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Le concept de réalité


De Impétueux, le 23 octobre 2017 à 22:54
Note du film : 4/6

Je suppose que c'est à peu près à ce moment-là, grâce aux ressources devenues disponibles des images numériques qui permettent de tordre et de multiplier la réalité, que le cinéma a entrepris de réaliser une osmose entre le jeu vidéo, qui faisait une apparition éclatante, et ce que nous avions connu, qui était plein d'ellipses, de non-dits et d'appel à la simple imagination. Il est alors entré dans un autre domaine. S'est greffée à l'innovation technologique, en soi presque aussi intéressante qu'avaient été l'apparition du parlant, puis de la couleur, une sorte de syncrétisme pseudo philosophique où se mêlent des références de toute nature et où chacun peut retrouver ses petits.

Toujours est-il que Matrix semble avoir durablement marqué la génération qui avait quinze ans à l'époque de sa sortie (qui est donc aujourd'hui trentenaire) et avoir déterminé aussi, par ses innovations, tout le courant du cinéma moderne qui s'adresse, dans des salles de mieux en mieux équipées en écrans gigantesques, en dispositifs sonores assourdissants et en on ne sait quoi bientôt (des odeurs qui se dégageront du sol ? des fauteuils qui vous palperont au moment opportun ?), à des publics venus s'éblouir dans un grand spectacle ahurissant.

Montage hyper rapide, atmosphère oppressante, tonalités verdâtres ou jaunâtres propres à filer le bourdon à un noceur invétéré, basculement entre lieux incertains, où la crasse paraît un élément de décor, abus des ralentis ; bientôt, comme dans les matchs de football, on disposera d'une multitude d'angles de vue de la même scène ;ça existe d'ailleurs sûrement déjà, la notion de spectacle ayant envahi à peu près l'espace depuis vingt ans (ou presque : Matrix date de 1999) et l’homo festivus de Philippe Murray ayant gagné la partie.

On ne peut pas dire pour autant que c'est médiocre ou insignifiant : il y a beaucoup de brio dans le chatoiement continu de l'action, des idées fort décoratives (ainsi les tenues vestimentaires des personnages rebelles opposés à la très stricte austérité costumée de leurs adversaires), une constante invention dans les scènes d'action, malgré leur finalement lassante répétitivité. On peut se gausser, aujourd'hui, de la ringardise un peu ridicule de ce qui pouvait apparaître comme des modernités absolues au tournant du dernier siècle : aspect pataud des ordinateurs, des téléphones portables, de tout ce qui est, en fait technologique : après tout comme disait la grande Gabrielle Chanel, la mode, c'est ce qui se démode et il est préférable de sourire sans méchanceté devant ce fatras un peu lourdingue. on peut en revanche assez fort jubiler à des prouesses de réalisation, à des séquences très spectaculaires, à des idées angoissantes (les pieuvres métalliques dévoreuses de la chair du métal).

Mais tout cela entoure une pseudo philosophie pour classes terminales, où la pesanteur scientiste s'est tellement emparée du monde que seulement quelques révoltés essayent de lutter contre la disparition de l'humain, c'est-à-dire du faillible. Mixons avec ça un appel aux espérances messianiques de la survenue de L'élu dont le charisme et les pouvoirs, qu'il ne soupçonne pas d'emblée lui-même, feront une sorte de Messie, dénonciation d'une camarilla occulte qui s'est emparée du Pouvoir (en tant que tel objet d'une révolte espérée), appel aux théories les plus fumeuses de l'escamotage de la réalité (on a même, à propos de Matrix, cité Platon et le mythe de la caverne)…

Ce mélange d'images spectaculaires, de combats de kung fu et d'un scénario fuligineux est plutôt bien maîtrisé, au demeurant. la distribution est excellente : Néo L'élu (Keanu Reeves) semble ne rien comprendre à ce qui lui arrive pendant deux heures ; Trinity (Carrie-Anne Moss) est tout à fait séduisante dans ses tenues de vinyle noir au bonheur des fétichistes mais personne ne sait d'où elle vient et comment elle en est arrivée là ; Morpheus (Laurence Fishburne) a un physique étonnant et une présence massive qui le dispensent d'expliquer davantage son rôle.

D'ailleurs tout le monde s'en tamponne le coquillart : on est venu voir de la baston et des lignes de code vertes qui défilent. On est largement servi.


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De Mad Max, le 28 août 2005 à 16:20

Voilà quelqu' un de bien…T' as raison boy, Matrix est une véritable me…C' est effarant de voir à quel point le cinéma perd en qualité. La faute à tous ces abrutis qui se grattent les testicules en mangeant des chips, affalés sur le canapé tout en s' émmerveillant des effets spéciaux minables de ce genre de daube. Les vrais cinéphiles: allez voir Dark City, c' est un VRAI film.


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