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Forum : Les Galettes de Pont-Aven

Sujet : Étonnant !


De Impétueux, le 16 novembre 2008 à 21:21
Note du film : 5/6

Joël Séria est un réalisateur si inclassable que, malgré l'immense succès public des Galettes de Pont-Aven et un choix de sujets et de thèmes qui, au moins en apparence, pouvaient paraître flatter le cochon qui sommeille, il n'a plus tourné de vrai film depuis vingt ans, et que la véritable expression de ses obsessions et de ses prédilections remonte plus loin encore.

Revoir une nouvelle fois ces Galettes-là, si multidiffusées à la télévision qu'elle font partie d'une sorte de patrimoine commun m'a pourtant donné envie de découvrir Charlie et ses deux nénettes, Comme la Lune ou – si je le trouve ! – Les deux crocodiles ; pourquoi ? parce qu'il y a un œil juste, des dialogues étincelants, des acteurs grandioses, des situations rares.

Séria, c'est, un type plein de verve et de choses à dire, mais qui se soucie des spectateurs, de l'histoire, de l'épaisseur du jeu des acteurs ; c'est, finalement, ce qu'aurait pu être, d'une certaine façon, Mocky, s’il avait eu un peu moins d'indifférence pour les gens, moins de désinvolture et de je-m’en-foutisme.

Les galettes, c'est un film irrespectueux, tonitruant, baroque, bouffi d'excès quelquefois, mais toujours attachant, toujours dirigé. L'histoire d'un type qui voit dans les femmes, et surtout dans leur cul la raison principale de vivre, comme Courbet y voyait L'origine du monde, comme Charles Denner en était fasciné, dans le film de Truffaut (Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie). Le dialogue, très écrit, de Séria lui-même est plein de répliques d'anthologie, de monologues si tonitruants qu'ils évoquent le ton d'Audiard, un Audiard qui serait moins pudique, plus luxurieux, plus charnel.

Est-ce graveleux, salace, rabelaisien, tout cela ? À vision superficielle, peut-être (et je ne suis pas sûr de n'avoir pas eu, jadis, cette vision-là, joyeuse, épicurienne, gaillarde), alors que c'est davantage une inquiétude et un magnétisme : le sexe n'y est pas qu'aimable, il est anxieux et fascinant, moins pour la jouissance qu'il donne que pour l'émerveillement esthétique.

Rien d'ennuyeux, pourtant, ou de théorisé, dans une histoire invraisemblable et délicieuse, ponctuée de morceaux de bravoure éclatants, si outrés et si forts qu'ils étonnent à chaque fois : Henri Serin (Jean-Pierre Marielle, absolument grandiose) présentant sa collection de parapluies, au lit avec Andréa Ferréol, accueilli par le frère (Claude Piéplu) et la sœur (Martine Ferriere), également cinglés, rencontrant Émile, le peintre roublard et obsédé (Bernard Fresson, également magnifique), contemplant le cul superbe d'Angéla (Dolores McDonough) et décidant de le peindre obsessionnellement, se bourrant le pif au gwin ru dans le bistro de Pont-Aven, tâchant d'obtenir une passe gratuite de Marie Pape (singulière, inattendue, Dominique Lavanant), chantant le Kénavo du réactionnaire Théodore Botrel lors de la kermesse organisée par le curé du bourg (trogne de Romain Bouteille, si rarement bien utilisé par le cinéma : il est un des deux activistes OAS rencontrés par Alain Leroy dans Le feu follet, au Flore)…

C'est en tout cas un film étonnant, durable, inhabituel, une des rares incursions françaises dans le ton doux-amer d'ordinaire apanage de la comédie italienne. Ce qui, à mes yeux, n'est pas un mince compliment.


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De fretyl, le 11 novembre 2019 à 17:32
Note du film : 6/6

Si ici certains n'ignorent pas la sympathie très particulière que je porte à Jean Pierre Marielle et que sa mort fut pour moi la fin d'une branche de comédiens de comédies Françaises uniques. Adieu le culot, Blier, Carmet etc…

D'autres ignorent la passion et l'amour que je porte à la Bretagne Nord et même à la Bretagne tout court.

Les galettes de Pont Aven retranscrit bien finalement cette région, enflammée par les vagues. Sauvage, campagnarde, libertaire… Tout comme l'est Henri Serin ! Personnage surréaliste, par moment grandiose mais triste. Qui envoie balader toute morale religieuse, tout châtiment pour vivre son âge dans un milieu humide, venteux…

La louffequerie des Galettes de Pont Aven a ses limites. Si l'on enlève certaines bonne blagues Viens laver ton Jésus. Merde j'ai écrasé un mec… Quelle angoisse. En arrivé à quarante et quelques pour découvrir que l'on ne se supporte pas, qu'on s'emmerde.

Si le ton du film est léger, parfois drôle, quoi de plus inquiétant de plus assombrissant que ce film sur l'homme.

Rien de bien positif ne vient déjouer les pièges que Marielle rencontre sur son chemin. Film absurde, beaucoup plus cherché, fouillé que ne l'était dans le même esprit Les Valseuses. Ambiance Finisterienne parfois surréaliste mais très bien documentée et… tellement réelle.

Seria a réalisé là son seul vrai film.

Je n'ai jamais eu trop de tentation pour ses films suivants qui me semblent être de pâles remakes du seul vrai film qu'il avait envie de raconter.

Une envie de voyage peut prendre à la gorge en voyant ce virulent pamphlet en faveur de la liberté du cul !


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