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La grande solitude du vide


De Impétueux, le 5 mai à 18:45
Note du film : 0/6

Je comprends assez qu'on puisse être un peu révulsé par le cinéma de Bruno Dumont, qui est si grinçant et bizarre qu'il fait tout pour se rendre désagréable. Je n'ai pas vu grand-chose de lui, à part La vie de Jésus et Ma loute, films l'un et l'autre situés, ancrés dans le Nord, taraudés par le vent perpétuel et la lumière grise des Flandres et de l'Artois ; une sorte d'inverse absolu avec ce qu'ont pu donner jadis et naguère, Marcel Pagnol (hors Marseille) et Jean Giono, même si les films du Midi portent souvent autant de désespérance et de pesanteur. Seulement, c'est avec une autre atmosphère, un autre soleil, brûlant ici, à peine frémissant là.

Twentynine palms est un film d’un ennui et d’une vacuité rares qui montre l’errance d’un couple dans les solitudes moches du désert californien, on ne sait trop où. David (David Wissak) est américain ; il se peut que Katia soit française, ils parlent dans les deux langues, elle avec un fort accent russe : c'est normal puisque c'est l'actrice Katerina Golubeva, beau brin de fille au demeurant. Qu'est-ce qu'ils font dans ce paysage de poussière et d'aridité ? Il semble que lui, photographe, cherche des sites sauvages pour faire poser son modèle. Mais ce n'est pas dit explicitement.

Ils roulent et, quand ils s'arrêtent, font l'amour. Il me semble que rien n'est plus lassant au cinéma que des images de coïts quand elles ne sont pas justifiées par la progression de l'intrigue. Donc on voit beaucoup le couple s'envoyer en l'air, dans sa chambre, dans la piscine du motel où il loge ou en pleine nature. Les échanges autres que physiques sont réduits au minimum ; de temps en temps une dispute, une tentative de séparation, une réconciliation sur l'oreiller.

J'ai songé à cette phrase délicieuse de Geoffrey Chaucer, l'auteur, vers 1400, des salaces Contes de Canterbury (plutôt mal traités par Pasolini soit dit en passant) : Ils ne savaient pas d'où ils venaient, ils ne savaient pas où ils allaient mais inlassablement ils discutaient de l'itinéraire. En fait David et Katia ne discutent même pas : ils roulent et ils baisent. C'est très répétitif pour un film de deux heures.

Écrivant cela, je m’en repends tout de suite ; à tout le moins j'ajoute un gros bémol : le dernier quart d'heure du film bascule sans raison dans la violence et la saleté les plus extrêmes. Sans raison ? Peut-être simplement parce que Bruno Dumont doit bien conclure et qu'il ne peut le faire sur une nouvelle partie de jambes en l'air : autant faire dans l'immonde : les deux jeunes gens qui roulaient tranquillement sur une route désertique sont rejoints et éperonnés (si je puis dire) par une voiture encore plus agressive que leur massive Hummer et forcés de s'arrêter. Pour être violemment agressés par un trio de bêtes sauvages dégénérées (un peu comparables à celles qui font le charme de Délivrance de John Boorman) dont l'une (des bêtes) sodomise violemment David mais dont on n'est pas certain que les deux autres (qui ont dénudé Katia) la violent vraiment. Ou alors un tout petit peu.

De plus en plus de flou narratif : après l'horreur, le couple est de retour au motel. Désemparé, accablé, incapable de réagir à quoi que ce soit. Puis David se précipite sur Katia et la larde de dix ou douze coups de couteau. Mais la dernière image est celle du corps nu et démantibulé de David dans le désert et la police qui fait ses constatations. Cauchemar ? Réalité ? Fantasme ? Autre chose ? V a savoir…

Ah ! J'ai écrit que le désert est d'une immense laideur ; sauf un certain chaos de rochers spectaculaire et très impressionnant et beau où nos héros font l'amour, pour changer


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