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Sujet : Le meilleur d'Ozu !


De Sartorius, le 16 juillet 2003 à 15:13

Je suis si heureux que ce film, mon préféré d'Ozu, sorte enfin en DVD. J'ai dû le voir une vingtaine de fois. Je crois que c'est un des premiers films d'Ozu en couleurs. Tout est filmé en plans fixes, comme tous les films du maître avec une caméra placée souvent au ras du sol quoiqu'ici, elle est parfois placée un peu plus haute.

C'est peut-être le film le plus drôle de l'auteur qui tourne autour de deux enfants qui font un caprice pour avoir une télévision comme leur voisin. On retrouve toute la galerie d'acteurs chers à Ozu dont surtout Chishu Ryu toujours aussi gigantesque avec sa bonhomie, son naturel, sa très grande sympathie, sa droiture, sa modestie, sa simplicité. Il est vraiment l'archétype du Japonais. C'est un film chaleureux, tendre, optimiste, limpide, amusant et très agréable à regarder et d'une très grande richesse. "Ohayo", titre original, apporte vraiment un vent de bonheur et de fraicheur et on ne peut qu'être touché par l'interprétation très naturelle des enfants et surtout du petit Isamu, le cadet, avec une bouille et une trogne inoubliable, drôle et attachante.

Un grand merci de ressortir ces films d'Ozu, un auteur qu'il faut voir et revoir sans cesse.

C'est un immense cadeau !


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De dumbledore, le 21 juin 2004 à 23:19
Note du film : 6/6

Rarement artiste aura connu deux périodes aussi marqués de sa carrière que Ozu. Les films de sa jeunesse sont des films enlevés, avec une caméra très mobile, singeant le cinéma étranger – américain essentiellement – dans les codes, les costumes, les attitudes et même la mise en scène. La caméra bouge tout le temps, des travellings alertes, au rythme du jazz.

Et puis, le cinéma de Ozu connaît après guerre et après surtout les deux Bombe, une rupture et un changement total de style et de sujet. Les histoires tournent alors autour de la société japonaise et l'irruption de l'occident dans celle-ci, irruption cette fois clairement pensée et montrée comme néfaste. La mise en scène est radicalisée à un point de vue tatami. Autrement dit la caméra reste à 50 centimètres du sol, film en focale normale (comme Bresson, pour copier le regard humain) recourt uniquement (et le plus rarement possible) au panoramique et jamais au travelling.

Bonjour fait partie de la période "Ozu le sage" d'après 1945, avec cette mise en scène radicale. Seulement, comme Ozu est un grand réalisateur, cette radicalité ne plombe pas le film, ne gêne nullement même un spectateur occidental. La construction du décor se prête merveilleusement à cette mise en scène. Les "appartements" sont disposés les uns collés aux autres, chaque ouverture donne sur le voisin, donnant une impression de surveillance omniprésente. Les changements d'axe à 45 degrés, avec tout le temps la même focale perturbe le regard, l'appréhension du décor et permet de jouer encore plus le côté labyrinthique et communicant (au sens ouverture) du décor.

Le film possède également un rythme formidablement bien enlevé avec une grande circulation dans l'espace, les portes s'ouvrent, les personnages passent, sortent, entrent, dans une fièvre reposant finalement sur rien. Cette activité vaine et incompréhensive pourrait faire penser à une fourmilière, seulement il s'agît tout simplement ici de nous, nous autres humains, agités par des désirs tellement petits, tellement vains au regard du décors, de sa fixité, de sa dureté. De sa temporalité.

Ozu film ici la mort, ou bien la vie, ce qui revient au même avec un regard distant, analytique, presque psychanalytique forçant chacun de nous à nous poser la fameuse question "qu'est-ce qui me meut".

Or qu'est-ce qui fait bouger les gens? Le recherche de la vérité? Non. De la sérénité ? Non. De l'humanité? Non. Le désir, tout simplement.

Deux désirs en fait, bien évidemment issu du monde occidental. L'un du monde adulte (et féminin en l'occurrence, le monde masculin étant quasiment inexistant) et l'autre enfantin. L'un est un lave-vaisselle et déclenche une polémique accusant une voisine de vol (seul moyen pour expliquer cet achat) et rompt l'équilibre social. Le second est une télévision et rompt l'équilibre familial.

Pour finir avec ce film sans fin, ouvrons une piste. Quoi que contemporain, on pourrait même s'interroger en effet de la ressemblance de thème mais aussi paradoxalement de mise en scène et surtout de musique avec l'oeuvre de Jacques Tati


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De vincentp, le 22 juillet 2006 à 22:52
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Des ressemblances effectivement avec l'univers de Tati (les facéties des enfants, les décors aux formes géométriques et aux couleurs vives, la musique guillerette, le rythme bonhomme, un descriptif plein d'humour des petites choses de la vie courante illustrées par des gags répétitifs, qui font appel à l'intelligence du spectateur – gags ici tournant autour de la façon de péter -).

Il y a le monsieur âgé qui pète assez fort et assez fréquemment et dont la femme croît qu'elle a été appelée. Il y a les petits pets des enfants, qui veulent imiter cet artiste incompris, et qui rivalisent de performance dans ce domaine, jusqu'à occasionner des dégats collatéraux qui nécessiteront l'achat d'une machine à laver. On admire à ce sujet la façon dont Ozu délivre des éléments dont on ne devine que progressivement le rapport de causalité (formidable dernière image du film qui délivre la pièce manquante du puzzle).

Bien sûr, ce théorème sur le pet n'est qu'une métaphore destinée à aborder les péripéties ordinaires de la vie (comme le dit un personnage, la vie est avant tout faite de choses sans importances) mais derrière lesquelles apparaissent des sujets essentiels, intemporels et universels, auxquels Ozu juxtapose une morale :

  • la rebellion dérisoire des enfants est un moyen leur permettant de construire leur personnalité, et il convient pour les parents de bien gérer cet épisode de la vie familiale, quitte à faire quelques concessions,
  • les disputes tout aussi dérisoires des adultes entre eux et les relations superficielles qu'ils développent -se disant parfois simplement bonjour- mettent en évidence la nécessité de se marier, de construire un foyer solide, de respecter ses voisins ainsi que la génération précédente !

Sans que cette comédie très réussie puisse se voir conférer véritablement le statut de chef-d'oeuvre, elle constitue néanmoins le contrepied bienvenu aux films d'Ozu abordant sous un angle dramatique les mêmes sujets : (Printemps précoce, Printemps tardif, Le goût du riz au thé vert, Voyage à Tokyo, Le goût du saké, Fleurs d'équinoxe,…), autant de films exceptionnels que l'on recommande chaudement aux fidèles de dvdtoile…


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De vincentp, le 24 mai 2014 à 19:51
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu cette après-midi sur grand écran à l'occasion de la rétrospective intégrale consacrée à Ozu. La copie, numérique et restaurée, était de toute beauté. Bonjour a été apprécié par le public, et pour ma part, je revois mon avis à la nette hausse (faisant passer ma note de 2006 de 5/6 à "chef d'oeuvre"). Oeuvre de fin de carrière de Ozu totalement maîtrisée, abordant sur un ton léger les relations humaines, les rapports parents-enfants, entre voisins et entre adultes.

Perfection de ses composants : direction d'acteurs, mise en scène, scénario, photographie, dialogues… La gestion du spectateur est parfaite d'un bout à l'autre. Impossible d'y trouver le début de commencement d'un défaut. Quatre-vingt dix minutes qui passent à toute vitesse, divertissant et faisant réfléchir. Ohayo se pose aujourd'hui comme un étalon-référence dans le genre de la comédie. Une oeuvre-phare du cinéma.


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De jfr2, le 5 octobre 2014 à 18:26
Note du film : 6/6

Le film Bonjour d’OZU produit sur le spectateur un effet léger comme celui de la satisfaction d’un travail bien accompli. Lorsque j’approche ce film, le néophyte que je suis se sent transporter dans une pâtisserie à choisir une part de forêt noire. Un choix déraisonnable car trop lourd, trop crémeux qui sera regretté une fois englouti.

Mais à la fin, on est surpris car le biscuit est fin et croquant, la crème légère et parfumée, le tout est accompagné d’une petite cerise rouge au doux parfum de rhume, un délice !

On se trouve transporté dès la première bouchée, emmené par cette crème onctueuse, douce et chaude, dans laquelle on s’enfonce ! Mais étonné ! On garde toujours pied, on avance retenu par ce biscuit, la trame, qui nous guide au travers de ce décor. Une brise amicale nous accompagne, elle achemine cette douce odeur du mélange de chocolat et du coulis de cerise, cet humour d’enfant japonais, et on tombe dans cet ensemble de couleurs apaisantes si bien qu’on traverse cette histoire de vie en oscillant paisiblement entre jeunesse et traditions tout en perdant la notion du temps. Tout cet ensemble s’en va vers une fin inévitable comme cette route droite et longue, qu’empruntent tour à tour les personnages.

Mais ne vous y trompez pas, cette fresque légère marque ironiquement la fin d’un monde et la prise de pouvoir d’un nouveau modèle qui affecte le Japon d’OZU : l’arrivée de la télévision, objet symbolique de la modernité et des changements de mœurs. Cette route droite et haute, une voie incontournable qui s’impose à ces maisons en contre bas, ce titre « Bonjour » est des plus ironique, car il s’agit d’un au revoir !

Ce film si délicat n’en cache pas moins ce thème récurrent à OZU et la justesse de son art.


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De vincentp, le 17 avril 2016 à 15:46
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu ce matin sur grand-écran, dans des conditions optimales, pour une troisième vision de cette oeuvre en dix ans, avec pour objectif d'en comprendre un peu plus. Ozu décrit le mode de fonctionnement de la société humaine, en mettant en scène un grand nombre de personnages, dont certains entrent un par un dans l'intrigue pour en ressortir rapidement et collectivement (les deux colporteurs, par exemple). Un œil et une oreille exercés peuvent remarquer que la thématique va au-delà du sujet traité au premier abord. Des images de calendriers, de réveils,… Un choeur traditionnel japonais se superpose à l'image du petit garçon debout dans sa classe face à son institutrice. Et puis, il y a ces propos sur la forme des nuages, sur le temps qu'il fait et qu'il va faire… Pas de doute, Ohayo traite du temps et de l'espace, des rapports entre l'homme et le cosmos. Comme le font à la même époque dans des pays différents : Bergman, Satyajit Ray, Henry King.

Les acteurs sont fabuleux. Keiji Sada et Yoshiko Kuga tout d'abord, dans le rôle des jeunes gens qui n'arrivent pas à se prendre par la main… Ils incarnent pour l'un l'intellectuel qui voit juste mais qui est incompris, et pour l'autre la jeune fille idéale, mais un peu timide. Voilà un beau couple que l'on aimerait voir marier ! Ces acteurs ont été vus dans d'autres films de Ozu comme Fleurs d'équinoxe. Kuga est toujours en vie, âgée aujourd'hui de 85 ans, alors que Sada est décédé accidentellement en 1964 à l'âge de 38 ans. Le retraité, professeur en pets sonores, est incarné par Eijiro Tono, acteur prolifique avec plus de 250 films à son actif (pour le compte de la plupart des metteurs en scène majeurs du cinéma japonais). On retrouve Chishu Ryu, acteur emblématique de Ozu. Mais aussi Kuniko Miyake (neuf rôles dans le cinéma de Ozu) dans le rôle de la "trésorière" et Haruko Sugimura (huit rôles chez Ozu) dans celui de la "présidente".


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