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Forum : Gas-oil

Sujet : Vivement le sans plomb !...


De Romuald, le 22 mars 2009 à 18:10
Note du film : 3/6

L'impression première, en voyant ce film, est que Gilles Grangier n'avait pas encore et, d'une part, Gabin bien en main (c'était leur première collaboration) et le doigté cinématographique en général. Ce dernier ne tarderait pas à venir. Non pas dans le laborieux Le sang à la tête qui suivrait Gas-oil _la meilleure adaptation de Le fils Cardinaud restant à mes yeux le formidable téléfilm de Gérard Mordillat avec l'excellent Jean-Pierre Bisson - mais à partir du Le rouge est mis.

Gas-oil se traîne… Un peu comme les gros bahuts qui sillonnent le film. Et si le milieu des routiers est à l'honneur et bien rendu, il n'en demeure pas moins que les aventures de ce chauffeur, entraîné malgré lui dans une intrigue de série noire, ont du mal à nous tenir éveillé. Jeanne Moreau, loin de la caricature que l'on en fait aujourd'hui, y est une institutrice toute en patience et en sourire auprès d'un Gabin lourd dans son jeu, sa démarche et sa digestion. Le bitume défile au rythme des repas qui s'éternisent… Roger Hanin, déjà agaçant, entre et ressort de son énorme Frégate pour jouer les marlous devant une Ginette Leclerc garce à souhaits (What else ?) et carrossée comme une Bentley. (Pourquoi n'est elle pas inscrite sur votre générique ?) De bons seconds rôles et l'inévitable Madame Gabin, Gaby Basset sont là où on les attend. Mais, même avec eux, la sauce ne prend pas, ou je devrais dire qu'elle prend trop son temps. Dans le même milieu, celui des chauffeurs routiers, avec le même Gabin et pratiquement dans le même état d'esprit, Verneuil nous a offert un formidable des gens sans importance. Plus enlevé, plus léger….

Cela étant, Grangier se rattrapera plus tard avec le truculent Archimède le clochard, l'ineffable Le cave se rebiffe ou encore Le gentleman d'Epsom, j'en passe et des meilleurs. Mais pour ce Gas-oil là, point de choc. Ni pétrolier, ni émotionnel. Est ce au contact des grands acteurs que Gilles Grangier a appris a faire de bons films ? Dans son livre de souvenirs Passé la Loire c'est l'aventure, il avoue que c'est en tournant Les vieux de la vieille, en toute fin de carrière, qu'il a le plus compris le cinéma…

Ce Gas-oil est donc un film diesel. Du moins celui des années cinquante. Mou et lourdingue. Et je suis très content de ce jeu de mots foireux que je dédie à notre ami Droudrou

                                      pour \Lagardère

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De Impétueux, le 22 mars 2009 à 19:35
Note du film : 3/6

Pas besoin de connivence générationnelle, ni même de communion d'esprit avérée, Lagardère, pour vous rejoindre dans votre excellent panoramique, qui marque avec verve toutes les limites d'un film assez pataud et emprunté, qu'il faut beaucoup aimer Gabin et Grangier, comme c'est notre cas, pour inclure dans notre DVDThèque.

Une remarque, toutefois : vous écrivez dans le même état d'esprit, Verneuil nous a offert un formidable Des gens sans importance. Plus enlevé, plus léger…. Si j'approuve des deux mains le qualificatif de formidable accolé au film de Verneuil, je suis assez interloqué de lire que vous le jugez enlevé et léger… Querelle de mots sans doute : Des gens sans importance est un film désespérant, d'une tristesse infinie, tout empreint de la fatalité des vies gâchées… Mais je suis sûr que nous sommes, substantiellement, en phase là-dessus.


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De Romuald, le 22 mars 2009 à 20:14
Note du film : 3/6

Tout à fait en phase ! plus enlevé, plus léger s'adressait à la façon de filmer de Verneuil. Et c'est tout à son honneur d'avoir su éclairer si bien une histoire d'une tristesse infinie, tout empreinte de la fatalité des vies gâchées…. Oh! que oui.

                                              pour \Lagardère

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De Impétueux, le 31 octobre 2013 à 16:42
Note du film : 3/6

Allez va, ça mérite tout de même un peu plus que la moyenne, mais tout juste, et seulement grâce à la présence de Jean Gabin, extrêmement massif et de toute une équipe solide de seconds rôles qu'on imagine amateurs de potée aux choux (on est dans le Puy-de-Dôme), de civet de lièvre et de vins rustiques. Ça permet de passer sur une intrigue assez médiocre, faussement compliquée, mais dont on voit très vite les ressorts et les failles.

Un mot désagréable sur le ridicule de l'équipe de voyous, tout à la fois sanguinaire et inoffensive et qui se fait doubler par tout le monde. Après un casse meurtrier, un des malfrats, Scoppo (François Darbon) s'enfuit avec le butin mais se fait lui-même assassiner par sa femme. Le doigt du hasard fait que le brave camionneur Jean Chape (Gabin), lors d'une nuit pluvieuse, roule sur le corps déjà mort de Scoppo, se voit suspecté de l'accident par la maréchaussée et de la récupération de l'argent volé par les bandits.

Avec un peu plus de culot, et si la mode avait été à ce genre, Gilles Grangier aurait pu tourner, dans cette année 1955 une de ces agréables comédies macabres réalisées avec bonheur par Georges Lautner quinze ans plus tard, de Fleur d'oseille à Est-ce bien raisonnable ? et ça n'aurait pas été plus mal, le grand talent d'André Pousse, par exemple, remplaçant l’inénarrable médiocrité de Roger Hanin qui fait les gros yeux, joue de sa voix de basse, promet à tout instant que ça va barder et se retrouve parfait niquedouille. Et notamment roulé par Ginette Leclerc, qui parviendrait presque à ses fins en se débarrassant de ses complices si la vigilante police française ne veillait pas au grain. Cette délicieuse actrice apparaît tout de même un peu amortie dans le film, mais qui connaîtra un beau chant du cygne dans le rôle de l'ancienne tenancière de maison close, femme de Bertrand Blier du Cave se rebiffe.

Le brave camionneur (Gabin), donc) forme un assez curieux ménage avec l'institutrice du village, jouée par Jeanne Moreau, qui n'était pas encore un nom important du cinéma français et qui offre de la fraîcheur et du charme. La petite vie tranquille de ce coin d'Auvergne, entre routiers à gros biscottos, bistros à clients rigolards, et petits commerces animés (très bon petit rôle de Marcel Pérès, en coiffeur à fortes moustaches) est assez joliment décrite ; mais l'entrelacs de cette France paisible et l'histoire policière est bien grossier et la progression de l'histoire bien maladroite.

Jolie leçon de choses nostalgique, l'attitude de l'institutrice Alice avec sa classe : quand elle arrive, tous les enfants se lèvent, les bras croisés sur la poitrine et attendent que la maîtresse les autorise à se rasseoir ; le moindre bavardage vaut au gamin un problème à faire en punition ; il n'est pas question de tutoiement, ni, évidemment, des élèves envers la maîtresse ni de la maîtresse envers les élèves ; un exemple de dictée ? Sur des claies en osier séchaient des milliers de prunes cuites et recuites au soleil. Elles étaient exquises. Cette discipline et ce respect du savoir (et des individus) n'empêchaient nullement, à la récréation et à la sortie de l'école, les filles de jouer à la marelle et les garçons de se ficher de délicieuses peignées.

Le progrès fait Rage, y'a pas à dire.


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