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Monument classic !


De vincentp, le 23 juin 2017 à 20:04
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Oeuvre revue sur grand écran dans des conditions optimales (copie numérique, son digital, écran 8*13 mètres). Cela doit être la dixième vision de cette oeuvre en ce qui me concerne, mais comme tout classique, il est possible d'en découvrir de nouvelles facettes à chaque séance. Aujourd'hui, je me suis rendu compte que Ford utilisait à plusieurs reprises les mêmes décors (notamment le plan d'eau situé devant la ferme des Jorgensen). Monument Valley, situé dans la réalité en Arizona et Utah, sert de toile de fond à des paysages censés exister au Texas et au Nouveau-Mexique… Au diable, la réalité géographique ! La verticalité des décors naturels est exploitée à de nombreuses reprises de façon magistrale. "Martin Pawley" semble disposer d'une très haute stature, quasi-divine, au sein de la faille naturelle qui lui sert de refuge. On dirait une scène biblique. La gestion des personnages et leur entrée en scène sont l'oeuvre d'un grand maître : les premières séquences avec Vera Miles ("Laurie") sont tournées lors de l'enterrement des Edwards. Laurie n'y fait qu'une apparition discrète, à peine visible. Elle surgit du second plan de cette histoire lors du retour de "Ethan" et "Martin" pour occuper alors un rôle pivot dans cette histoire. Sa prestation est magistrale. Comme celle de Ward Bond, superbement employé, dans le double rôle du capitaine et du révérend. Bond et Miles trouvent là l'un des meilleurs rôles de leur carrière, à mon avis l'un des plus marquants.

Dixième vision et la perception d'une dimension qui m'avait échappé jusqu'à présent : une mélancolie sous-jacente et omniprésente. Il est question du temps qui passe (nombreuses références au calendrier qui s’égrène, aux décès des proches situés dans le passé). Il est question également des colons qui ont quitté la terre promise face aux difficultés de la vie dans l'ouest américain. Ethan véhicule un spleen de bout en bout : il explique qu'il ne se rendra jamais en Californie, s'assoit devant la ferme des Edwards comprenant qu'il n'aura jamais de foyer et de famille. Il est un être errant, poussé par le vent, omni-présent dans cette histoire. Cette dimension mélancolique, quasi-crépusculaire, est très présente chez Ford (La dernière fanfare, La taverne de l'irlandais,…). Dans La prisonnière du désert, elle apporte un complément à des dimensions plus explicites : tragiques, lyriques, comiques. Le mixte de ces aspects confère un aspect réel, palpable à cette histoire, et pour employer un terme à la mode : une dimension organique. Superbe séquence du mariage raté entre Charlie et Laurie, et la peinture très fine de la communauté (fête, danses, beuverie, sermons). La musique de Max Steiner, très variée, (à mon avis dans le top 10 des plus belles musiques de film) et l'interprétation de John Wayne servent de ciment complémentaire à un ensemble riche et nuancé en terme de thèmes et d'idées.


Nb : il s'agit du meilleur film américain ?


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De Impétueux, le 20 janvier 2014 à 19:33
Note du film : 6/6

À l'exception des exotiques (ceux de Leone), des baroques (ceux de Peckinpah) voire des parodiques (Three amigos), je n'apprécie pas tellement les westerns. Le genre me paraît souvent simpliste, manichéen, sans finesse, puéril même. Ces histoires de garçons vachers se fichant des roustes dans les saloons ou dans la poussière des corrals, ces pionniers chevauchant des heures pour fuir l'attaque d'Indiens fourbes avant d'être sauvés par la cavalerie fédérale, ces hommes trop rudes qui tombent amoureux de filles pleines de courage et de vertus ménagères m'ont toujours paru, passé l'âge de dix ans, illustrer ce propos qui faisait jadis florès : Les Américains sont de grands enfants.

Je suis naturellement bien conscient d'être injuste, caricatural, outrancier et de mauvaise foi en écrivant cela ; mais c'est aussi un moyen de faire ressortir l'extrême admiration que j'ai pour La prisonnière du désert qui, avec les ingrédients cités plus haut, parvient à être un film magnifique et complexe, comme nous les aimons dans notre Europe voluptueusement décadente. C'est un film constamment intelligent qui met au service d'une véritable histoire des paysages qui ne se contentent pas d'être des chromos touristiques mais qui jouent un véritable rôle dans le récit et en font mieux comprendre les richesses.

D'une certaine manière, et bien davantage que d'autres westerns, La prisonnière du désert rejoint les lignes de tension de la tragédie grecque, jusque dans la sauvagerie des Comanches et la violence hystérique d'Ethan (John Wayne), animé d'une telle haine des Indiens qu'elle en devient fascinante, tant elle semble irrationnelle.

À ce propos, et m'adressant aux savants spécialistes de l’œuvre, qui l'ont vue et revue, qui en ont décrypté les à-côtés, les soubassements et les interprétations psychanalytiques, j'ose une question : il est bien évident qu'entre Ethan et Martha Edwards (Dorothy Jordan), il y a eu jadis une attirance, peut-être davantage avant que Martha ne choisisse Aaron (Walter Coy), le frère d'Ethan et ne périsse avec lui dans le rezzou assassin initial. Mais est-ce qu'on ne peut, par ailleurs envisager qu'Ethan a eu une aventure avec une autre femme, dont il reconnaît le scalp dans ceux qui sont arborés par le chef balafré (Henry Brandon) et dont il dit à Martin Pawley (Jeffrey Hunter), enclin à la pitié pour les Comanches, que c'est la chevelure de sa propre mère ? Et si Ethan était le père de Martin, hein ?

J'aime beaucoup la qualité des personnages secondaires, trop souvent négligés dans le western : le robuste pasteur/capitaine des rangers Clayton (Ward Bond), le tendre farfelu Moïse Harper (Hank Worden), le bellâtre – mais bagarreur – Charlie (Ken Curtis), qui aurait bien voulu épouser Laurie (Vera Miles). Tiens, Laurie… en voilà un joli personnage, une fille qui n'a pas froid aux yeux, qui se moque de la nudité de Martin dans son bain, l'embrasse à pleine bouche, trépigne de rage lorsqu'il lui écrit sans un mot tendre… mais lit la lettre devant ses parents attentifs et trésaille d'aise (comme toutes les femmes présentes) lors de la peignée que se fichent ses deux soupirants Charly et Martin. Ah ! charme fou des rudes mœurs patriarcales ! Il n'y a guère que Natalie Wood que je trouve un peu en dessous de la mire ; sans doute parce que, censée avoir 14 ans, elle en portait déjà 18, mais vraisemblablement aussi parce que je trouve son rôle guère intéressant.

Je suppose que, dans les nombreuses gloses consacrées au film, de savants exégètes ont noté les influences qu'il a pu exercer sur nombre de films suivants ; je suppose aussi qu'une des plus manifestes n'a échappé à personne : un des signes qui précèdent l'attaque de la ferme d'Aaron et Martha par les pillards comanches est un envol impromptu de perdrix ; c'est le même signal maléfique qui se produit dans Il était une fois dans l'Ouest : ce n'est évidemment pas fortuit.

Je ne suis pas très féru de technique ; mais il est bien certain, pour une fois, que le spectacle de La prisonnière du désert sur Blue-ray, alors que je ne possède qu'une version minimale, doit mériter d'être vu.


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