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Sujet : Roubaix une lumière


De poet75, le 25 avril 2022 à 21:18
Note du film : 6/6

Au début du film, il y a la nuit, mais pas n’importe quelle nuit, puisque c’est celle de Noël. Les guirlandes qui scintillent dans les rues de Roubaix semblent cependant bien dérisoires. Ont-elles le pouvoir de dissiper un tant soit peu la disgrâce de la ville réputée la plus pauvre de France ? 46% des habitants y vivent sous le seuil de pauvreté. C’est là, cependant, dans cette ville où la misère sociale et humaine est omniprésente, ville où lui-même est né, qu’Arnaud Desplechin a entrepris de chercher de la lumière. Ou, plutôt, une lumière, comme l’indique le titre. Il s’inscrit ainsi dans une veine, parfois exploitée, dans le genre du film noir, y compris à l’époque de son âge d’or, durant les années 40 et 50. Un film comme La Maison dans l’Ombre (On dangerous ground – 1952) de Nicholas Ray en est l’exemple parfait. Dans une histoire de violence très sombre intervient un personnage porteur de lumière, le paradoxe étant, dans le film de Ray, qu’il s’agit d’une femme aveugle jouée par la sublime Ida Lupino.

Mais revenons au film d’Arnaud Desplechin, qui s’est lui-même inspiré d’un documentaire de 2008 intitulé Roubaix, commissariat central, documentaire au cours duquel on pouvait voir deux femmes qui, pressées de questions par les policiers, passaient aux aveux, admettant avoir commis le meurtre d’une personne âgée. Tous les éléments de ce documentaire, dans lequel il est également question, entre autres, d’un incendie criminel, de la fugue d’une jeune fille mineure et d’un viol dans le métro, se retrouvent dans le film de Desplechin. Du coup, on peut légitimement se demander s’il était vraiment utile de faire jouer à des acteurs les rôles de ces personnes bien réelles. La réponse est oui, ne serait-ce qu’à cause de l’intention affichée dans le titre du film, chercher une lumière là où il semble impossible d’en trouver, de quelque ordre que ce soit.

Nul besoin pour Arnaud Desplechin de mettre en scène les crimes, il lui suffit de quelques plans pour placer en évidence la sordidité des lieux où se traînent des vies sans le moindre espoir d’un avenir meilleur. C’est là que, enquêtant sur un incendie criminel, les policiers se trouvent en présence d’un couple de deux femmes dont on devine aussitôt, rien qu’à leur aspect, qu’elles ne connaissent que la misère. Claude et Marie sont interprétées de manière persuasive par Léa Seydoux et Sara Forestier. Interrogées d’abord parce qu’elles sont voisines de l’immeuble incendié, elles deviennent progressivement suspectes, non seulement d’avoir provoqué l’incendie mais également d’avoir tué, pour lui dérober ses quelques biens, la femme âgée qui y résidait et dont on a fini par retrouver le cadavre.

 

Or, parmi les policiers qui interviennent au cours du film, il en est deux qui se détachent : le commissaire Daoud (joué par l’excellent Roschdy Zem) et Louis (Antoine Reinartz), l’un de ses lieutenants. La grande idée d’Arnaud Desplechin, c’est de les avoir conçus de façon complémentaire. Le second, Louis, quelques plans rapides nous font savoir qu’il est croyant. Il a certes rejeté, à l’époque où il devait faire sa première communion, un appel au sacerdoce, mais un plan très fugace nous le fait voir en train de prier, demandant à Dieu la force du pardon. Or cet homme qui prie, lorsqu’il exerce son métier de policier, n’en reste pas moins un enquêteur comme les autres, prompt à s’énerver, à crier, à s’emporter, voire à menacer, quand il est en présence des supposées coupables qu’il s’agit d’interroger. À contrario, Daoud, lui, se distingue invariablement par sa patience, sa prévenance et sa douceur. Dès qu’il est là, quelque chose change. Lui qui n’est pas présenté comme quelqu’un de croyant, quand il apparaît, c’est comme s’il portait avec lui la lumière. En somme, l’on a affaire deux hommes dont l’un est un croyant sans la grâce et l’autre un sceptique porteur de grâce.

Pour la première fois dans son parcours de cinéaste, Arnaud Desplechin aborde le genre du film noir, ou du polar, et il le fait avec un indéniable talent. Captivant, le film, sans jamais céder au voyeurisme, n’occulte rien ni de la misère sociale ni de ses terribles conséquences. Deux filles paumées, exclues, sans avenir, assassinent une pauvre vieille. Le commissaire Daoud fait son boulot de policier mais il a bien perçu que ces filles-là, si elles sont coupables, sont aussi et d’abord des victimes.


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De Impétueux, le 20 octobre 2022 à 13:03
Note du film : 1/6

Incroyable ! J'ai été effaré de constater que Roubaix, une lumière était déjà le quatrième film d'Arnaud Desplechin que je regardais. Le réalisateur en a tourné quatorze et j'en ai donc vu plus d'un tiers alors que tout, dans le personnage du réalisateur, notamment son adulation pour les délinquants sans-papiers me fait horreur ! Qu'est-ce qui me prend donc de ne pas fuir absolument tout ce que tourne un type si éloigné de moi par toutes ses orientations ? Peut-être, tout simplement, son talent de tourneur d'images qui fait que, malgré que j'en aie, je ne peux pas trouver absolument abominables Rois et reine, Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) ou Tromperie.

En ressentant toutefois, à chacune de ces découvertes, une grande quantité de ce que je ne peux pas appeler autrement qu'ennui. Voilà le mot lâché. La charge la plus lourde de la condition humaine, comme dit Jean Giono ; j'exagère un peu, l'ennui gionien conduisant aux pires extrémités (celles d'Un Roi sans divertissement), celui de Despléchin n'amenant qu'à la sensation d'avoir bêtement perdu deux heures de sa vie, ce qui n'est pas rien, pourtant.

Pas à dire, Roubaix, une lumière, c'est bien interprété et bien filmé, rien à reprocher. On sent la patte (et la pâte) d'un cinéaste de talent qui sait capter des images et diriger des acteurs. On est d'autant plus agacé qu'avec de telles qualités, le réalisateur n'aboutisse qu'à un gros gâteau indigeste qu'on n'a aucune envie d'apprécier.

Des films sur la routine policière, sur la sinistre, malodorante, accablante mission des éboueurs de la société, il y en a des centaines et davantage. Depuis peu de temps finalement le regard se porte tout autant sur le quotidien un peu minable des commissariats qu'il n'allait naguère sur les as de l'élucidation des crimes obscurs et sur l'arrestation des pires malfrats. Et donc, à Roubaix, une des villes les plus pourries de notre France, alors qu'elle en a été jadis une citadelle industrielle, il y a, vague petite clarté dans la saleté, une équipe d'hommes qui luttent. Équipe dirigé par Yacoub Daoud (Roschdy Zem), issu de la cité, qui y est demeuré. Dans l'équipe du commissaire arrive Louis (Antoine Reinartz) jeune policier catholique, idéaliste, un peu incertain sur le métier qu'il a choisi.

Les affaires désolantes se succèdent, la triste eau grise quotidienne, si pénible à voir s'écouler, impossible à étancher. Si le film s'appelle aussi une lumière c'est sans doute aussi parce que le poste de police est le seul endroit où, nuit et jour, brûle une lampe, où on peut venir dire ses malheurs, jusqu'à en inventer, pleurer sur sa vie dévastée, tenter de fuir un destin complétement déterminé et absolument odieux.

Un soir de Noël, incendie dans une courée. Qu’est ce que c’est que ça ? Une ou deux rangées de petites maisons basses dans une ruelle privée à laquelle on accède par un passage étroit. Beaucoup de courées sont très étroites donc assez sombres me souffle Wiki. Enquête de voisinage. Deux filles marginales, alcooliques, droguées, qui habitent ensemble, Claude (Léa Seydoux) et Marie (Sara Forestier) sont entendues.

Un peu plus tard est découvert dans la courée le cadavre d'une vieille dame, étranglée sur son lit. Les deux voisines sont évidemment tout de suite suspectées. Parce que les évidences ne trompent que rarement. Et au bout d’un interrogatoire infiniment moins puissant que celui de Garde à vue, les aveux déferlent.

Je l’ai dit, Roschdy Zem est très à l’aise dans le rôle du policier calme, consciencieux, mais sceptique sur l’Humanité et conscient qu’il ne parvient pas à vider les écuries d’Augias qui débordent de plus en plus de fange et de sanie. Et Léa Seydoux parvient à se rendre presque laide et rebutante ce qui, à mes yeux, est une belle performance.

Mais, malgré les belles tristes images quelquefois oniriques, malgré la distribution, Roubaix, une lumière est un film sous-alimenté, atone, asthénique. Le cinéma n’est pas là pour capter la réalité, dans l’ennui pesant de sa quotidienneté (ceci est le rôle du documentaire), mais pour peser la réalité dans l’esprit du spectateur ; ça n’a rien à voir.


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De droudrou, le 21 octobre 2022 à 08:24

10 minutes m'ont suffi pour lâcher prise !


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