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Sujet : Si parfait que ça ?


De Gaulhenrix, le 24 avril 2003 à 19:18
Note du film : 4/6

En 1963, deux prisonniers s'évadent et prennent en otage, dans leur fuite, un jeune garçon, Phillip. Un inspecteur, Red Garnett (Clint Eastwood), est chargé de retrouver les prisonniers mais il doit tenir compte d'une psychologue en affaires criminelles, Sally gerber (Laura Dern), et d'un tireur d'élite du FBI, cependant que le gouverneur se mêle de son enquête pour des raisons politiques (il est vrai que le Président Kennedy doit de rendre à Dallas le lendemain).

Le film s'ouvre – et s'achève – sur le plan paisible du corps d'un homme allongé dans l'herbe d'un frais vallon sous un soleil lumineux (en une sorte d'illustration visuelle du poème de Rimbaud, Le Dormeur du val).

L'un des deux prisonniers se retrouve très vite seul en compagnie de l'enfant et la situation des deux personnages, d'emblée, est d'un grand intérêt. C'est qu'en effet l'évadé, comme l'enfant, ont un point commun : élevés par leur mère, ils ont peu connu leur père qui les a délaissés. Mais, à l'inverse, ces mères sont bien différentes : celle de Butch était une prostituée tandis que celle de Phillip est témoin de Jéhovah. On comprend, d'autre part, que l'enfance de Butch, difficile, fit de lui un homme avant l'âge et écourta d'autant son enfance, alors que Phillip vit dans un univers protégé, brimé par des interdits religieux.

Aussi Butch va-t-il pousser Phillip à s'émanciper tout en le protégeant, comme le ferait un vrai père. De son côté, Phillip contraint son ravisseur à retrouver son enfance et une innocence qu'il avait perdues ; bref, à s'humaniser.

Autrement dit, la cavale va devenir, pour tous les deux, une sorte de parenthèse en forme de vacances. Le film est d'ailleurs attachant en ce qu'il offre un savoureux mélange de tons : tour à tour dramatique, humoristique et émouvant, il révèle tout le talent du réalisateur Clint Eastwood. Et cette rencontre inattendue entre un délinquant en cavale dont l'enfance fut saccagée mais porteur de l'espoir fou de retrouver son père (dont il conserve une lettre qui l'invite à le rejoindre en Alaska) et un jeune garçon en mal de père, accouche d'un film beau, c'est-à-dire qui exprime avec noblesse, pudeur et émotion tout ce qui habite le cœur des hommes.

L'allusion initiale à la visite de Kennedy à Dallas – et la fin du « rêve américain » que son assassinat, pour beaucoup, sanctionna – est sans doute à mettre en correspondance avec la fin du film qui marque, elle aussi, la fin de l'innocence et le gaspillage que représente toute vie abrégée.


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De Pigeon Lane, le 24 avril 2003 à 19:30

D'accord avec ta critique, mais il me semble que le film aurait été meilleur en se focalisant sur Costner et le petit garçon et en oubliant carrément l'intrigue parallèle sur ses poursuivants. L'épisode Eastwood (absent) et Laura Dern (qui n'a jamais été pire) est plaqué et inutile, ralentit le film. Je suis certain que si le rôle n'avait pas été tenu par Eastwood, il aurait été bien plus en retrait. A l'époque, ça faisait une belle affiche, c'est sûr, mais au résultat, "Un Monde parfait" est un demi chef-d'oeuvre.


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De Gaulhenrix, le 25 avril 2003 à 00:06
Note du film : 4/6

À la réflexion, la seconde intrigue me semble justifiée dès l'instant qu'elle oppose l'univers des apparences sociales (regard ironique porté sur le fonctionnement, cahin-caha, de la société et de ses représentants légaux qui sont autant de caricatures, voire des fantoches : Red, Sally, le tireur du FBI, le Gouverneur) à la vérité intérieure des êtres authentiques (Butch et Philip). Cette structure en contraste exprime même l'ironie du propos et prépare ainsi la fin révoltante et injuste précisément lorsque ces deux mondes antinomiques finissent par se rencontrer.

La présence de ces deux intrigues parallèles favorise aussi un mélange des tons bien venu : de l'humour noir satirique dans la peinture des uns à l'émotion vraie dans la présentation empathique des autres.


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De Pigeon Lane, le 25 avril 2003 à 09:31

Tes arguments sont tout à fait valables. Dans ce cas, si mon malaise subsiste, c'est sans doute à cause de la présence d'Eastwood lui-même dans ce rôle ingrat et très éloigné de sa mythologie. Ce personnage de shérif mal embouché semblait écrit pour un acteur style Wilford Brimley ou Richard Farnsworth, Eastwood semble trop grand pour ce rôle-là et il n'est vraiment pas fait pour "servir la soupe" à quiconque. Et quoiqu'on dise, c'est le film de Kevin Costner. Son dernier grand rôle, peut-être…


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De droudrou, le 13 avril 2007 à 23:22

Mais, pour moi, il manque toujours quelque chose à ce film et qui justifierait, en plus, son titre ! Costner comme Eastwood sont des gens capables mais, parfois, il est des sujets (et ils ne sont pas les seuls) où un autre serait peut-être meilleur ou, à réfléchir, voir à la fin du film si tout est réellement bon et conforme au projet…


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De Gaulhenrix, le 14 avril 2007 à 00:42
Note du film : 4/6

Le film justifie pourtant bien l'ironie et la dérision du titre…


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De Impétueux, le 26 mars 2015 à 16:35
Note du film : 4/6

On a tellement parlé de Clint Eastwood à propos d'American sniper, qui ne vaut pourtant pas grand chose, que je me suis un peu renseigné sur lui et j'ai découvert avec effarement qu'il bénéficiait sur Wikipédia d'une page de longueur inhabituelle et qu'il avait tourné déjà 34 films. Je ne l'avais bien en tête que comme interprète des premiers westerns de Sergio Leone et ne me souvenais pas vraiment de lui comme réalisateur.

À lire son impressionnante filmographie, je me suis aperçu que j'avais vu deux ou trois de ses œuvres mais qu'elles m'avaient fait autant d'impression qu'un rappel à la Loi sur le comportement d'une racaille multirécidiviste.

Il n'est de bonne lacune qui ne se comble. Après tout, pourquoi, à un âge avancé serais-je incapable de parcourir une nouvelle route ? Je me suis mis à Faulkner il n'y a pas dix ans : tout espoir demeure permis !

D'autant qu'Un monde parfait n'est pas du tout inintéressant. Certes, j'ai toujours du mal à entrer dans ces histoires étasuniennes où cohabitent des polices particulières, bien plus divisées qu'en France par leurs statuts locaux. Entendre deux ou trois fois exprimé le souhait que le criminel atteigne vite les frontières du Texas pour qu'on puisse se laver les mains de la suite me stupéfiera toujours : bizarrerie d'une fédération d'États…

Voilà qui est mineur. J'ai trouvé aussi qu'Un monde parfait était tout de même trop long de vingt bonnes minutes.

Eastwood aurait pu grappiller ces minutes-là en évitant d'introduire dans son récit Sally Gerber (Laura Dern, pourtant excellente) qui m'est apparue comme une pâle imitation de Clarisse Starling (Jodie Foster) du Silence des agneaux. On ne voit pas trop à quoi sert ce personnage sinon à faire un peu tourner la tête du valeureux Ranger Red Garnett (Eastwood himself) et à lui faire cracher une singulière histoire compliquée qui prétend expliquer pourquoi et comment Butch Haynes (Kevin Costner) est devenu un dangereux criminel.

C'est d'ailleurs ce tueur friable et fragile qui est l'intérêt principal du film, moins sa cavale désespérée et pourtant burlesque dans les fort laids paysages du plat Texas que la relation compliquée qui s'établit entre lui et le petit garçon Philip Buzz (T.J. Lowther ). L'attachement graduel qui naît entre le voyou né dans un bordel et le gamin confit chez les redoutables Témoins de Jehovah est présenté avec une grande finesse. Cette crédibilité est le meilleur atout du film.

Pour que mon opinion soit rehaussée, il aurait fallu que toutes les scènes aient la même implacable tension que celle qui s'installe avec le couple de vieux planteurs noirs, bons comme le pain qu'on craint vraiment de voir assassinés ; qu'il y ait moins de scènes burlesques, à coup de bagnoles lancées n'importe comment et que la scène mortelle finale soit moins longuette et inutilement mélodramatique ; là, ça manque carrément de subtilité.

Mais j'ai néanmoins envie de voir d'autres films d'Eastwood ; c'est déjà bien.


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