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Forum : Des Gens sans importance

Sujet : Désespérement noir


De Freddie D., le 25 février 2006 à 10:52
Note du film : 4/6

Mélo prolétaire, au réalisme parfois déprimant, mais décrivant un monde disparu, des mentalités d'un autre âge, une France qu'on ne reconnaît pas. Verneuil s'attarde un peu trop sur les trajets en camion, les détails de la vie quotidienne, et le rythme s'en ressent jusqu'à devenir parfois laborieux, mais Des gens sans importance a le mérite de dépeindre des individus abrutis de travail, incapables de réagir devant l'adversité : sous ses dehors de costaud charismatique, Gabin est un faible, un irresponsable (lourd symbole de son engin immobilisé sur un chemin de campagne, pendant que sa compagne agonise), et son joyeux drille de coéquipier (Mondy) est un raté, qui préfère dormir dans le camion, plutôt que rentrer chez lui, où personne ne l'attend. Le film est démoralisant, ne laisse aucune lueur d'espoir ou de lendemain meilleur, mais Verneuil sait raconter une histoire, filmer des décors (le "routier" évoque curieusement un décor de film noir américain, balayé par le sable) et dirige Gabin, étonnamment sobre, de main ferme. Celui-ci porte le film sur les épaules, dans un rôle qui rappelle énormément celui de Gas-oil, tourné la même année, au point qu'on peut confondre certaines situations des deux films. Excellents seconds rôles, surtout Lila Kedrova en maquerelle pernicieuse.


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De Impétueux, le 17 mai 2006 à 19:55
Note du film : 5/6

Excellente analyse de ce monde disparu, de ces costauds du volant solitaires – même lorsqu'ils étaient chargés de famille – passant leur temps sur des routes qu'on n'imagine plus aujourd'hui, au volant de mastodontes qu'il fallait conduire avec de gros biscotos…

Et puis – et surtout – la réalité de l'existence du prolo des années d'après-guerre, dont les enfants sentent le fumet de la société de consommation monter aux narines… On voit cela aussi dans Rue des prairies de La Patellière ou – dans un tout autre domaine, celui de la batellerie, dans le remarquable Homme du Picardie de l'excellent Jacques Ertaud.

J'ai, pour ma part, une préférence pour ces Gens sans importance, par rapport à Gas-oil, dont l'intrigue me semble plus artificielle…


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De sepia, le 31 mars 2007 à 00:13
Note du film : 5/6

Je voudrais revenir un instant sur ce film dont je viens de lire les critiques qui m'ont laissée un peu ébahie, mais peu importe.

J'ai besoin de votre perspicacité la plus pointue. J'explique : je possède ce dvd (édition René Château) et, à la 21e mn et 5 secondes, que voit-on ? Gabin rentre chez lui. Il marche sur le trottoir d'en face. AU PREMIER PLAN, sur le trottoir "caméra", arrive un camion d'éboueurs. Tout de suite on sait que ce ne sont pas des figurants "pros", mais bien de vrais boueux surement ravis de faire un peu de cinéma. Ils fixent la caméra maladroitement, sont très mal a l'aise, etc. Ils descendent du camion, ramassent leurs poubelles, et là, AU MOMENT OU LE CAMION REPART, SI ON MONTE UN PEU LE SON, ON ENTEND DISTINCTEMENT LA VOIX DE Verneuil (?) OU D'UN ASSISTANT QUI LES DIRIGE !!

"-Les papiers! ramassez les papiers!!-" Il repète! Les boueux se regardent, paniquent un tiers de seconde, aperçoivent les dits papiers laissés par terre, les ramassent et le camion repart donc.

Je me suis fait passé cette séquence 50 fois, je suis formelle: Je vous le demande A vous : L'AVIEZ VOUS ENTENDU AUSSI ?? Merci de me répondre.


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De sepia, le 31 mars 2007 à 00:56
Note du film : 5/6

D'autre part et j'allais oublier, je voudrais savoir si l'un ou l'une d'entre vous a lu le livre de souvenirs de Pierre Mondy, parut tout dernièrement ? Bien ? On peut acheter ? Re-merci de répondre…(je sais, j'abuse..)


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De droudrou, le 31 mars 2007 à 07:26

Amusant ! A découvrir en matière de gag si on y tient ! En ce qui me concerne, cette semaine, au niveau poubelles et camion de ramassage, j'ai redécouvert la séquence du film Les ripouxThierry Lhermitte se retrouve mélangé avec les ordures… A cet instant du film, on ne peut pas encore dire qu'il se trouve mélangé à son monde !


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De Impétueux, le 31 mars 2007 à 13:52
Note du film : 5/6

Je me promets de re-visionner cet excellent Verneuil en prêtant attention à cet instant précis ; en tout cas merci pour avoir décelé cette singularité !


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De Impétueux, le 1er avril 2007 à 10:33
Note du film : 5/6

J'ai revu hier soir le film, pour répondre à Sépia, qui signalait une anecdote amusante : eh bien elle doit avoir une installation audiophonique extraordinairement sophistiquée, ou une acuïté auditive largement au dessus de la normale pour avoir perçu ce qu'elle a entendu dans la séquence qu'elle décrit ! Cela étant, ce qu'elle écrit est assez vraisemblable : on voit distinctement que les éboueurs obéissent à une instruction qui leur est lancée…


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De sepia, le 1er avril 2007 à 13:18
Note du film : 5/6

Je tiens a vous remercier,Impétueux, pour avoir pris en consideration mon "anecdote auditive" et pris la peine de revisionner ce film.

Mais je vous jure que mon installation audio se résume aux seuls hauts parleurs de ma télévision et que mon lecteur dvd est des plus communs et sans aucune fioriture extra-terrestre. J'ajoute que j'ai fait constater cette étrangeté par plusieurs personnes, qui n'ont eut aucun mal a confirmer. Alors, en profane absolue en matière de technique, le contenu étant plus passionnant que le contenant (à l'inverse des hommes…), je pose la question : se peut-il que, d'un dvd à l'autre , et surtout d'une édition à l'autre, certains détails auditifs se précisent sur l'un ou l'autre des supports ? S'il y a des Mordus de la technologie parmi vous, je vous lirai avec plaisir…

Pour en revenir aux critiques de ce film, je lis que Viard est un irresponsable…Ce Monsieur est tout ce que vous voudrez, mais certainement pas un irresponsable ! Le rythme de ce film serait laborieux…Mais LA VIE de ces gens là était laborieuse! Pourquoi diantre Verneuil aurait-il filmé leur existence comme Philippe de Broca a filmé L'homme de Rio ? Déprimant, sans espoir , oui, ce film confirme que la cité n'est pas engluée que de nantis. Mais la vie de ces Gens sans importance là ne méritent peut être pas la médiocrité que l'on pose un peu vite sur leur tête….


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De PM Jarriq, le 1er avril 2007 à 15:19

Je me suis pris au jeu, et vérifié par moi-même : Sepia a raison ! On entend la voix d'un assistant crier "Ramassez les papiers ! Allez, ramassez les papiers", et l'éboueur de droite le regarde d'un oeil légèrement bovin, avant d'obtempérer avec cinq secondes de retard. Il suffit de tendre l'oreille…


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De sepia, le 1er avril 2007 à 16:42
Note du film : 5/6

Merci PMJarriq ! J'avais peur que l'on pense que je n'étais qu'une blonde…..


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De Impétueux, le 1er avril 2007 à 20:49
Note du film : 5/6

Eh bien, les messages de Sépia (hosannah ! enfin une femme parmi nous !) et de PM Jarriq confirment la triste réalité que j'appréhendais : mon âge et la diminution de mes facultés sont sûrement la cause que je ne parviens pas à entendre les mots lancés aux éboueurs !

Cela étant, qui n'a pas d'importance, il me semble que Sépia prend mal le message de Freddie D qui juge Viard infantile et irresponsable : ça n'est sûrement pas un jugement de valeur : c'est simplement la constatation qu'un travail abrutissant, épuisant, qui ne laisse au travailleur que la seule possibilité de survivre, et non pas de mener une existence harmonieuse, aboutit à une sorte de paralysie de la volonté…

J'irais trop loin en écrivant que Des gens sans importance est un film marxiste (d'autant que Verneuil était peu suspect de ces billevesées-là), mais enfin, dans une certaine et large mesure il est aliéné à sa condition, comme on le disait, aux temps du marxisme triomphant…


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De Gaulhenrix, le 1er avril 2007 à 21:55

A moins que sepia et PM Jarriq n'utilisent cette "journée particulière" pour abuser quelque lecteur crédule… Je plaisante, bien sûr !


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De sepia, le 3 avril 2007 à 00:58
Note du film : 5/6

"Enfin une femme parmi nous.!.." a l'air de se ravir Impétueux.. Mais , en me promenant sur ce site (par ailleurs fort intéressant a bien des égards ) j'ai cru lire , ça et là , des pseudos , voire des prénoms qui fleuraient bon la lingerie fine….


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De Impétueux, le 3 avril 2007 à 10:40
Note du film : 5/6

Ah là là, si vous commencez à évoquer la lingerie fine, vous verrez s'allumer dans nombre de nos yeux des lueurs vermeilles !!

Cela étant, si j'exclus les pseudos des multiples péronnelles et gourgandines qui se répandent périodiquement en mélopées hystériques sur le physique de Jean-Baptiste Maunier ou de Johnny Depp, je ne crois pas qu'il y ait tant que cela des messages intelligents de la part de la plus charmante partie de l'humanité (et la seule, à mon goût, qui puisse se vêtir de lingerie fine…)

(Par ailleurs, l'ironie des choses fait que nous évoquons ces charmantes babioles sur le fil d'un film où ladite lingerie n'est pas vraiment mise en valeur…. imagine-t-on Yvette Etiévant (dé)vêtue en Sabbia Rosa ou en Nuits d'Elodie ?)


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De Tamatoa, le 11 mai 2012 à 03:29
Note du film : 6/6

Ah ! Je vois que tout a été dis déjà.. Je viens de revoir ce film et c'est un serrement de coeur qui accompagne le mot "Fin". Cafard, désenchantement sont les bébés de cette oeuvre, bien sur. Mais quel cinéma que celui là ! Ces Gens que l'ont dit sans importance en ont tellement, après avoir rangé le DVD. Ce Verneuil a fait de belles choses quand même. On a vraiment l'impression, après avoir éteind la télé, d'avoir fait des centaines de bornes avec eux. D'avoir avalé du bitume jusqu'à plus soif et partagé leurs coups de pompe. Et je ne sais pas si le sommeil qui m'envahit est du à la fatigue de la route ou à la journée bien remplie. Ce cinéma là a disparu. Pourquoi ? Et il a emmené tant de choses avec lui. Des époques et des ciels partis à tout jamais. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, le cinoche s'intérresse plus aux fantasmes des individus qu'à leurs quotidien. Quand, en 1956, Françoise Arnoul arpente les rues de Bordeaux, on a le temps de compter les pavés..Aujourd'hui, on essaye vainement de savoir oû on se trouve avant de courir derrière les acteurs qui ont pris plusieurs longueurs d'avance.

Pour ce qui est du "Resto routier" qui évoque curieusement un décor de film noir américain, balayé par le sable souligné par un forumeur (et c'est très vrai), il est très balayé ! Pour la scène finale, j'ai l'impression que Verneuil a lancé les ventilos un peu trop fort. Si on regarde bien, Pierre Mondy est surpris et franchement déséquilibré genre Typhon sur Nagasaki. Pour la séquence des éboueurs, je vois bien qu' ils regardent la caméra mais je n'entends rien . Ca doit dépendre du lecteur.

Mais c'est vraiment un film magnifique. Un film de costumes puisque les aristocrates vivent les mêmes choses mais en smokings. Au fait, combien faut' il de ces Gens sans importance pour faire un aristo ? La vie au raz du sol. Des épaules bien larges même chez les femmes résignées. Elles ne conduisaient pas les camions, comme aujourd'hui, et leurs transports étaient des plus communs .


Merveilleuse Yvette Etiévant qui égréna presque toute sa carrière des rôles de cet accabit. Femme de ménage, bistrotière, dame pipi, paysanne, concierge, caissière, logeuse, épouse trahie…Déjà, en 1948, pour son premier rôle au cinéma, elle faisait le trottoir dans Entre onze heures et minuit de Decoin.

Des Gens sans importance.. Ce genre de film qui vous fait compatissant envers ceux qui nous ressemblent tellement. La salopette en moins, mais c'est la même chose. Nous sommes tous des Gens sans importance..


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De Impétueux, le 22 août 2017 à 17:33
Note du film : 5/6

Finalement, en revoyant une fois encore Des gens sans importance, on se dit que ce n'est pas vraiment un film noir, malgré la mort de Clotilde (Françoise Arnoul) ravagée par la septicémie à la suite de son avortement clandestin. C'est davantage qu'un film noir : c'est un film totalement gris, de la grisaille immuable de l'existence des petites gens, de ces gens sans importance filmés avec beaucoup de talent par un Henri Verneuil que l'intelligentsia a pris de haut mais qui fut et demeure un sacré cinéaste.

Tout est grisaille, dans le film : déjà le bistro de routiers où Jean Viard (Jean Gabin) rencontre Clotilde, pauvre fille dont la vie va à vau-l'eau et dont on devine la médiocrité de l'enfance et de l'adolescence (ah ! cette scène glaçante devant le maigre kiosque à musique, à Bordeaux, où la mère de Clo (Nane Germon) refuse de l'héberger quelques jours parce que son concubin – le mot que je choisis est aussi laid que peut être la situation – sensiblement plus jeune, pourrait tourner autour de sa fille). Bistro de routiers, vie parcimonieuse des camionneurs coincés dans leur cabine cahoteuse et contraints de conduire en alternant soixante heures de suite…

Grisaille des zones industrielles, des entrepôts, des docks où ces forçats de la route vont charger et décharger leurs marchandises. Grisaille du quartier où vivent les Viard (c'est du côté de la rue de Montreuil), lépreux, fatigué, crasseux. Grisaille de l'appartement, exigu, encombré, sans air et sans clarté où l'on doit encore se laver dans l'évier de la cuisine comme dans celui des Quatre cents coups. Grisaille de l'hôtel de passe, aux plâtres écaillés, aux chambres sordides où Clo va devoir subir la férule de l'affreuse Vacopoulos (Lila Kedrova). Poussière de l'appartement louche où le photographe d'art Constantin (Jean Blancheur) (qui doit bien faire, de temps en temps, de la photo porno) couvre les activités de faiseuse d'anges de sa femme (Helena Manson, parfaite, comme toujours). Grisaille du bal des routiers avec des cotillons parcimonieux et des bouteilles de mousseux acide.

Grisaille des paysages, continuellement désolés, aux arbres dépouillés d'un hiver qui n'en finit pas, sous la pluie, au long d'une campagne moche comme tout. Si l'on peut dire, aussi, grisaille des bruits, qui sont continus, bruit des ateliers, des entrepôts, des moteurs, des locomotives, des gosses qui hurlent, des chiens qui aboient et des moutons qui bêlent

Et grisaille des vies, évidemment. Tout le monde est résigné à son sort, à part, évidemment, la petite péronnelle Jacqueline Viard (Dany Carrel), prête à tout pour arriver à faire du cinéma un peu comme Odette Neveux (Marie-Josée Nat) dans Rue des prairies et sans doute à coucher avec tout le monde. Et puis aussi un peu Solange Viard (Yvette Étievant) dont la résignation est à peine secouée, de temps en temps, par une espérance démesurée que ses enfants se sortiront de cette vie étriquée et minable.


Est-ce que l'histoire entre Jean Viard et Clo, entre Jean Gabin et Françoise Arnoul n'est pas aussi assez médiocre ? Quelques mois d'étreintes rapides, presque furtives, lorsque Jean fait une rapide escale dans le bistro de Barchandeau (Paul Frankeur)… On a le sentiment qu'il y a entre eux moins que de l'amour, plutôt une aubaine, lui de pouvoir sauter une fille gironde qui le change de l'odeur de lessive de son quotidien, elle de se cramponner à une bouée, dans son propre naufrage, mais une bouée si incertaine…

Le film est désespérant (de plus en plus désespérant à chaque fois qu'on le regarde), plongé dans une totale atonie : et sa conclusion ne laisse pas beaucoup d'espoir : Viard donne des nouvelles de la famille à Berty (Pierre Mondy), son ancien coéquipier, qu'il rencontre par hasard : Loulou (un des garçons) a la coqueluche, pour Jacqueline (Dany Carrel, qui se voyait déjà vedette de cinéma), c'est dur, et Solange (Yvette Etiévant), sa femme, donc, avec qui il s'est donc remis après la mort de Clo, (Françoise Arnoul), et Solange, elle est comme moi, elle rajeunit pas !

La petite parenthèse amoureuse et si limitée s'est vite refermée dans la médiocrité de l'existence…


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