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Excellent polar américain des années 1970


De verdun, le 6 octobre à 23:16
Note du film : 5/6

Déguisés en policiers, trois braqueurs noirs tuent deux comptables blancs et deux gangsters noirs lors d'un deal de mafieux à Harlem et empochent dans la foulée un pactole de 300 000$. Les bandits tuent également deux représentants de l'ordre lors de leur fuite. Les réactions de la police comme du milieu ne se font pas attendre. D'un côté, le capitaine Frank Mattelli (Anthony Quinn), flic quinquagénaire italo-américain approchant de la retraite, se voit obligé de collaborer avec un jeune afro-américain aux méthodes complètement différentes des siennes, le lieutenant Pope (Yaphet Kotto). Pope a été nommé pour des raisons politiques et en premier lieu pour calmer d'éventuelles émeutes raciales à Harlem. De l'autre, Don Gennaro, chef de la mafia italienne, charge son beau-fils Nick D'Silvio (Anthony Franciosa), de traquer les voleurs et de les abattre. Il obtient sans problème la collaboration de la mafia noire, avec qui ils sont en affaire…

Sorti en 1972, Meurtres dans la 110e rue constitue un croisement passionnant entre le polar "documentaire" dans la lignée de French Connection et la Blaxploitation, ce courant culturel du début des années 1970 qui donne enfin des rôles de premier plan aux Afro-Américains et remporte alors des triomphes au box-office tels que Shaft ou Superfly. En effet, la majorité des acteurs de Meurtres dans la 110e rue sont noirs à l'exception notable de Anthony Franciosa et de Anthony Quinn, également coproducteur du film. Et comme souvent dans les films de Blaxploitation, la bande originale a été confiée à un grand chanteur "soul", en l'occurrence Bobby Womack.

Meurtres dans la 110e rue est un thriller à l'esthétique poisseuse typique des Seventies, bien mené et parfaitement servi par la réalisation parfois primaire mais sèche et nerveuse de Barry Shear, surtout connu pour son travail pour le petit écran. Shear mettra en scène deux ans plus tard le pilote de Starsky et Hutch qui donnera d'ailleurs à Antonio Fargas, l'un des voyous du film qui nous intéresse aujourd'hui, son rôle le plus célèbre, celui de Huggy « les bons tuyaux ». La façon ultra-réaliste de filmer la violence fait penser au cinéma de Peckinpah et valut au film une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie dans les salles françaises.

Mais Meurtres dans la 110e rue frappe surtout par le tableau très sombre qu'il dresse du New York, et plus précisément de Harlem, du début des années 1970: celui d'une ville sale, miséreuse et déchirée par le communautarisme. Le scénario souligne l'antagonisme mortifère entre les Italo-Américains et Afro-américains, aussi bien du côté des malfrats que de celui des policiers. A cet égard, les deux flics chargés de l'enquête forment un tandem peu conventionnel: le vieux Matelli, flic aigri et corrompu campé par un Anthony Quinn qui ne s'est pas réservé le beau rôle, doit faire équipe avec Pope, un black intègre. Le déchirement des deux communautés dont ils font respectivement partie ne facilite pas une enquête qui partait déjà sur des bases fragiles. On sent chez les auteurs la volonté, un peu trop superficielle, de montrer l'influence de la pauvreté et du racisme sur la délinquance mais l'ensemble évite le manichéisme attendu grâce à une interprétation impeccable et à des personnages beaucoup plus riches qu'il ne paraissent au premier abord. La dernière scène, inoubliable, souligne parfaitement toute l'épaisseur humaine du film.

Meurtres dans la 110e rue est surtout connu pour la chanson d'ouverture Bobby Womack, "Accross the 110th street", reprise par Quentin Tarantino, mais le film lui-même mériterait d'être plus connu, notamment en France, car c'est un excellent polar, voire le chef-d'oeuvre de la blaxploitation, même s'il lui manque un petit "quelque chose" pour pouvoir être considéré comme un classique.


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