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L'oeil du générique


De DelaNuit, le 12 mars 2015 à 10:19
Note du film : 6/6

Chacun ses goûts, mais on ne saurait reprocher le rythme lent et les invraisemblances de ce film car elles n'en sont pas un défaut ou une faiblesse… mais contribuent à la volonté expresse de son auteur. En effet, Hitchcock ne se considérait pas du tout comme un cinéaste réaliste mais assumait complètement le fait de jouer sur l'imaginaire. Il disait d'ailleurs vomir la vraisemblance et ne pas la rechercher du tout. S'inspirant notamment de la peinture symboliste et surréaliste, il place ses personnages sur le fil du rasoir entre désir et angoisse, entre rêve et cauchemar, à partir d'éléments détournés du quotidien.

Ainsi la découverte de Madeleine par Scottie dans le film, avec ses images magnifiées et la lenteur des scènes, tient de l'envoûtement et conduit le spectateur dans une dimension onirique, qui trouve son sommet lors du baiser au bord de la mer où les vagues heurtent le rivage en accord avec la musique. Aucun réalisme là dedans bien sûr et c'est fait exprès. On est dans l'ensorcellement, le rêve éveillé, un rêve trop beau qui va virer au cauchemar. Les images t la musique expriment ainsi tout le mystère né de l'abracadabrante histoire de réincarnation, fausse piste sur laquelle nous entraine le réalisateur.

On raconte d'ailleurs que pour ce personnage de femme double et la manière de la filmer, Hitchcock s'est inspiré du double rôle de Silvana Mangano dans Ulysse de Camerini, où elle incarne à la fois l'épouse Pénélope attendant patiemment son mari dans le quotidien prosaïque de sa maisonnée, et Circé la magicienne, personnage fantasmatique au possible. Silvana / Pénélope est brune, mais lorsqu'elle apparait en Circé, ses cheveux blonds platine crantés et l'éclairage vert lui confèrent une aura irréelle, onirique… que l'on retrouve dans la coiffure de Kim Novak et la lumière verte (le même vert exactement) qui l'éclaire également d'une aura mystérieuse et irréelle dans la chambre du motel… Le cercle du vertige de Vertigo n'est d'ailleurs pas sans rapport avec le cercle tracé par les magiciennes pour envoûter (le mot cercle et le nom de Circé ayant d'ailleurs des origines étymologiques communes).

Il est d'ailleurs intéressant de constater que juste après Vertigo, la même année, les mêmes James Stewart et Kim Novak ont de nouveau partagé la vedette d'une comédie fantastique (L'adorable voisine / Bell, book and candle) où un simple mortel un peu pataud s'amourache d'une sorcière qui l'envoûte… encore une fois associée à la même lumière verte. Faire appel au couple de Vertigo pour cette histoire de sorcière moderne avait été une évidence.

Tout cela pour dire qu'il est vain de reprocher un manque de vraisemblance quand les cinéastes s'aventurent volontairement sur le terrain de l'onirisme.


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De Impétueux, le 10 février 2015 à 21:42
Note du film : 2/6

Je demeure stupéfait de l'aura dont peut bénéficier Alfred Hitchcock dans la mémoire des cinéphiles, tout ça parce que l'équipe dirigeante des Cahiers du cinéma s'est emparée un jour des films de ce gros bonhomme à la lippe boudeuse et l'a promu au sommet du 7ème art. Je suppose que c'était dans l'esprit de François Truffaut et de ses épigones quelque chose comme un gag, comme si on avait, en France, mis Georges Lautner, cinéaste estimable et limité, au dessus de Julien Duvivier ou d'Henri-Georges Clouzot. Car, Psychose mis à part, qui a vraiment de la chair et de la substance, qu'est-ce que c'est que ce cinéma volontiers décoratif mais bourré de tics et d'obsessions puritaines ?

Sueurs froides est généralement considéré comme un pic de la création d'Hitchcock, son meilleur film avec Psychose, déjà cité et avec La mort aux trousses. Comme je suis plutôt bon zigue et que je ne demande pas mieux que d'abjurer mes aversions, si elles me sont compensées par des découvertes, comme l'idée de regarder un film tiré d'une histoire des maîtres du suspense, Boileau et Narcejac me disait assez, comme je jugeais James Stewart plutôt bon acteur, je me suis engagé dans cette pénible pantalonnade et j'y suis demeuré jusqu'au bout de deux interminables et répétitives heures.

Disons d'abord ce qui est convenable, ce qui sera plus vite fait : la musique, de Bernard Herrmann, quoiqu'un peu emphatique, se laisse écouter ; il y a ici et là, de beaux effets de composition d'images, élégants et colorés ; Barbara Bel Geddes qui interprète Marjorie Wood, la soupirante frustrée de John Ferguson/James Stewart, a du charme et de l'abattage.

Et c'est à peu près tout. L'histoire est atterrante d'invraisemblances et de niaiseries (ce coup de foudre improbable qui statufie les protagonistes, sans que la moindre approche de leur psychologie ait été engagée), répétitive et ultra prévisible ; le rythme des séquences est d'un poussif épuisant ; les obsessions sexuelles du gros Alfred Hitchcock une fois de plus exposées avec une complaisance qui frôle l'exhibitionnisme (ainsi lors du premier baiser des amants, les vagues frangées d'écume qui se brisent en arrière-plan : vous voyez ce que je veux dire ? ça m'a fait re-songer à une séquence d'un autre film où le baiser est suivi d'une image de train qui pénètre dans un tunnel). Et que dire des représentations absolument ridicules du cauchemar subi par James Stewart ? Il y a des moments où on se dit que ce qui pourrait amuser dans un film du type Cinéma de quartier n'est pas convenable en étant présenté comme un des sommets de l'écran.

Et puis l'épouvantable Kim Novak, blondasse bovine qui m'a fait irrésistiblement penser à une barre de Milka Suchard, dont l’œil vide et le jeu dénué de tout mystère plombent d'entrée ce récit trop lent, trop compliqué, trop théâtral qui n'eut, d'ailleurs qu'un succès public très mitigé.

Je signale, sur ce même film de discussion, l'excellent message de Droudrou du 30 mars 2007, qui démonte ironiquement les faux-semblants de ce faiseur d'Alfred


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