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Forum : Rififi à Tokyo

Sujet : Avis


De Impétueux, le 27 septembre 2008 à 21:07
Note du film : 4/6

Diable ! Jamais je n'aurais pensé trouver sur le fil de ce bon film de samedi soir une glose aussi savante et aussi longue de notre mentor AlHolg ! Un film acheté pour trois sous, parce qu'il est de Jacques Deray, que j'apprécie, et qu'il est joué par Charles Vanel, qui ne se discute pas !

J'ai été, comme AlHolg, et ainsi qu'il le dit attaché par un film de série, tourné sans grands moyens, mais qui est bien intéressant, malgré certaines désinvoltures de scénario et de tournage ; mais l'ambiance y est savamment posée, les extérieurs fascinants, la musique, grise et triste, assez fascinante…

Le terme de rififi – quelle trouvaille ! – était alors bien à la mode ; les histoires de casse l'étaient déjà, et le sont restées : elles se terminent habituellement très mal, de L'ultime razzia au Cercle rouge, en passant, bien sûr, par Mélodie en sous-sol ou Topkapi : elles reposent sur un montage aussi savant et minuté qu'invraisemblable (et pourtant quelquefois s'appuyant sur une réalité criminelle !), et c'est moins l'ingéniosité de leur réalisation que les rapports humains qu'elles mettent en scène qui sont intéressants, habituellement.

On ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas, dans Rififi à Tokyo, parce que les personnages sont soit trop marmoréens et figés (Vanel, mais aussi Böhm et surtout Vitold), soit trop peu caractérisés et à peines ébauchés (la bande de joyeux malfrats branlottins, compagnons de toujours de Van Hekken (Vanel), qui se font d'ailleurs tous dessouder au cours d'une séquence délicieuse et ridicule par une horde de yakusas).

Ce qui est très bien, c'est de voir ce qu'était Tokyo en 1961, à peine quinze ans après la déculottée nippone : une ville misérable, aux trottoirs à peine entretenus, aux masures entrelacées, aux avenues lugubres et aux ruelles patibulaires : on pourrait presque dire que ça ressemble à une ville d'Afrique d'aujourd'hui : des buildings insignifiants au Centre et des bidonvilles en périphérie ; et au milieu de cette ville immense, la juxtaposition de Japonaises en kimonos et de jeunes cadres occidentalisés qui dispensent, toutefois, devant la moindre autorité qui passe, un éventail invraisemblable de courbettes (la scène initiale, dans la banque, est stupéfiante, à cet égard).

Deray a filmé cela avec une réelle empathie, sans se soucier, il est vrai, comme l'indique AlHolg de réalisme cinématographique : aux observations narquoises qu'il fait, j'en ajouterai (au moins) une : à peu près au milieu du film, la ravissante Keiko Kishi arrive devant la maison où se trouve son amant Mersen (Karlheinz Böhm) : elle est alors en talons aiguille, comme le veut le rôle et son personnage de taxi-girl ; dans le même mouvement, elle s'apprête à passer de la pièce antichambre à une pièce plus intime : elle se déchausse donc : mais ses ravissants escarpins se sont transformés en vilaines savates, sans doute pour accélérer le montage !

Tout cela dit, Rififi à Tokyo est un film pas mal du tout, avec un Vanel excellent et, me semble-t-il, contre l'avis de AlHolg meilleur dans le rôle que Gabin, s'il avait été choisi, qui aurait été trop amer et solitaire : Vanel est plus jouisseur, sûrement plus veule et plus humain…Mais on ne va pas se disputer pour ça…


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De Arca1943, le 28 septembre 2008 à 15:03

« Ce qui est très bien, c'est de voir ce qu'était Tokyo en 1961. »

Tiens donc ? Étrange remarque venant de vous, cher Impétueux !

« …une ville misérable, aux trottoirs à peine entretenus, aux masures entrelacées, aux avenues lugubres et aux ruelles patibulaires… »

Oui, un peu comme dans L'Ange ivre ou Rivière noire, en somme ?

« …la ravissante Keiko Kishi… »

Ravissante, en effet ! Et heureux que vous êtes, vous pourrez la retrouver, votre ravissante, dans Printemps précoce de Ozu, Arakure de Naruse, Tendre et folle adolescence de Kon Ichikawa, Kwaidan de Masaki Kobayashi ou encore, si vous préférez les films de sabre, Chasseur des ténèbres de Hideo Gosha


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De Impétueux, le 28 septembre 2008 à 15:38
Note du film : 4/6

Ah ah ah ! Je ne tomberai pas dans le panneau que je me suis tendu et dans quoi vous prétendriez me confronter, cher Arca !

Ce qui m'a fait regarder le film, c'étaient évidemment (je l'ai dit) Vanel et Deray : ç'eût été Rififi à Tegucigalpa ou à Bobo-Dioulasso, je m'y serais adonné avec autant de plaisir…

En d'autres termes, j'ai été bien amusé de voir des Occidentaux se débattre avec un monde étrange et, à mes yeux, parfaitement incompréhensible (un peu comme dans Lost in translation), mais un Monde qui ne correspondait pas, en 1961, avec les images, vraies ou fausses, que nous nous faisons aujourd'hui du Pays du soleil Levant (ou du Matin calme ? Ah ! Non, ça c'est la Corée, je crois !).

Keiko Kishi est, certes, bien jolie…mais enfin, on ne peut pas dire que la jolie fille soit une denrée rare sur le marché du film…

Et je reconnais bien volontiers que j'ai tendu le cou à votre admonestation qui est aussi narquoise que fraternelle !


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De kfigaro, le 29 septembre 2008 à 09:41

Un excellent Deray (un peu oublié) en effet. Un polar filmé au rasoir avec une musique japonisante très belle de Georges Delerue (totalement inédite en CD hormis le générique) et des acteurs très crédibles.

A voir dès que possible (pour ma part, je l'ai en bonus du coffret d'"Un homme est mort")


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