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Un film partisan


De Commissaire Juve, le 19 avril 2016 à 00:21

Wow ! On fait des rencontres étonnantes sur les fora de cinéma. La dernière fois que j'ai été épaté, c'est lorsqu'un forumeur de DVDClassik nous a confié qu'il était tout gosse en juin 1944, qu'il habitait non loin d'Oradour-sur-Glane, et qu'il se souvenait encore du ciel tout noir de fumée.


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De Impétueux, le 17 avril 2016 à 16:54
Note du film : 3/6

Le triple assassinat de Lurs a laissé tant et tant de traces dans l'imaginaire collectif français que le drame fait aujourd'hui partie de notre histoire, de notre sociologie collective en tout cas, au même titre que L'affaire du courrier de Lyon, L'affaire Lafarge, L'affaire Marie Besnard jadis, que L'affaire du petit Grégory naguère. Énigmes insolubles sur quoi ont été écrites des bibliothèques, sur quoi des générations d'amateurs passionnés se sont penchées et ont défendu des thèses les unes et les autres d'autant plus convaincantes qu'elles sont souvent absolument contradictoires. Sur Dominici, lire le considérable et touffu article de Wikipédia et essayer de se faire une opinion !!

Bon, allez, sans aucune raison, je vais vous donner une information bien personnelle : mon père était Président du Tribunal de Digne au moment du crime. C'est lui qui a présidé le tribunal correctionnel qui a condamné Clovis Dominici à deux mois de prison pour non-assistance à personne en danger (dans le film, son rôle est tenu par Henri Vilbert). Il avait beaucoup d'estime pour son juge d'instruction Roger Périès (Michel Bertay), avec qui il avait des rapports presque quotidiens.

Eh bien, donc, mon père, qui connaissait tout de même assez bien le paysage de cette affaire, m'a toujours dit n'avoir aucune certitude ni sur l'innocence, ni sur la culpabilité de Gaston. Il pensait, en revanche, que le crime était l’œuvre d'un ou de plusieurs membres de la famille.

Cela dit, qui n'est pas pour la ramener, mais afin qu'on s'efforce de ne pas juger le film de Claude Bernard-Aubert sur sa véracité ou sa rectitude : il est le porte-parole d'une thèse, celle de l'innocence du vieux Gaston, qui se serait sacrifié pour la conservation de sa bien-aimée Grand'terre, à quoi il tenait charnellement. Il est en tout cas infiniment plus nuancé et intelligent que le très médiocre téléroman de Pierre Boutron dans quoi s'est malheureusement commis Serrault petit pamphlet atterrant de médiocrité et de rage anarchiste…

Comme d'habitude, c'est un romancier qui a le mieux saisi les ressorts de l'affaire, même s'il ne les a pas tous perçus : Jean Giono a assisté à toutes les audiences d'assises et il a publié en 1955, à partir de ses impressions de prétoire Notes sur l'affaire Dominici suivies d'un Essai sur le caractère des personnages. Deux orientations principales à retirer qui vont toutes deux dans le sens de l'incompréhension abyssale, totale, qui existait entre le clan Dominici et – si je puis dire – le reste du monde : l'absence de vocabulaire (Gaston possède entre 30 et 40 mots écrit Giono) et, peut-être plus grave encore ce que l'écrivain appelle une indifférence d'insecte : la vie, la mort, la souffrance, la compassion sont des notions qui sont sans portée pour lui.

Voilà une tragédie dont l'obscurité vient de la grande lumière grecque qui frappe la Haute-Provence ; ceci ne frappera que ceux qui ne la connaissent pas et la confondent avec le souriant Midi méditerranéen (en octobre 2005 je me suis déjà exprimé là-dessus sur le fil de Regain http://dvdtoile.com/Thread.php?15717). Terre pauvre et terre de pauvres.

Prendre donc alors plutôt le film comme le récit d'une enquête à la fois interminable et bâclée ; le resituer dans son contexte, celui de 1973, des dénonciations fort à la mode de la nocivité des Pouvoirs publics, de l'impatience des gouvernants à se débarrasser d'un sujet brûlant, à résonances souvent politiques. Le réalisateur tâtonne d'ailleurs un peu lorsqu'il évoque, dans le premier tiers du film, la puissance du Parti communiste, l'armement de guerre conservé par les ex-maquisards FTP dirigés par Lopez (Rafaël Hernandez), qui est visiblement un Rouge espagnol exilé, un type qui ne rigole pas et qui le fait sentir à Paul Maillet (Jacques Rispal) qui, de fait fut exclu du Parti. Bernard-Aubert ne va pas plus loin sur ce chemin mais aurait dû l'élaguer puisqu'il ne l'empruntait pas…

Sinon ? Jean Gabin est parfait en patriarche autoritaire, taciturne, autoritaire, mais le dialoguiste Daniel Boulanger lui prête beaucoup plus de sens de la répartie que n'en avait Gaston. C'est un plaisir de voir Paul Crauchet en première ligne ; quand il le veut, Victor Lanoux sait jouer l’imbécile buté comme personne : il n'y est pas parvenu tout à fait. Le reste de la distribution est de bon niveau.

J'ai beaucoup trop parlé de L'affaire et pas assez du film. Il y a des sujets qui ravagent tout sur leur passage.


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