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Sujet : Histoire de famille


De dumbledore, le 6 juin 2004 à 22:15
Note du film : 6/6

Troisième et dernier film de la trilogie de John Ford sur la Cavalerie (après Fort Apache, 1948 et La Charge héroïque 1949), Rio Grande est sans doute le moins magistral des trois mais paradoxalement aussi un des plus touchants.

Cette contradiction apparente vient sans doute du fait que le film ne traite pas de la cavalerie, que celle-ci n'est en fin de compte qu'une simple toile de fond à une histoire de famille : un homme qui est confronté à un fils adolescent qu'il n'a pas vu grandir et sa femme qu'il a délaissé.

La force de John Ford est de savoir camper des personnages toujours plus riches, plus complexes et plus touchants que ce que leurs actions et leurs paroles peuvent révéler. Il a pour cela un sens du détail des réactions de ses personnages toujours aussi admirable. Par exemple, le premier contact entre le père et le fils se fait sur le mode dur de la hierarchie. Le fils n'a pas un regard pour son père et ce dernier fait preuve d'une dureté qui frôle la cruauté. Mais le fils parti, le père s'empresse de marquer un repère de la taille du fils pour savoir avec fierté quelle taille il fait. Un exemple parmi tant d'autres de ces finesses qui font le génie du réalisateur, toujours généreux dans la construction de ces personnages.

John Ford organise également son récit avec une alternance entre scènes d'action et de comédie. Pour cette dernière, il recourt à son célèbre ami Victor McLaglen qui, comme dans La Charge héroïque notamment, joue le rôle du subordonné insubordonné, bagarreur, ronchon et picoleur. Bref un parfait vis-à-vis pour un John Wayne qui incarne l'inverse et qui joue ici un personnage avec une étonnante distance et froideur.

Les rapports de couple entre Maureen O'Hara et John Wayne sont également très travaillé, basé essentiellement sur du non-dit et des regards chargés mais en douce. On les sent profondément amoureux l'un de l'autre, plein de désir, mais incapable (pendant un temps seulement) de franchir le fossé de la parole qui les séparable.

On sent bien que le réel intérêt de Ford réside là, dans cette comédie familiale entre ces trois personnages et que l'action centrée sur les indiens reste bien secondaire et qui l'encombre un peu.

Finalement, Rio Grande sera l'histoire d'une recomposition d'une famille éclatée. Film foncièrement positif donc, et à cet égard assez rare dans la filmographie du maître.


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De mcv, le 16 février 2006 à 11:54

C'est un de mes films péférés avec les cavaliers. Je le repasse en boucle. Parfait ! le bonheur à l'état pur!


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De urspoller, le 11 octobre 2007 à 17:48
Note du film : 6/6

Pour replacer ce film dans son contexte, il faut savoir qu'à cette époque John Ford était obnubilé par son projet d'adaptation d'une nouvelle de Maurice Walsh intitulée The quiet man, véritable ode humaniste du pays d'origine du cinéaste. Dès lors, le réalisateur, contraint et forcé par une obligation contractuelle avec Republic Picture, s'engage à tourné Rio Grande en s'arrangeant pour avoir les coudées franches pour son projet à savoir L'homme tranquille. Ainsi, Ford ne fit pas montre d'un entrain et d'une motivation incommensurables et s'empressa de tourner ce western en une quarantaine de jours. Et dire, qu'une telle pépite demeure une oeuvre alimentaire filmée par necessité!

Ce métrage reste, donc, pour beaucoup le moins important des trois films composant le cycle fordien consacré à la cavalerie (Le massacre de Fort Apache et La charge héroïque) et à cet univers militaire particulier où John Ford dépeint avec tendresse une atmosphère chaleureuse, rude et humaine confinant au sacerdoce.

Ce western humaniste et poignant décrit les vicissitudes familiales et les choix cornéliens rencontrés par les officiers mettant continuellement en balance le devoir militaire et la famille, les sentiments intimes et le métier. John Ford, en éludant volontairement les scènes d'action pure (à quelques exceptions près), insiste sur les rapports du couple mythique John Wayne/Maureen O'Hara qui tournait pour la première fois ensemble.

Mais, outre le couple sus-nommé, le cinéaste réunit ici une pléiade d'acteurs fidèles parmi lesquels Harry Carey Jr, Ben Johnson et surtout le fantasque Victor McLaglen campant un sergent bourru, hâbleur, bagarreur, porté sur la bouteille, mais aussi sensible qu'une midinette pré-pubère. A noter, que même si ce métrage clôt le triptyque consacré à la cavalerie, Ford retrouvera l'univers militaire dix ans plus tard à travers deux beaux westerns Le sergent noir et Les cavaliers. Mais, ce qu'il faut retenir de ce magnifique opus, c'est cette vision, typiquement fordienne, de la famille, socle fondamental de tout individu lui permettant de surmonter les épreuves grâce à l'amour des siens. In fine, John Ford nous offre un condensé de bonheur et aussi, au demeurant, un antitode efficace d'en cas de spleen ou de mal-être.


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De droudrou, le 11 octobre 2007 à 22:10

Assez amusant de relire les commentaires de notre ami Dumbledore :

Cette contradiction apparente vient sans doute du fait que le film ne traite pas de la cavalerie, que celle-ci n'est en fin de compte qu'une simple toile de fond à une histoire de famille : un homme qui est confronté à un fils adolescent qu'il n'a pas vu grandir et sa femme qu'il a délaissé.

Si on prend Les trois lanciers du Bengale on vit une situation inverse. En histoire secondaire il y a ce fils qui vient retrouver son père, où on vit aussi une situation de famille avec des réactions similaires, mais l'essentiel est le 41ème Régiment des Lanciers du Bengale…

Cette trilogie de Ford est superbe, mais, une fois encore, je dirai qu'il y a plusieurs âges pour regarder un film du metteur en scène : l'âge où c'est l'action qui l'emporte avec ses charges de cavalerie et ses coups de feu et l'âge où l'on commence à entrer plus profondément au niveau de chacun des personnages et à avoir une vision autre que celle qui a pu nous toucher précédemment. Et puis, il y a chez Ford ce côté généreux avec ses personnages qui est certainement un élément marquant de toute son œuvre.

Merci à Urspoller qui m'a rappelé le film The quiet man qu'on aurait parfois quelque peu tendance à oublier… Mais combien de films de Ford n'a-t-on pas oubliés alors qu'ils sont toujours gravés dans nos mémoires ?


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De Impétueux, le 6 décembre 2017 à 18:33
Note du film : 2/6

Je ne sais pas très bien pourquoi je m'obstine, à intervalles divers, semblable au lemming qui se suicide lors des migrations de son espèce (mais il paraît que c'est une légende ! quelle déception !), pourquoi je m'obstine à regarder des westerns étasuniens, genre cinématographique limité et répétitif qui, en tout cas, parvient à m'ennuyer presque à chaque fois. Peut-être parce que, l'enfant étant le père de l'homme comme chacun sait, j'en ai ingurgité une telle quantité durant les douze premières années de mon existence que j'en ai été gravement intoxiqué. Parce qu'il faut bien dire que dans les années qui ont suivi la Libération, un déferlement de films de ce genre a coulé dans le marbre, pour les petits Européens cet aspect de la maigriotte histoire des États-Unis, pauvrette qui n'a pas trois siècles et ne dispose que de rares mythologies, comme si c'était une épopée.

Il est vrai aussi, d'ailleurs, que le western ravissait les parents soucieux de la bonne santé morale de leurs rejetons parce qu'il donnait à voir et à admirer des histoires simples avec des bons et des méchants très caractérisés, des personnalités rudes, robustes, fermes et droites et qu'il exaltait les vertus de l'héroïsme militaire : c'était une sorte de relent de pétainisme informulé : avec les pionniers de la conquête de l'Ouest, la terre ne mentait pas davantage que dans les discours de Vichy. Il y avait même le petit fumet supérieur qui permettait de tenir Indiens et Mexicains pour du menu fretin tout à fait insignifiant dans la plupart des cas et redoutablement sournois et dangereux dans le pire.

Rio Grande ne vaut qu'à peine plus que les dizaines de kilomètres de pellicule projetés dans les cinémas européens après les désastreux accords Blum/Byrnes qui ouvrirent nos écrans à la déferlante, en même temps que le Coca-Cola et juste avant le Mac Donald : de beaux paysages spectaculaires ressassés, ceux de la fameuse Monument valley utilisée à profusion dans tous ces films comme si la totalité de la cavalerie de l'Union s'y était concentrée, au service d'une histoire d'une grande banalité ; histoire appuyée sur des personnages découpés à grands traits : le colonel Kirby York (John Wayne) a tout sacrifié à sa vocation militaire ; il est sévère mais juste, distant mais attendri lorsqu'à son unité est affecté le jeune Jeff (Claude Jarman jr), le fils qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, blanc-bec à peu près insignifiant qui en fait un peu trop dans la rigidité militaire pour être enfin reconnu par son papa.

Je crois avoir compris que le ménage du colonel s'est délité lorsque le colonel – alors dans l'armée confédérée – a été contraint de faire incendier la plantation qui appartenait à la famille de sa femme Kathleen (Maureen O'Hara) par le sergent Quincannon (Victor McLaglen) devant l'avancée des Nordistes. Et voilà que Kathleen – qui a bien supporté cette longue séparation de quinze ans, dirait-on – rapplique pour veiller sur son grand garçon et retombe presque illico dans les bras du papa. Assez curieusement dans un film de genre, il y a une abondance extraordinaire de chansons, balades, romances – toutes, au demeurant, extrêmement médiocres – que susurre à tout propos une curieuse chorale régimentaire (une chorale dans un régiment de cavalerie de la fin du 19ème siècle ???).

Parvenu là, c'est-à-dire guère loin, John Ford doit sentir le besoin de donner quelques images plus conformes à ce qu'on pense être du western  ; il manigance donc une attaque d'un groupe d'Indiens rebelles, ce qui donne des images extrêmement réussies de poursuite à brides abattues ; comme dans l'imaginaire étasunien, les Peaux-Rouges n'ont pas encore été réhabilités (ce qu'ils seront, jusqu'à plus soif, dans les décennies suivantes), ils seront assez facilement massacrés à la fin et tout rentrera dans l'ordre : la Cavalerie l'emporte toujours !

Ce qui me navre, c'est que ce genre, avec sa grande banalité et ses redondances (je me répète) a envahi vraiment notre imaginaire. Tous ces admirateurs de l'histoire étasunienne, qu'auraient-ils dit si un réalisateur français avait mis en scène notre propre épopée coloniale, d'ailleurs bien plus variée, géographiquement que celle du Nouveau Monde ? Quels ricanements ou quelles indignations aurait-on entendu !!! Et pourtant…


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De vincentp, le 29 décembre 2017 à 23:08
Note du film : 5/6


Rio Grande (1950) clôt le cycle des trois westerns de John Ford consacrés à la cavalerie des Etats-Unis, tournés à Monument Valley, et considérés aujourd'hui comme des classiques. She Wore a Yellow Ribbon (1949), Fort Apache (1948) et Rio Grande ont pour caractéristique commune d'être adaptés de nouvelles écrites par James Warner Bellah. Rio Grande contrairement aux deux autres opus cités plus haut ne bénéficie pas de la contribution de Frank S. Nugent comme scénariste. Est-ce cette caractéristique qui provoque les défauts assez visibles de Rio Grande : une histoire globalement confuse, un mauvais dosage de certains ingrédients, et un ensemble de qualité inégale. La romance entre John Wayne et Maureen O'Hara ne fonctionne pas très bien, et leur relation apparaît bien mièvre par instants. De plus des personnages intéressants comme le borgne capitaine Saint Jacques (Peter Ortiz) ne sont pas creusés comme ils auraient du l'être.

Globalement, la thématique est la même que celle des deux opus précédents : la construction de la nation américaine, les relations avec les Apaches, les rapports parents-enfants, mais ici abordées de façon assez superficielle. L'anecdote autour de la vie de recrues prend le pas sur des sujets de fond, sans convaincre pleinement. Visuellement également, cette oeuvre est moins intéressante que les deux précédentes, les images de Monument Valley moins puissantes, et moins bien intégrées à la dramaturgie. Reste qu'il s'agit d'un film de John Ford tourné avec des collaborateurs talentueux comme John Wayne ou Victor McLaglen et qu'il se situe très au-dessus du tout venant de 1950. Ben Johnson compose une recrue puis un déserteur, et des cascades à cheval, avec un certain talent. La chorale qui accompagne la progression de cette histoire apporte une touche originale, et de l'émotion à cette oeuvre simplement située un ton en dessous des plus belles réussites de Ford.


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