Forum - Ces messieurs de la santé - De l'air !...
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Forum : Ces messieurs de la santé

Sujet : De l'air !...


De Tamatoa, le 9 octobre 2012 à 19:13
Note du film : 3/6

Dans son recueil de critiques cinématographiques, théâtrales et littéraires, La jumelle noire, Colette fait la part belle aux ?"uvres de Léopold Marchand. Il écrivit pour le théâtre Ces messieurs de la santé, en collaboration étroite avec Paul Armont. Tous deux en firent l'adaptation cinématographique. Et là se pose la question qui fâche : Était-ce nécessaire ? Fallait-il vraiment transposer ce petit chef-d'?"uvre d' humour au cinéma ? Ce n'est pas la première fois, loin s'en faut, que la chose est accomplie. Henri Diamant-Berger et Yves Mirande avec la bénédiction et l'aide de Courteline adaptèrent de façon que nous qualifieront d'honnête, les célébrissimes Messieurs les ronds de cuir. Et la liste serait longue à énumérer.

Mais si Ces messieurs de la santé brillent de tous leurs feux au théâtre, Pierre Colombier n'a peut-être pas la main si heureuse pour transposer sur la toile l'univers et le ton de l’œuvre initiale. Parce que c'est terrible un Raimu qui manque d'air ! Bien sur le talent ! Raimu est absolument génial dans ses démêlées financières à l'époque des grands scandales dans le genre. Et ses grandes envolées contre l'étroitesse d'esprit de ses employeurs sont un régal. Mais c'est Maria Callas qui chante sous la douche. Il n'a pas la place pour s'exprimer. Ce film est un hymne à la claustrophobie pour des acteurs qui ont besoin d'une scène spacieuse pour se donner à fond. Or Pierre Colombier les fait se mouvoir dans un mouchoir de poche très étriqué. On a vraiment l'impression que Les Vécés étaient fermés de l'intérieur ! Ils étouffent ! Et pourtant ils sont bons . Très bons ! Mais pas à leurs places dans, d'une part, un petit magasin qui ressemble à une cabine téléphonique, et qui plus est, filmés de façon tellement rapprochée qu'on les croirait prisonniers dans un ascenseur. Dans Marius ou Fanny, Raimu pouvait aller et venir dans son grand bistro et quelques fois arpenter le vieux port. Pourtant l'histoire est fameuse qui met à l'honneur ce banquier filou qui va chambarder de belle façon la morale de ces petits commerçants qui se révèleront vite sans scrupules eux-mêmes. Mais quel dommage qu'on ne leur ait pas laisser un peu plus d'espace. Même Guitry, empereur de la transposition cinématographique, a su donner cet espace vital à ses acteurs afin d'obtenir le meilleur d'eux mêmes ! Et c'est pour cette raison que Guitry a autant été célébré tant au théâtre qu'au cinéma.

Restent les acteurs, épatants quand même, parce que rompus à ce genre d'exercice, même confinés. Voyez distribution. C'est sans commentaires. Mais même si leur talent ne fait aucun doute, on ne peut s'empêcher, tout le long du film, d'ouvrir son col et se dénouer la cravate, si tant est qu'on en ait une…


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De Impétueux, le 20 janvier 2013 à 19:57
Note du film : 4/6

Eh bien j'ai passé un moment très agréable en regardant ce film de second rayon capté au Cinéma de minuit et je ne l'ai pas trouvé si confiné que ça. Il me semble au contraire que la parcimonie grippe-sou, l'étroitesse d'esprit, la rapacité, le paternalisme sourcilleux de la vertu des employées, la vertu facilement outragée de Mme Génissier (Pauline Carton, épatante et, pour une fois davantage mise en valeur par un rôle consistant) sont particulièrement bien dépeints par l'atmosphère tout à fait confinée de la boutique de corsets qu'elle dirige en maîtresse absolue dans l'alors sombre Palais Royal.

Ce petit commerce confiné des boutiques d'antan, nous le retrouvons chez le Baudu de Au bonheur des dames, vers 1860 ; chez le bijoutier Rémy de Madame de, vers 1900 ; chez les merciers Raquin de Thérèse Raquin, dans la transposition qui situe le roman de Zola vers 1950. Arrières boutiques étroites, absence de lumière et d'air, éclairage au gaz ou au minimum électrique. Rien d'étonnant dans la sensation d'étouffement.

Mais, et c'est là où je trouve intéressante et habile la réalisation de Pierre Colombier, dès que ce coquin de Taffard/Gédéon (Raimu), après avoir gagné la confiance des boutiquiers, s'empare des rênes de la maison et la fait incroyablement prospérer, le décor change : la boutique obscure devient un clair magasin de lingerie où se presse la clientèle, grisée par la publicité (encore appelée la réclame) et par la variété des articles vendus (c'en est d'ailleurs fini des pudeurs de Mme Génissier, qui ne voulait pas même voir de soieries dans son échoppe honnête ; dans le nouveau magasin, les rayons sont clairement indiqués, jusqu'à celui des cache-sexe). Et, lorsque l'affaire prend vraiment une dimension considérable, c'est dans une banque dont les bureaux se trouvent dotés de ce qu'il y a de mieux que se transporte l'action : le bureau pivotant de Gédéon, le coffre-fort gigantesque dont la porte donne accès à un bar bien fourni, l'abondance des téléphones, etc.

L'intrigue est juste ce qu'il faut usée pour avoir le confort des habits qu'on aime : un requin de finance – qui n'est pas un escroc ordinaire – évadé de la prison de la Santé, s'introduit dans une maison de commerce rancie, gagne la confiance de tous et, par des placements et tripotages habiles, la fait accéder à la fortune. Quand il est démasqué, la Vertu s'offusque un peu, mais trouve que l'aisance matérielle est tout de même une chose bien agréable et passe d'autant plus facilement sur ses scrupules que leur bienfaiteur est finalement innocenté, au prix d'un tour de passe-passe qui permet une fin morale….

Enfin… pas si morale que ça. Car la ravissante femme (Edwige Feuillère, absolument superbe) d'Hector Génissier, sorte de gentil crétin seulement préoccupé de turf (Pierre Stephen, qui joue toujours avec talent les rôles d’imbéciles et de dupes – voir Compartiment de dames seules) se promet de cocufier considérablement son mari avec Gédéon (Raimu), à la seule réserve qu'elle le partagera avec Ninon, la petite secrétaire gironde de l'homme d'affaire (Monique Rolland). C'est tout de même assez crapoteux, non ? En tout cas un peu davantage que ce qu'avait été la fin larmoyante du Bienfaiteur, d'Henri Decoin où, en 1942, Raimu jouait aussi le rôle d'une fripouille sympathique, dispensatrice de prospérités diverses.

Il est évident que si le grand Jules n'avait pas figuré en tête d'affiche, on ne parlerait plus aujourd'hui de Ces messieurs de la Santé, malgré la qualité du reste de la distribution, très en verve. Il est également clair que le film surfait sur la vague d'un vaste rejet des affairistes, des banques, des boursicoteurs, des coquineries, escroqueries, filouteries que la République radicale avait érigé au rang de principes intangibles. S'appuyant sur un antisémitisme plus narquois (et même complice) qu'agressif et sur l'insouciance aveugle des Années 30, celle de Tout va très bien, madame la marquise et de Amusez-vous, foutez-vous de tout, Ces messieurs de la Santé est un témoignage bien intéressant sur la course à l'abîme, finalement…


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