cela étant, si vous aimez ça, consommez sans modération ; les spectateurs de vos spectacles en seront peut-être contents.


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De Gilles Azzopardi, le 29 janvier 2011 à 02:13

"Impétueux", puisque c'est ainsi qu'on Vous nomme ici,

Tout d'abord, je tiens à Vous présenter mes excuses pour la piètre mise en page de mon message ultérieur, dû, à ma méconnaissance de l'interface de saisie de texte du site "DVD toile". Bien…

En ce qui concerne, maintenant, le contenu de Votre réponse : Vous prétendez me "clouer le bec" en me détaillant Votre arbre généalogique… Cependant , je n'ai toujours pas saisi l'importance de la chose dans le sujet qui nous oppose. Mais j'imagine qu'en ce qui Vous concerne, ce doit être le cas. Que Vous vous compreniez Vous-même n'est-ce pas là le principal ?

Parce on aura fort bien compris, Votre Altesse Sérénissime,, qu'il y a "VOUS" et puis… les autres… A priori, Vous savez tout sur tout et mieux que tout le monde. Bravo ! Vous détenez la science infuse et dans Votre bienveillante sollicitude, Vous daignez nous en dispenser quelques miettes, à nous autres les pauvres crétins de la terre qui rampons ventres à terre dans la fange et l'obscurité de l'ignorance. Merci.

Que Vous soyez né place du Tampinet à Digne, ne Vous confère nullement le droit d'avoir absolument raison sur tout ce qui s'est passé depuis la nuit des temps dans le sud-est de la France. Et quand bien même Vous feriez remonter Vos "saintes" origines jusqu'à quelque tribu celto-ligure, ceci ne Vous mettrait point à l'abris de dire des âneries sur Pagnol, Giono ou la recette des artichauts à la barigoule.

Vous Vous sentez plus provençal que quiconque. Grand bien Vous fasse Votre Altesse. Sans doute que Votre statut de démiurge des garrigues, vous porte à croire que Vous êtes l'incarnation terrestre de la Provence et de tout ce qui s'y rapporte.

En ce qui me concerne, je n'éprouve pas le besoin de jeter à la figure des gens les actes de naissance de mes aïeux ou leurs actes de décès pour me sentir appartenir à la terre de Provence un peu plus que mon voisin du-dessus. J'y suis né et je l'aime. C'est suffisant.

D'autre part, on peut, ne vous en déplaise, ne pas aimer Pagnol. Qu'est-ce que c'est que cette façon obtuse de voir les choses et de vouloir les imposer à autrui ? Je ne remettrai nullement en question son ou plutôt ses talents mais de là à en faire un saint… Il y a un pas que vous franchissez allègrement, en occultant à dessein, une partie du bonhomme, moins flatteuse, certes mais véritable.

Cette figure aimable que vous dépeignez comme le bon samaritain des Saints Evangiles, était fort avare, carnassier et intraitable en affaires. « Faiseur » de contrats accablants pour l'autre partie, n'hésitant pas, et j'en reviens à Jean Giono, à pomper allègrement de ci de là, en prenant soin d'ôter la substance pour y substituer l'anecdote et le pittoresque (que je ne méprise nullement, mais qui me paraissent un peu « léger » pour envoyer leur auteur à l'Académie Française. Mais un bon gros chèque n'est-il pas le meilleur des passeport…?). Tout ceci au grand dam du Sieur Giono qui, fou de rage, voyant ses œuvres tronquées et dénaturées, ira jusqu'au procès, je vous le rappelle encore une fois. Je Vous laisse le soin de Vous renseigner plus avant sur le sujet, car de toute évidence, malgré Vos connaissances infaillibles, il manque quelques ouvrages à votre bibliothèque pour vous donner une vue d'ensemble objective.

Quant à votre prose sur Crésus et Un roi sans divertissement, je préfère, Impétueux, vu mon niveau, relire les textes et revoir les films originaux plutôt que de me rabaisser jusqu'au vôtre.

Sachez qu'il n'y a aucun paradoxe dans le fait qu'un écrivain puisse avoir du mal à adapter cinématographiquement une de ses propres œuvres. Ecrire un livre c'est une chose, faire un film c'en est une autre. Et cela vaut dans les deux sens évidemment. C'est pour ça que parfois, il peut arriver qu'on fasse appel à un réalisateur si on est écrivain et à un scénariste quand on est réalisateur. Il n'y a rien d'arrêté définitivement (à part vous…) en la matière. D'ailleurs, Pagnol lui-même a eu recours maintes fois à des réalisateurs extérieurs ou à des scénaristes pour l'aider dans sa besogne.

Le « sabotier » Berri à fait son film à lui, ce qui est une marque d'intégrité artistique. Et il réussit prodigieusement, réalisant deux Chef-d'œuvres. Vous auriez préféré qu'il fît ses films à la manière de Pagnol, ce qui est d'une absurdité inouï, où, encore mieux, qu'il ne les fit pas du tout. Je vous comprends car au vu du résultat, cela doit être terriblement difficile d'admettre dans votre fort intérieur blessé, perplexe, stupéfait, ébranlé dans ses certitudes, que quelqu'un qui ne soit pas Pagnol ait fait… mieux… que Pagnol lui-même…

L'accent de Montand ne choque pas ou alors seulement ceux qui sont choqués par Montant lui-même. Il ne prend pas d'accent particulier. Ecoutez bien. Regardez n'importe quel autre film où il apparait et vous entendrez. Si vous n'aimez pas la diction, l'accent chantant et légèrement chuintant de Montand c'est votre droit le plus stricte. Mais de grâce, ne lui faites pas un procès qu'il ne mérite pas.

Partant de là, en matière d'accent je pourrai alors vous rétorquer qu'Orane Demazis était pas mal non plus dans le genre « accent en toc » quant à Pierre Fresnay… Et pourtant c'est Pagnol lui-même qui les distribua dans ses films. Demazis on sait pourquoi… Fresnay aussi remarquez bien… Mais alors si le Maître lui-même fait peu de cas du sacro-saint véritable accent marseillais … Où allons nous?

Vous dites que Daniel Auteuil « bêtifie » le rôle d'Ugolin… Comment vouliez vous qu'il le joua ? Comme un ingénieur en physique quantique ? Un prix Nobel de science appliquées ? A la base et dans l'écriture même, Ugolin est légèrement « timbré ». Issu d'une famille refermée sur elle même où la consanguinité sur plusieurs générations a fini par engendrer « deux folles et trois suicidées ». Ugolin ça n'est pas « lou ravi » mais presque… Auteuil s'en sort admirablement. Chapeau l'artiste ! Il a d'ailleurs, et vous l'ignorez certainement, pris appui pour créer le rôle sur un personnage existant. Une partie du tournage aillant eut lieu au-dessus du village de Cuges les Pins près de Marseille précisément sur la commune de Riboux dans le massif de la Sainte Baume où ont été tournées toutes les scènes de la maison du bossu.

L'équipe du tournage avait pris l'habitude de s'arrêter dans la seule auberge à plusieurs kilomètres à la ronde : l'auberge du Solitaire. Perdu en plein bois, l'établissement fort connu à l'époque jusqu'à Marseille, était tenu d'une main de fer par madame Champion, une vieille dame au caractère bien trempé et par son fils adoptif… Daniel Champion. Un vieux garçon, débile léger, à la gouaille tonitruante et à l'accent chantant fossile de l'accent provençal du temps jadis. Daniel faisait « le numéro » aux clients de passage qui se régalaient avec autant de gourmandise des expressions fleuries du garçon que de la tartes aux abricots de la « mamèche. »

Daniel Auteuil toujours à la recherche de son personnage d'Ugolin quelques jours seulement encore avant les premiers tours de manivelle, béni le ciel en débarquant dans l'Auberge du Solitaire : Il avait trouvé un Ugolin plus vrai que nature ! Quand on a connu Daniel Champion, ce qui est mon cas, et qu'on voit le jeu de Daniel Auteuil, on comprend d'où est-ce qu'il a tiré son inspiration Et je peux vous garantir que c'est bien de « l'Authentique » !

Pour en terminer avec vous et puisque vous jugez bon de railler mon public, sachez, « intrépide » ou « impétueux », je ne sais plus, que mon public à moi, il est comme la marine française, il vous dit…


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De Impétueux, le 29 janvier 2011 à 19:54
Note du film : 1/6

Ah, Gilles Azzopardi, j'étais à deux doigts, en y réfléchissant après coup, à vous proposer la Paix des braves, jugeant que, malgré quelques fautes qui ne sont pas que de frappe (chefs-d'œuvre s'impose, et non chef-d'œuvres)), vous n'écriviez pas trop mal et vous montriez un bretteur agréable…

Après tout, je ne tiens pas tant que ça à ferrailler sur un film que je n'apprécie pas, mais dont le fil a été inauguré, ici, par l'excellent David-H, dont je partage si souvent les goûts et les dégoûts que nous pouvons bien de temps en temps n'être pas en pleine complicité. D'autant que je dis et répète que la Manon des sources de Pagnol est loin d'être un de ses meilleurs films, survivant tout de même grâce à ces morceaux de bravoure que vous n'aimez pas (Poil au bras !) et aux acteurs habitués de ce Midi qu'on peut juger figé, fallacieux, artificiel, caricatural, mais où percent, pour qui le connaît, bien des parfums de réalité (de réalité outrée, si vous voulez).

Vous en êtes, j'en suis, de ce Midi, de cette Provence ; je vous en donne acte ; ça ne nous apporte, vous avez raison, ni plus, ni moins, si ce n'est d'avoir dans notre mémoire des scènes, des lieux et des lumières ; si je m'en suis revendiqué hautement, c'est que vous paraissiez, en votre premier message, vous indigner qu'un Barbare supposé pût considérer les pagnolades comme la restitution exacte de ce qu'est la Provence. Restons-en là sur ce point.

Comme si j'ignorais que Pagnol était un industrieux et roublard homme d'affaires ! Tout ce qu'il touchait se transformait en or et souvent – vous n'avez pas tort – grâce à des procédés assez scabreux…

Croyez que la fréquentation assidue de Robert Ricatte, Pierre Citron, Jacques Mény, des quarante ou cinquante essais, études, gloses, thèses, points de vue que je détiens sur Giono et beaucoup, vraiment beaucoup des aspects de son œuvre n'a pas laissé dans l'ombre l'agacement, l'indignation, même, de Giono sur les finasseries aurifères de Pagnol ; croyez aussi que si je vous renvoyais à la lecture de ce que j'ai écrit sur Crésus et Un Roi sans divertissement, ce n'était pas pour que vous vous extasiez sur la richesse de mes épithètes et l'intelligence de mes angles de lecture : c'était simplement pour vous montrer que je ne place pas dans le même sac les deux auteurs, l'un romancier majeur universel, l'autre aimable et séduisant touche-à-tout. Nous sommes là-dessus substantiellement d'accord.

En fait, ce que je n'aime pas dans Manon des sources de Berri, c'est l'idée même du remake d'un film qui a été fixé et figé par son auteur initial ; je ne vous en tiens pas rigueur, évidemment, mais je me suis cent fois exprimé, avec beaucoup d'autres, sur DVDToile, sur ce genre de folies (que ce soit sur Le Deuxième souffle de Melville repris par Corneau, ou, plus immonde encore, sur L'auberge rouge de Claude Autant-Lara, dégueulassée par Gérard Krawczyk…).

Bon, vous aimez Daniel Auteuil davantage que Rellys ? C'est votre affaire…

Et, naturellement, je me fiche absolument de l'opinion de la marine française à mon endroit, comme celle de la plupart des membres de l'Humanité, hors quelques uns, qui me tiennent chaud.


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De Frydman Charles, le 27 juillet à 09:18
Note du film : 6/6

Chronologiquement , le film Manon des sources en 1952 débute après la mort de Jean de Florette . La vie de Jean de Florette , sa mémoire , sont juste évoquées . Le roman de Marcel Pagnol en 1963 est écrit donc d'après le film, ce qui est assez inhabituel . Une première partie s'intitule Jean de Florette dans le roman. Par rapport au film en deux parties de 1952, l’accent est mis sur des points très différents . Le film Jean de Florette est plus "laic" , alors que les prières , la messe du curé , les processions pour faire couler l’eau sont importantes dans le film de 1952. Dans Manon des sources en 1986, Ugolin fait quelques courtes prières et le curé intervient dans sa messe pour le retour de l’eau, mais il ne croit pas aux effets de la prière , et s'adresse aux hommes , au criminel qui a tari la source . Miracle dans Manon des sources 1952 et 1986 ! Lors de la procession autour de la fontaine, l’eau se remet à couler . En fait de miracle Manon et l'instituteur avaient dégagé la source que Manon avait bouché . Cesar se montre tres croyant vers la fin . Les remakes sont bien mieux que l'original , je trouve ! Cependant les accents méridionaux étaient plus authentiques en 1952 .


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