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Forum : L'Affaire Dominici

Sujet : Un film partisan


De PM Jarriq, le 5 octobre 2007 à 11:41
Note du film : 2/6

Curieux film, retraçant de façon elliptique la fameuse affaire, sans donner ni solution (évidemment), ni piste, ni interprétation. Juste une succession de faits tronqués, parfois incompréhensibles (le rôle de Jacques Rispal), et prenant ouvertement parti pour l'innocence du patriarche. C'est dire qu'on en ressort frustré, voire agacé, et que l'unique consolation est l'interprétation de Gabin. On s'attendait à une resucée de La horse, mais l'acteur compose réellement un personnage différent, plus subtil, moins taillé dans la masse, et gabinise plutôt moins que de coutume. Ceci dit, le choix même de Gabin dans ce rôle, empêche qu'on le soupçonne d'être réellement l'assassin. A ses côtés, on a le plaisir rare de voir Crauchet dans un rôle principal, et de revoir des jeunes (et minces !) Lanoux et Depardieu en pécores à moitié débiles. L'archaïsme des méthodes policières décrites dans le film, n'aide pas à rendre le spectacle palpitant, et la multiplicité des points de vue, finit d'éparpiller l'attention.

Et que dire de l'épilogue, où on voit l'avocat (le vrai) de Dominici, parlant face caméra, pour un plaidoyer qui tombe comme un cheveu sur la soupe, et finit de décrédibiliser tout ce qu'on vient de voir ?

L'affaire Dominici est un pétard mouillé, dont la facture laisse vraiment à désirer (la misère de la mise en scène lors des séquences de procès), mais qui permet de revoir Gabin dans un de ses rôles de fin de carrière, les plus travaillés, ce qui semble assez paradoxal.


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De verdun, le 5 novembre 2007 à 19:44
Note du film : 4/6

Je ne serai certainement pas aussi sévère que le commentaire de Jarriq sur ce film.

A priori le scénario est très critiquable: il semble en effet elliptique, frustrant, bizarrement construit. Pourtant, quand on regarde de près le script, force est de constater que l'on obtient un récit des plus objectifs sur cette fameuse affaire. Crime passionnel? Sacrifice d'un père pour sauver ce qui peut l'être ? Ou au contraire une lutte autour des possessions du patriarche ? Un film ouvert, ce qui est agaçant mais qui ne fait finalement que suivre l'affaire elle-même. Et l'essentiel est atteint, c'est-à-dire la démonstration d'une enquête policière faite n'importe comment, d'une justice qui accuse sans avoir des preuves,et d'une famille repliée dans un mystère et un mensonge également inextricables…

Dans ces conditions, le pauvre Gabin-Dominici ne peut être qu'innocent.. Parlons-en de Gabin justement ! Il est ici absolument parfait dans ce rôle,pittoresque sans être outrancier, brave et nimbé d'une certaine innocence mais il incarne surtout le mystère en action, un homme ambigu voire bipolaire, donnant le sentiment de cacher des choses inavouables, sage et tyrannique Lui dont les dernières années furent parfois peu intéressantes sur le plan artistique, il donne ici, avec Le chat une des meilleures interprétations des dix dernières années de sa carrière. D'ailleurs les acteurs sont tous excellents de Paul Crauchet en flic opiniâtre à Victor Lanoux en fils indigne en passant par Gérard Depardieu en simple d'esprit.

Au niveau de la réalisation, on aurait sans doute préféré au modeste Claude Bernard-Aubert, futur spécialiste du porno sous le pseudo de Burd Tranbaree, un Pierre Granier-Deferre voire un connaisseur de l'affaire comme Jean Giono. Et la conclusion énoncée par le vrai avocat est une fausse bonne idée, faisant passer le reste du film pour une sorte de "docu-fiction" avant l'heure. Ceci dit la réalisation est appliquée et surtout, on a une reconstitution crédible du monde paysan, ce qui n'est pas toujours le cas dans le cinéma français..

L'affaire Dominici, soutenu par une musique prenante, n'est certes pas une œuvre majeure mais un film passionnant avec un Gabin au sommet, que je suis content d'avoir dans le dvd très correct proposé par René Chateau !


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De fretyl, le 5 novembre 2007 à 20:22
Note du film : 4/6

Exact, le film ne tient en effet que sur les épaules de Jean Gabin, c'est vrai qu'un metteur en scène plus professionnel aurait fait de ce film un chef d'œuvre, Cayatte ou Boisset pour un film critiquant le système juridique de l'époque aurait excellé ou pourquoi pas puisque j'en parle d' en un de mes précédents messages : Pierre Granier-Deferre aurait pu en faire une œuvre romanesque et tragique.

Ici beaucoup de choses sonne faux, les seconds rôles sont pales et le film n'avance que très peu et finalement au bout du compte on ne nous en dit pas plus sur la mystérieuse affaire Dominici.

Il faut savoir qu'un autre film raté s'était aussi inspiré de l'affaire Dominici Les granges brulées avec Simone Signoret.


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De jipi, le 6 novembre 2007 à 10:20

Cette affaire Dominici est un véritable boulet national au même titre que l'affaire du courrier de Lyon. Quelle plaie de consommer régulièrement ce fait divers au fil du temps, tout ça à cause de son irrésolution permettant l'entretien de nos états esprits formatés pour l'attrait du mystère.


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De starlight, le 6 novembre 2007 à 13:20
Note du film : 3/6

Tout à fait d'accord avec Fretyl !… Il est toujours délicat de recourir à l'Art cinématographique pour "tenter" d'expliquer ou plus simplement de relater des affaires dites "judiciaires" (procès, erreur judiciaire, etc…).

Nous en avons à la pelle… l'affaire Dreyfus, Marie Besnard, Christian Ranucci (le pull-over rouge), etc…

Seul l'interprète peut nous réconcilier avec le cinéma !… car la fiction est souvent plus crédible que la réalité !… Allez chercher à comprendre !… D'accord aussi pour des réalisateurs comme A. Cayatte qui, de part leur formation d'origine (juristes), ont à coeur d'expliquer les méandres de la Justice… et encore !… Voyez comment il termine ses films sur de magnifiques points d'interrogation…


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De didiousse, le 2 juin 2009 à 15:51

Je trouve que c'est un très bon film bien mis en scène et surtout très bien joué par un très, très grand Jean Gabin au sommet de son art dans ce rôle inoubliable pour tous ses fans dont je fais partie. Et la ressemblance avec Gaston Dominici a frappante bien sur que le maquillage y est pour quelque chose mais quand même…


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De Romuald, le 2 juin 2009 à 17:06
Note du film : 4/6

Quelle plaie de consommer régulièrement ce fait divers au fil du temps, tout ça à cause de son irrésolution….

Pas d'accord, mon cher Jipi…. Trop d'affaires criminelles sont entrées dans la légende et paradoxalement dans l'oubli, alors que les protagonistes n'ont céssé de clamer leurs innocences ! A une époque ou deux gamins qui se chataignent dans une cour de récréation sont entendus par la police, et ou un Sarkozy fait jouer l'ADN pour retrouver le scooter de son fils, il est intolérable de penser que peut-être Ranucci n'a pas tué la petite Maria-Dolorès, que Seznec n'est pour rien dans la disparition de Quéméneur, que Mis et Thiennot n'ont pas tué le garde champêtre, que l'assassin du pêtit Grégory court toujours, et que Bruay en Artois à retrouver son sommeil tranquille…

Je dis que plus les films, petits ou grands,, chercheront la vérité là ou la justice a abandonné, plus il y aura de chances que la lumière se fasse un jour…On ne peut classer tant d'affaires avec tant d'ombres et de doutes…C'est impensable !

                                   pour \Lagardère

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De fretyl, le 5 décembre 2010 à 15:09
Note du film : 4/6

L'affaire Dominici vaut autant que La horse avant tout pour sa reconstitution d'une atmosphère paysanne. Les deux rôles de Gabin dans ces deux films est à mettre en comparaison. Gabin à table, taciturne dans L'affaire Dominici, nous rappelle le Gabin de La horse, face à sa famille, dans l'ambiance solennelle du repas, avec en bout de table un patriarche qui ne dit pas un mot.
En restituant l'ambiance des villages provençaux dans les années 50 Claude Bernard-Aubert a trouvé le principal point d'intérêt du film.
Il y a bien sûr Gabin éternel patriarche dont l'interprétation crève l'écran. Serrault dans le même rôle sera nettement moins crédible et puis surtout des acteurs qui ont la gueule de l'emploi.
Car jouer un paysan de la Haute Provence n'est pas accessible à n'importe quel acteur. Les acteurs de la dernière version de Pierre Boutron sur TF1 avaient l'air plus habitués à fréquenter les bobos parisiens que les campagnards de Lurs.

Le film n'est pas sans défaut, quelque peu trop lent, souvent terrifié dans son traitement. On n'en apprend pas plus sur L'affaire Dominici si ce n'est que l'on est déjà convaincu avant de commencer le film, que Gaston Dominici était innocent. La fin du film avec l'avocat de Dominici n'apporte rien au spectateur et se veut démagogique.
La deuxième partie du film dans le tribunal malgré son manque de relief, son manque de moyen, est sauvé miraculeusement par un Gabin très en forme.

Mais pourtant L'affaire Dominici est un film fascinant. Noble et vieille France, dont l'aspect cinéma de papa rend comme une œuvre chaude.
Et puis sachant que le film a été tourné sur les lieux du crime, cela rendra le film à ceux qui le verront encore plus attrayant.


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De Impétueux, le 5 décembre 2010 à 19:34
Note du film : 3/6

On n'en apprend pas plus sur L'affaire Dominici si ce n'est que l'on est déjà convaincu avant de commencer le film, que Gaston Dominici était innocent

Mmouais, ça, faut le dire vite ! La mode victimiste, depuis une quarantaine d'années, présente toujours les condamnés comme en butte aux effroyables errements de l'État, toujours désigné comme monstrueux et oppresseur. Les mêmes suçopodistes des magistrats, lorsqu'ils s'attaquent aux membres du Gouvernement ou à la majorité parlementaire (quelle qu'elle soit : elle a forcément tort), les désignent parallèlement d'un doigt accusateur lorsqu'un doute continue à planer ; d'où la sanctuarisation de Gaston Dominici, Ranucci, Seznec, Marie Besnard et ainsi de suite… même Lesurques dans L'Affaire du Courrier de Lyon

Qu'est-ce que vous en savez, qu'est-ce que nous en savons, alors que des bibliothèques entières, que plusieurs milliers de pages ont été consacrées à ces histoires indémêlables ?


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De Gilou40, le 5 décembre 2010 à 20:32
Note du film : 4/6

Il est vrai, frétyl, que chacun a le droit de se faire une opinion. Mais bien malin est celui qui peut juger de façon définitive dans ce magma immonde de non-dits, de secrets de famille ancestraux, de vengeances opportunes, de hasards inopportuns, de personnalités vitriolées, de lutte des classes, de rancoeurs enfouies ! Du vieux berger roublard de la Grand' terre jusqu' aux secrets militaires de la CIA Anglaise, que de chemins tortueux à suivre pour esperer vainement un jour faire la lumière sur cette énigme que le Sphinx le plus intelligent n'aurait jamais osé imaginer.L'Affaire Dominici est loin d'être une autoroute . Gaston Dominici coupable ? Innocent ? Ma seule certitude est que Dieu existe. Pour le reste …


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De fretyl, le 5 décembre 2010 à 20:55
Note du film : 4/6

Pour tout vous avouer, je ne crois pas une minute à l'innocence de Christian Ranucci et j'avoue que la thèse défendue par certains selon laquelle Guillaume Seznec était innocent m'a toujours paru floue et équivoque.
Par contre Dominici innocent, j'y crois ! Manque de preuves, aucun élément sérieux dans cette affaire, y compris même les aveux de Dominici où celui-ci prétendait avoir couché avec l'Anglaise, alors qu'aucune trace de relation sexuelle n'a jamais été établie, l'emplacement de la carabine ne correspondant pas selon les témoignages, le deuxième fils Dominici qui se rétracte au moment du procès, les implications politiques de la victime…
Aucun témoignage sérieux ne peut suffire à accuser Dominici d'être l'assassin de la famille Drumond. On a dit qu'il a dit + des rumeurs de bistrots… C'est peu.

Cela n'empêche que le très mauvais film avec Serrault allait trop loin dans les certitudes, jusqu'à nous livrer les noms des coupables et à accuser la CIA. Autant, je ne crois pas à la culpabilité de Dominici, que je ne sais pas une minute qui a tué la famille anglaise !


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De Yanmar, le 16 février 2014 à 19:36

Entièrement d'accord, avec les doutes, comme l'a dit Giono, et bien d'autres, il y a autant de chances qu'il soit coupable qu'innocent. 1 bon point pour ce film, il évoque, au tout début, en V.O. la recherche par les Drummond d'un parachutiste anglais mystérieusement disparu dans le secteur pendant la guerre. C'est un aspect très intéressant, qui n'a pratiquement jamais été traité par les nombreux ouvrages consacrés à cette affaire.


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De Impétueux, le 17 avril 2016 à 16:54
Note du film : 3/6

Le triple assassinat de Lurs a laissé tant et tant de traces dans l'imaginaire collectif français que le drame fait aujourd'hui partie de notre histoire, de notre sociologie collective en tout cas, au même titre que L'affaire du courrier de Lyon, L'affaire Lafarge, L'affaire Marie Besnard jadis, que L'affaire du petit Grégory naguère. Énigmes insolubles sur quoi ont été écrites des bibliothèques, sur quoi des générations d'amateurs passionnés se sont penchées et ont défendu des thèses les unes et les autres d'autant plus convaincantes qu'elles sont souvent absolument contradictoires. Sur Dominici, lire le considérable et touffu article de Wikipédia et essayer de se faire une opinion !!

Bon, allez, sans aucune raison, je vais vous donner une information bien personnelle : mon père était Président du Tribunal de Digne au moment du crime. C'est lui qui a présidé le tribunal correctionnel qui a condamné Clovis Dominici à deux mois de prison pour non-assistance à personne en danger (dans le film, son rôle est tenu par Henri Vilbert). Il avait beaucoup d'estime pour son juge d'instruction Roger Périès (Michel Bertay), avec qui il avait des rapports presque quotidiens.

Eh bien, donc, mon père, qui connaissait tout de même assez bien le paysage de cette affaire, m'a toujours dit n'avoir aucune certitude ni sur l'innocence, ni sur la culpabilité de Gaston. Il pensait, en revanche, que le crime était l’œuvre d'un ou de plusieurs membres de la famille.

Cela dit, qui n'est pas pour la ramener, mais afin qu'on s'efforce de ne pas juger le film de Claude Bernard-Aubert sur sa véracité ou sa rectitude : il est le porte-parole d'une thèse, celle de l'innocence du vieux Gaston, qui se serait sacrifié pour la conservation de sa bien-aimée Grand'terre, à quoi il tenait charnellement. Il est en tout cas infiniment plus nuancé et intelligent que le très médiocre téléroman de Pierre Boutron dans quoi s'est malheureusement commis Serrault petit pamphlet atterrant de médiocrité et de rage anarchiste…

Comme d'habitude, c'est un romancier qui a le mieux saisi les ressorts de l'affaire, même s'il ne les a pas tous perçus : Jean Giono a assisté à toutes les audiences d'assises et il a publié en 1955, à partir de ses impressions de prétoire Notes sur l'affaire Dominici suivies d'un Essai sur le caractère des personnages. Deux orientations principales à retirer qui vont toutes deux dans le sens de l'incompréhension abyssale, totale, qui existait entre le clan Dominici et – si je puis dire – le reste du monde : l'absence de vocabulaire (Gaston possède entre 30 et 40 mots écrit Giono) et, peut-être plus grave encore ce que l'écrivain appelle une indifférence d'insecte : la vie, la mort, la souffrance, la compassion sont des notions qui sont sans portée pour lui.

Voilà une tragédie dont l'obscurité vient de la grande lumière grecque qui frappe la Haute-Provence ; ceci ne frappera que ceux qui ne la connaissent pas et la confondent avec le souriant Midi méditerranéen (en octobre 2005 je me suis déjà exprimé là-dessus sur le fil de Regain http://dvdtoile.com/Thread.php?15717). Terre pauvre et terre de pauvres.

Prendre donc alors plutôt le film comme le récit d'une enquête à la fois interminable et bâclée ; le resituer dans son contexte, celui de 1973, des dénonciations fort à la mode de la nocivité des Pouvoirs publics, de l'impatience des gouvernants à se débarrasser d'un sujet brûlant, à résonances souvent politiques. Le réalisateur tâtonne d'ailleurs un peu lorsqu'il évoque, dans le premier tiers du film, la puissance du Parti communiste, l'armement de guerre conservé par les ex-maquisards FTP dirigés par Lopez (Rafaël Hernandez), qui est visiblement un Rouge espagnol exilé, un type qui ne rigole pas et qui le fait sentir à Paul Maillet (Jacques Rispal) qui, de fait fut exclu du Parti. Bernard-Aubert ne va pas plus loin sur ce chemin mais aurait dû l'élaguer puisqu'il ne l'empruntait pas…

Sinon ? Jean Gabin est parfait en patriarche autoritaire, taciturne, autoritaire, mais le dialoguiste Daniel Boulanger lui prête beaucoup plus de sens de la répartie que n'en avait Gaston. C'est un plaisir de voir Paul Crauchet en première ligne ; quand il le veut, Victor Lanoux sait jouer l’imbécile buté comme personne : il n'y est pas parvenu tout à fait. Le reste de la distribution est de bon niveau.

J'ai beaucoup trop parlé de L'affaire et pas assez du film. Il y a des sujets qui ravagent tout sur leur passage.


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De Commissaire Juve, le 19 avril 2016 à 00:21

Wow ! On fait des rencontres étonnantes sur les fora de cinéma. La dernière fois que j'ai été épaté, c'est lorsqu'un forumeur de DVDClassik nous a confié qu'il était tout gosse en juin 1944, qu'il habitait non loin d'Oradour-sur-Glane, et qu'il se souvenait encore du ciel tout noir de fumée.


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