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Sujet : Le pays du matin calme et des égouts qui débordent


De Impétueux, le 29 février à 15:48
Note du film : 4/6

Aux premières images, on se croirait un peu dans Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola, au milieu de la crasse, de la boue, des rues défoncées. Une famille coréenne entassée dans un demi sous-sol minable, qui survit tant bien que mal en pliant des cartons de pizzas. Mais en fait ce n'est pas ça. Les deux enfants, le garçon Ki-woo (Choi Woo-sik) et la fille Ki-jung (Park So-dam) ne sont pas des débiles légers et auraient presque pu entrer à l'Université. Et même le père Ki-taek (Song Kang-ho) et la mère Chung-sook (Jang Hye-jin) ne sont pas dépourvus d'intelligence et de qualités. Mais la survie est dure et les perspectives minables, surtout dans une société aussi clivante et sans pitié que la société coréenne, vouée toute entière à l'exaltation de la réussite sociale et donc à l'esclavage de ceux qui ne peuvent pas monter dans le train de la prospérité.

Très fortuitement, Ki-woo le fils trouve un emploi de répétiteur d'anglais de Da-hye (Jung Ziso), la fille adolescente du riche couple Park : Dong-ik le père (Lee Sun-kyun), Yeong-yo la mère (Yeo-jeong Jo) qui habitent une magnifique et glaciale maison d'architecte avec leur jeune fils un peu fatigant Da-song (Jung Hyeon-jun). Le père est un homme d'affaires très occupé, la mère une oiselle gracieuse et un peu futile. Vit avec la famille une gouvernante stylée, laborieuse et efficace Moon-gwang (Lee Jeong-eun ) qui était déjà dans la place avec l'architecte concepteur, avant l'arrivée des Park.

La première partie de Parasite est absolument jubilatoire, suite de ruses, de coups de chance et de culot. Sans scrupule les Ki s'insinuent au milieu des Park en profitant des failles ouvertes en faisant embaucher Ki-jung comme art-thérapeute du gamin difficile Da-song et en évinçant le chauffeur et la gouvernante pour s'y substituer. C'est malicieusement horloger, intelligemment construit et presque fatidique. Il y a une sorte de prise de possession par des envahisseurs insidieux d'un territoire tranquille et on sent évidemment que ça ne va pas se terminer sur la seule tonalité de la bonne affaire que réalisent les Ki, sortis de leur mouscaille et désormais bien rémunérés. Viennent un instant à l'esprit The servant de Joseph Losey ou Théorème de Pier-Paolo Pasolini, mais ça n'est pas du tout ça : il n'y a pas de prise de possession des uns par les autres.

Alors que la famille Park est partie pour le week-end, la famille Ki se retrouve dans la maison pour célébrer sa réussite et se réjouir de duper avec tant d'habileté ses riches employeurs. Tout le monde boit beaucoup mais tout le monde est interloqué lorsque sonne au portail sécurisé l'ancienne gouvernante revenue, dit-elle, pour récupérer un objet oublié. Le film quitte alors le sillon qu'il suivait et va peu à peu se déchaîner dans d'autres directions.

Il n'est pas absolument nécessaire ou opportun de narrer la suite si ce n'est, sans doute que, dépités par la pluie battante qui ne cesse de tomber sur la Corée, les Park reviennent inopinément. On songe alors à d'autres orientations que pourrait prendre le film, notamment l'évidence apparente de l'assassinat des riches par les pauvres, comme dans La cérémonie de Claude Chabrol. Voilà en tout cas qui aurait satisfait ma rationalité occidentale. Mais Bong Joon-ho est le remarquable représentant du cinéma d'une étrange contrée lointaine, très loin de nos repères et de nos codes : la deuxième partie du film va s'éloigner de tous nos sentiers battus.

Je dois dire que j'ai bien moins accroché à cette deuxième partie, que j'ai trouvée farfelue, rocambolesque et outrancière, même si je lui reconnais de belles qualités visuelles et un sacré sens du rythme (ainsi la course éperdue de la famille Ki dans le Séoul misérable où déferle l'orage et où les égouts débordent). Mais le réalisateur ne sait pas s'arrêter et a besoin de tout expliquer au spectateur. De là un bon quart d'heure de trop, le dernier, très américanisé, donc très artificiel.

Cela dit et même si je ne suis pas certain que Parasite demeurera dans les mémoires autrement que comme un film habile, trop habile et si je préfère, du même réalisateur, Memories of murder, plus sec, plus maigre, plus vigoureux, j'ai bien apprécié cette plongée dans ce curieux pays pluvieux, incertain, lointain, un peu inquiétant mais sûrement plein de qualités bizarres.


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