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Désespérement noir


De Impétueux, le 22 août 2017 à 17:33
Note du film : 5/6

Finalement, en revoyant une fois encore Des gens sans importance, on se dit que ce n'est pas vraiment un film noir, malgré la mort de Clotilde (Françoise Arnoul) ravagée par la septicémie à la suite de son avortement clandestin. C'est davantage qu'un film noir : c'est un film totalement gris, de la grisaille immuable de l'existence des petites gens, de ces gens sans importance filmés avec beaucoup de talent par un Henri Verneuil que l'intelligentsia a pris de haut mais qui fut et demeure un sacré cinéaste.

Tout est grisaille, dans le film : déjà le bistro de routiers où Jean Viard (Jean Gabin) rencontre Clotilde, pauvre fille dont la vie va à vau-l'eau et dont on devine la médiocrité de l'enfance et de l'adolescence (ah ! cette scène glaçante devant le maigre kiosque à musique, à Bordeaux, où la mère de Clo (Nane Germon) refuse de l'héberger quelques jours parce que son concubin – le mot que je choisis est aussi laid que peut être la situation – sensiblement plus jeune, pourrait tourner autour de sa fille). Bistro de routiers, vie parcimonieuse des camionneurs coincés dans leur cabine cahoteuse et contraints de conduire en alternant soixante heures de suite…

Grisaille des zones industrielles, des entrepôts, des docks où ces forçats de la route vont charger et décharger leurs marchandises. Grisaille du quartier où vivent les Viard (c'est du côté de la rue de Montreuil), lépreux, fatigué, crasseux. Grisaille de l'appartement, exigu, encombré, sans air et sans clarté où l'on doit encore se laver dans l'évier de la cuisine comme dans celui des Quatre cents coups. Grisaille de l'hôtel de passe, aux plâtres écaillés, aux chambres sordides où Clo va devoir subir la férule de l'affreuse Vacopoulos (Lila Kedrova). Poussière de l'appartement louche où le photographe d'art Constantin (Jean Blancheur) (qui doit bien faire, de temps en temps, de la photo porno) couvre les activités de faiseuse d'anges de sa femme (Helena Manson, parfaite, comme toujours). Grisaille du bal des routiers avec des cotillons parcimonieux et des bouteilles de mousseux acide.

Grisaille des paysages, continuellement désolés, aux arbres dépouillés d'un hiver qui n'en finit pas, sous la pluie, au long d'une campagne moche comme tout. Si l'on peut dire, aussi, grisaille des bruits, qui sont continus, bruit des ateliers, des entrepôts, des moteurs, des locomotives, des gosses qui hurlent, des chiens qui aboient et des moutons qui bêlent

Et grisaille des vies, évidemment. Tout le monde est résigné à son sort, à part, évidemment, la petite péronnelle Jacqueline Viard (Dany Carrel), prête à tout pour arriver à faire du cinéma un peu comme Odette Neveux (Marie-Josée Nat) dans Rue des prairies et sans doute à coucher avec tout le monde. Et puis aussi un peu Solange Viard (Yvette Étievant) dont la résignation est à peine secouée, de temps en temps, par une espérance démesurée que ses enfants se sortiront de cette vie étriquée et minable.


Est-ce que l'histoire entre Jean Viard et Clo, entre Jean Gabin et Françoise Arnoul n'est pas aussi assez médiocre ? Quelques mois d'étreintes rapides, presque furtives, lorsque Jean fait une rapide escale dans le bistro de Barchandeau (Paul Frankeur)… On a le sentiment qu'il y a entre eux moins que de l'amour, plutôt une aubaine, lui de pouvoir sauter une fille gironde qui le change de l'odeur de lessive de son quotidien, elle de se cramponner à une bouée, dans son propre naufrage, mais une bouée si incertaine…

Le film est désespérant (de plus en plus désespérant à chaque fois qu'on le regarde), plongé dans une totale atonie : et sa conclusion ne laisse pas beaucoup d'espoir : Viard donne des nouvelles de la famille à Berty (Pierre Mondy), son ancien coéquipier, qu'il rencontre par hasard : Loulou (un des garçons) a la coqueluche, pour Jacqueline (Dany Carrel, qui se voyait déjà vedette de cinéma), c'est dur, et Solange (Yvette Etiévant), sa femme, donc, avec qui il s'est donc remis après la mort de Clo, (Françoise Arnoul), et Solange, elle est comme moi, elle rajeunit pas !

La petite parenthèse amoureuse et si limitée s'est vite refermée dans la médiocrité de l'existence…


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De Tamatoa, le 11 mai 2012 à 03:29
Note du film : 6/6

Ah ! Je vois que tout a été dis déjà.. Je viens de revoir ce film et c'est un serrement de coeur qui accompagne le mot "Fin". Cafard, désenchantement sont les bébés de cette oeuvre, bien sur. Mais quel cinéma que celui là ! Ces Gens que l'ont dit sans importance en ont tellement, après avoir rangé le DVD. Ce Verneuil a fait de belles choses quand même. On a vraiment l'impression, après avoir éteind la télé, d'avoir fait des centaines de bornes avec eux. D'avoir avalé du bitume jusqu'à plus soif et partagé leurs coups de pompe. Et je ne sais pas si le sommeil qui m'envahit est du à la fatigue de la route ou à la journée bien remplie. Ce cinéma là a disparu. Pourquoi ? Et il a emmené tant de choses avec lui. Des époques et des ciels partis à tout jamais. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, le cinoche s'intérresse plus aux fantasmes des individus qu'à leurs quotidien. Quand, en 1956, Françoise Arnoul arpente les rues de Bordeaux, on a le temps de compter les pavés..Aujourd'hui, on essaye vainement de savoir oû on se trouve avant de courir derrière les acteurs qui ont pris plusieurs longueurs d'avance.

Pour ce qui est du "Resto routier" qui évoque curieusement un décor de film noir américain, balayé par le sable souligné par un forumeur (et c'est très vrai), il est très balayé ! Pour la scène finale, j'ai l'impression que Verneuil a lancé les ventilos un peu trop fort. Si on regarde bien, Pierre Mondy est surpris et franchement déséquilibré genre Typhon sur Nagasaki. Pour la séquence des éboueurs, je vois bien qu' ils regardent la caméra mais je n'entends rien . Ca doit dépendre du lecteur.

Mais c'est vraiment un film magnifique. Un film de costumes puisque les aristocrates vivent les mêmes choses mais en smokings. Au fait, combien faut' il de ces Gens sans importance pour faire un aristo ? La vie au raz du sol. Des épaules bien larges même chez les femmes résignées. Elles ne conduisaient pas les camions, comme aujourd'hui, et leurs transports étaient des plus communs .


Merveilleuse Yvette Etiévant qui égréna presque toute sa carrière des rôles de cet accabit. Femme de ménage, bistrotière, dame pipi, paysanne, concierge, caissière, logeuse, épouse trahie…Déjà, en 1948, pour son premier rôle au cinéma, elle faisait le trottoir dans Entre onze heures et minuit de Decoin.

Des Gens sans importance.. Ce genre de film qui vous fait compatissant envers ceux qui nous ressemblent tellement. La salopette en moins, mais c'est la même chose. Nous sommes tous des Gens sans importance..


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