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Di Salvo


De Steve Mcqueen, le 12 avril 2017 à 21:06
Note du film : 5/6

Mille fois d'accord avec verdun et vincentp.

Une vertigineuse plongée dans la banalité du Mal et dans la psyché perturbée d'un homme ordinaire. Le procureur général Bottomly, interprété par un Henry Fonda tenace et intègre, met tout en oeuvre pour arrêter l'homme qui terrorise Boston au cours de l'année 1962, étranglant des femmes seules.

Fleischer livre un film froid comme un constat, sec comme un couperet. Dans la première partie, très documentaire, il utilise avec brio le split screen, cette technique qui divise l'écran en plusieurs parties, permettant ainsi de suivre plusieurs actions simultanées. Avec un soin exhaustif, il décrit les errements de l'enquête et la succession des coupables potentiels.

Le cinéaste joue aussi avec l'ellipse, faisant l'impasse sur les meurtres et renforçant ainsi le pouvoir suggestif de ces derniers. Ainsi la caméra subjective adopte à plusieurs reprises le point de vue du tueur, distillant un malaise palpable.

Mais c'est dans la seconde partie du film que Fleischer laisse éclater son génie, à partir de l'arrestation d'Albert DeSalvo (Tony Curtis), un modeste ouvrier sur lequel planent de sérieux soupçons. Homme travailleur et père de famille en apparence tout ce qu'il y a de plus banal, il est en réalité un homme à la psyché scindée en deux, un individu ordinaire gangrené par de profondes pulsions de sexe et de mort. Tout l'art du cinéaste réside dans la façon de montrer comment Bottomly va faire craquer DeSalvo, ou plus précisément pénétrer dans son inconscient et révéler la scission en lui.

Entre les cloisons blanchâtres et immaculées d'une cellule d'hôpital calfeutrée, Fleischer filme alors le duel entre les deux hommes, une guerre d'usure psychologique où Fonda érode peu à peu les défenses de Curtis, en l'amenant avec finesse à reconnaître et mettre des mots sur son trouble psychique.

Ce jeu d'échec mental est porté à bout de bras par l'interprétation saisissante de Tony Curtis, qui donne corps à un monstre attachant, qui donne à voir de façon éblouissante le Mal qui rôde sous l'écorce ordinaire d'un homme comme il en existe des milliers.

Fleischer continuera trois ans plus tard son exploration des dédales d'une psyché dérangée avec l'Etrangleur de Rillington Place.

Un fabuleux diptyque sur la folie dans ce qu'elle a de plus terrifiant, quand elle est dissimulée sous le vernis de la respectabilité et le glacis du quotidien.


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De vincentp, le 17 juin 2014 à 23:07
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu ce soir en blu-ray, proposant une image et un son de top niveau. L'étrangleur de Boston est sec, carré, brutal, dérangeant, et atypique, très représentatif du style et des thèmes de Richard Fleischer de la fin des années 1960 – début 1970 (L'étrangleur de Rillington place, Terreur aveugle,…). Fleischer ausculte au plus près les criminels et leurs victimes, les policiers qui enquêtent obstinément, et la société nord-américaine et ses déviances qui gravitent tout autour d'eux. Le cinéaste fait se succéder des plans courts, et des angles de prises de vue divergents…

… et emploie de façon brillante la technique du split screen, multipliant et confrontant les points de vue, visuels, psychiques. Une séquence -fabuleuse- présente le tueur dans un décor ordinaire de salon d'un appartement, assis impassible et silencieux, à coté d'enfants jouant à des jeux de leur âge. La bande-son cabalistique diffusée sur le téléviseur, liée à des événements d'actualité, agit de toute évidence sur la perception mentale de cette personne : les troubles mentaux de cet individu sont produits selon Fleischer au moins en partie par le cadre de la société qui l'environne.


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