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L'orgie pour toutes les bourses


De Impétueux, le 18 novembre à 19:42
Note du film : 3/6

Premier film professionnel d'un réalisateur très atypique, dérangeant, déplaisant, dégoûtant même, mais nullement insignifiant, David Cronenberg, qui montre là à la fois, déjà, ses grandes qualités et ses immenses défauts, Frissons souffre tout de même un peu d'inexpérience. Cronenberg pose d'emblée ses propres obsessions, ses codes, ses fantasmes et y entraîne un spectateur complice. Complice jusqu'à un certain point, il est vrai : trop de plans, trop de personnages dont les vaticinations ne sont pas contrôlées, trop de répétitions, trop d'évidences facilement repérées par le spectateur, trop d'images facilement répugnantes, trop de sang, trop de bave.

Je ne suis pas très féru de Cronenberg et j'ai bien du mal à le suivre, le plus souvent. Cinéaste du crado, des situations qui soulèvent le cœur, des glaires et des gluances. Je ne crois pas que j'aimerais être contraint de cohabiter avec lui, ses obsessions et ses fantasmes : il est profondément malsain et, comme ses écrivains admirés, en premier lieu William Burroughs, il dérange, choque, amène jusqu'à un certain degré de dégoût. Pourtant il parvient à intéresser et, davantage, à fasciner.

Frissons concentre, en une parfaite unité de lieu (une résidence assez chic de la banlieue de Montréal) une histoire glaçante et pertinente. Un de ces médecins fous qui sont une des gloires des fictions romanesques, le docteur Emil Hobbes (Fred Doederlein) a conçu, avec son collègue le docteur Rollo Linsky (Joe Silver ) une sorte de procédé intelligent, concurrent au business des greffes d'organes. Il s'agit d'introduire à l'intérieur des corps humains un parasite susceptible de remplacer le fonctionnement défectueux d'un organe, en se nourrissant pauvrement de quelques éléments vitaux.

Sur le papier, ça marche du tonnerre. Mais le docteur Hobbes, animé par une sorte d'idéologie primitive, juge que l'Humanité civilisée a perdu toute flamme, en oubliant au passage de porter au plus haut la pulsion sexuelle. De ce fait, le parasite ingéré aura pour objectif de détruire toutes les limites et les restrictions et de lancer l'Humanité dans la voie d'une sorte d'orgasme perpétuel, débarrassé des contraintes de toute nature.

Comme de juste, l'expérience échoue. À vrai dire on ne comprend pas vraiment pourquoi le docteur Hobbes décide de sacrifier son premier cobaye, la jeune Annabelle (Cathy Graham) puis de se suicider sur son corps dénudé. Sans doute aurait-il pu avertir ses contemporains des conséquences de ses rêveries prométhéennes. Car à partir de ce moment, le Mal court. Tout l'immeuble, conçu comme une sorte de thébaïde bien élevée, va peu à peu être contaminé par l'invasion des parasites. Parasites qui revêtent l'apparence absolument répugnante de grosses sangsues sanguinolentes qui s'insinuent absolument partout, contaminent peu à peu les habitants de la résidence et finissent par l'emporter. Le docteur Saint Luc (Paul Hampton), dernier à lutter contre l'emprise des zombies érotomanes sera le dernier à succomber, mais il y passera lui aussi. Et les dernières images, après une sorte d'orgie débridée, seront celles des habitants de la résidence, (la Starliner tower) partir, gais et contents pour diffuser, d'abord à Montréal et sans doute ensuite dans le monde entier, la bonne parole de totale liberté sexuelle. Du point de vue de Cronenberg, alors très imprégné de la contre-culture californienne, le film s'achève donc sur un déconcertant happy end.

Bien que le filmage soit encore assez artisanal, ça marche assez bien. Sans doute comme dans tout ce qui est filmé dans un espace restreint, revient-on, repasse-t-on continuellement dans les mêmes lieux et avec les mêmes physionomies. Sans doute pressent-on bien à l'avance toutes les péripéties morbides, glaçantes, effrayantes de la contamination : on sait bien que, comme dans Zombie, la masse des malades va parvenir à traquer, à emprisonner le dernier résistant : ce sont là des exercices presque obligés du genre. N'empêche que c'est déjà très bien fait, en tout cas nullement négligeable.


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