Forum - L'Art de se débrouiller - Alberto Sordi, le roi Midas de la dérision
Accueil
Forum : L'Art de se débrouiller

Sujet : Alberto Sordi, le roi Midas de la dérision


De Arca1943, le 24 juillet 2004 à 23:38
Note du film : 5/6

Je suis sidéré par la rareté, sur les marchés francophones, des comédies d'Alberto Sordi, le plus grand acteur satirique de l'histoire du cinéma, qui est à la dérision ce que le roi Midas est à l'or. Tout ce que fait et tout ce que touche Alberto Sordi se trouve irrémédiablement nimbé d'une aura de ridicule, d'un nuage d'ironie. C'est un phénomène hors du commun, sans équivalent dans aucune autre cinématographie ni dans aucun autre box-office (qu'il faisait régulièrement sauter). La fantastique ductilité de son personnage tragicomique lui a permis d'incarner tous les Italiens possibles et imaginables, des misérables ( L'Argent de la vieille ) aux richissimes (le sketch du milliardaire des Nouveaux monstres ), des fascistes ( Le Grand embouteillage ) aux antifascistes ( Une Vie difficile ) sans parler de tous ceux qui oscillent entre les deux ( La Grande pagaille ), des victimes ( Détenu en attente de jugement ) aux bourreaux ( Un Bourgeois tout petit petit ) sans parler de tous ceux qui oscillent entre les deux ( La Plus belle soirée de ma vie ), des planqués ( La Grande Guerre ) aux courageux ( Le Commissaire ). Le tout avec une vis comica incomparable. La rareté actuelle de ces films est d'autant plus incompréhensible qu'un grand nombre des meilleures comédies d'Alberto Sordi existent en d'excellentes versions françaises.

Quant à L'Art de se débrouiller, eh bien je ne l'ai jamais vu. Tout ce que je sais, c'est que c'est un classique du genre et qu'il vaut son pesant de vitriol, grâce entre autres à l'apport du scénariste Vitaliano Brancati. Sur cinquante ans d'histoire italienne, Sordi change de parti politique une bonne demi-douzaine de fois ! C'est une mise en boîte maison de ce que les Italiens appellent "trasformismo" – le transformisme.

Je sais aussi qu'il est sur ma liste de films à voir depuis maintenant plus de deux décennies, puisque j'étais ado quand j'ai vu mes premiers films d'Alberto Sordi. Ca alors, comme le temps passe…

Il me faut ce DVD. Il me faut aussi tous les autres.

Arca1943


Répondre

De david-paul, le 13 mars 2005 à 16:49

Ce roman d'un opportuniste avec Sordi doit valoir son pesant de cacahuètes !


Répondre

De Arca1943, le 27 mai 2005 à 13:18
Note du film : 5/6

Sans aucun doute. Et plus de 485 visiteurs ont déjà manifesté leur curiosité pour ce film ! Je prédis une réédition prochaine… On pourrait faire un coffret "programme double" avec Un Héros de notre temps, que Sordi tournait la même année (1955) avec Monicelli.


Répondre

De Sandokan, le 9 décembre 2005 à 13:48

Encore une légendaire comédie avec Alberto Sordi que je n'ai jamais pu voir !


Répondre

De paul_mtl, le 27 février 2006 à 13:22
Note du film : 5/6

J'ai vu recement L'Arte di arrangiarsi apres que tu m'en ai parlé (Merci).

Je confondais le titre avec une comedie avec Toto de 1959 : Arrangiatevi!

je l'ai ajouté a mon Top200 qui a dépassé depuis les 200 comedies italiennes. :D

il manque a Sordi un partenaire de prestige mais la comedie de Luigi Zampa est tres bonne.

7.5/10


Répondre

De tjiposa, le 6 février 2010 à 19:41

Très amateur de cinéma italien, je viens de découvrir ce film sur une chaîne du câble… et c'est une merveille. Sordi (comme toujours) est extraordinaire. Quant à Zampa, que j'ai trop longtemps minimisé, il se révèle très à l'aise dans la comédie (il vigile, Bello onesto…, Rome Paris Rome) et le drame (Vivre en paix). Malheureusement, j'ai loupé l'enregistrement et je ne vois pas comment le récupérer.


Répondre

De Arca1943, le 3 octobre 2010 à 16:27
Note du film : 5/6

Je téléphone illico à l'Agence spatiale canadienne pour qu'ils tournent vers la France les puissantes antennes de notre satellite !


Répondre

De Arca1943, le 4 octobre 2010 à 12:03
Note du film : 5/6

D'une brusque détente de son bras spatial, le Canada reconnaissant enverra sûrement à la France un exemplaire dédicacé d'un petit quelque chose !


Répondre

De Arca1943, le 7 octobre 2010 à 00:19
Note du film : 5/6

Sacré film, qui traverse astucieusement 42 ans d'histoire (de 1912 à 1954) à travers la vie d'un personnage d'escroc tombeur et opportuniste. Même si la morale est sauve à la fin – le cynique arriviste finit par se retrouver en prison – c'est une satire bien sentie, doublée d'un étonnant film historique. Une production qui a dû représenter à l'époque un sérieux risque, si l'on pense à ce qu'était la censure d'alors. (Voir par exemple la fiche du film Toto et Carolina, à la section Anecdote : "Outrage à la pudeur, à la morale, à la religion, aux forces de l'ordre…")

Tout le monde mange sa paire de gifles dans ce film, des libéraux aux socialistes, des communistes aux démocrates-chrétiens, en n'oubliant surtout pas les fascistes, puisque le douteux héros, en quarante ans d'histoire italienne, va passer successivement par les rangs de chacun de ces partis ! Mais les milieux du cinéma ne sont pas non plus épargnés, car dans le second après-guerre, le nommé Sasà passe par une phase "producteur" pour les beaux yeux d'une apprentie actrice aussi vire-vent que lui : d'abord lancé dans un projet de film communiste, il dévie vers un édifiant biopic de sainte nonne… Et quand Sasà s'en va quémander le fric pour produire le film catho à un propriétaire terrien de Sicile, le "film communiste" désormais abandonné se déroule pour ainsi dire en contrebas : les paysans du lieu agitent des drapeaux en chantant le bandiera rossa

Évidemment, on ne voit pas qui d'autre qu'Alberto Sordi aurait pu incarner un tel personnage cynique et combinard. On est déjà ici, en 1954, sur les contreforts de la comédie à l'italienne à venir : il manque encore le tour de main humaniste dans le traitement des personnages, et donc la dimension tragique, qui n'est pas à l'ordre du jour. En revanche la verve, l'insolence, le côté "tir aux pipes" sont tout à fait là ! De même que l'immixion de la comédie dans l'histoire : voici Catane en 1912 (et son capomafia local surnommé "Pizarro"), voici les fascistes s'entraînant à sauter dans des cercles de feu comme les lions du cirque, voici les démolitions de baraques et les conseils municipaux houleux de l'après-guerre (on se croirait brièvement à deux doigts du futur Main basse sur la ville), voici les images d'archives de De Gasperi et Togliatti en contrepoint.

Quelques chutes de rythme ici et là ne gâchent certes pas ce spectacle de choix, où la verve grinçante de l'écrivain-scénariste Vitaliano Brancati, une nouvelle fois complice du réalisateur au long cours Luigi Zampa, se défoule avec une belle efficacité. Zampa a un sens impressionnant du spectacle, sa mise en scène contrôlée confère une grande fluidité à un récit forcément épisodique. (Et beau budget signé Gianni Hecht Licari !) Sous le couvert d'une plaisanterie "qualunquista" où on rigole de tout et tout le monde, affleure une réflexion peu rassurante sur les types dont peut accoucher l'humanité en période de crise. Parce qu'il ne croit en rien, Sasà peut se convaincre de tout et il n'a qu'un but : toujours être du côté du plus fort. On peut se dire que ce personnage appartient, comme le film, à une autre époque, mais curieusement, je n'en suis pas convaincu…


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.016 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter