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Forum : La Vengeance est à moi

Sujet : Critique


De dumbledore, le 13 janvier 2006 à 13:13
Note du film : 4/6

Le réalisateur japonais Shohei Imamura fait sans aucun doute partie des cinéastes contestataires, qui aiment à taper fort sur un sujet qui fait mal. Le grand public connaît de lui surtout La Ballade de Narayama qui valût à son réalisateur la Palme d'Or à Cannes et plus récemment L'anguille.

Cependant cela fait de nombreuses années que le réalisateur développe le même sens critique, et cela dans des films tout aussi passionnant. C'est le cas de La vengeance est à moi.

L'histoire commence par la police qui débarque sur deux scènes de crime. Ils découvrent deux assassinat très violents, presque sauvages. Les deux crimes semblent être commis par le même homme que la police ne tarde pas à arrêter. Il s'agit de Iwao Enokizu, un homme qui semble passer inaperçu. La police tente de cerner la personnalité de cet homme, un tueur en série. Pour se faire, des policiers se mettent à enquêter sur ceux qui ont pu croiser Iwao.

Par flash back, nous découvrons son passé et comprenons peu à peu comment Iwao est devenu un tueur en série.

Il est clair que ce qui intéresse Shohei Imamura n'est pas de brosser le caractère et les complexités d'un tueur en série. On n'est pas vraiment ici dans l'analyse psychologique mais dans l'analyse sociologique. Ce que nous apprenons d'Iwao comme explication de sa perversité provient essentiellement de son enfance, une enfance à haute valeur symbolique dans l'histoire même du Japon. On apprend ainsi qu'il est d'une famille chrétienne, qu'un des souvenirs les plus marquants de l'enfant, réelle chute originelle du père, est celui qui met en scène un face à face entre le père et un officier de l'armée impériale en 1944. Le père s'est montré lâche, non réactif face à l'affront du militaire. La révolte est née à ce moment et dure toute l'enfance. Cette fois, ce n'est plus la société nippone dans son ensemble qui est visée par Shohei Imamura mais la famille, prisonnière de valeurs chrétiennes qu'elle n'arrive pas à mettre en pratique, transformant du coup le discours moral en discours hypocrite.

Le film a aujourd'hui un peu de rides. Non pas dans la mise en scène qui préfigure la violence urbaine mais aussi visuelle de réalisateurs japonais à venir comme Johnny To ou bien encore le Kinji Fukasaku de Battle Royal. Les scènes de deux meurtres sont ainsi particulièrement crues et violentes. Non, si le film a vieilli c'est surtout dans la dénonciation qu'on sent un peu facile et artificielle dans son manque de nuance et de contradictions. Le monde critiqué par Shohei Imamura (la famille notamment) est entièrement noire, sans que des nuances ou des contradictions (pourtant existantes) ne soient montrées.


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De vincentp, le 15 mai 2010 à 23:24
Note du film : 5/6

Imamura montre effectivement une société névrosée, peu sympathique, ne pratiquant guère de solidarité entre ses membres. La mise en scène est de grande qualité. Le caractère elliptique de cette histoire renvoie aux zones d'ombres du personnage. Contrairement à Dumbledore, je ne pense pas que ce film très noir ait énormément vieilli. Au contraire, il me semble encore très moderne. Il est intéressant de comparer ce récit avec Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa. Les policiers sont montrés par Imamura comme enquêtant de façon désordonnée, non rationnelle, et brutale : ce cinéaste manifeste une forte défiance vis à vis des institutions, lesquelles participent à la construction d'un esprit dérangé.


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