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Sujet : Même John Ford pouvait faire des navets


De Monnfleet, le 1er février 2004 à 19:24
Note du film : 1/6

Je serais encore plus sévère que toi sur ce film totalement raté de mon réalisateur préféré : triste !


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De Crego, le 2 février 2004 à 18:47

Carrément ! Ce film fait partie de ces films "mythiques" parce que totalement invisibles depuis des lustres, que j'espérais voir resurgir en DVD. Il est vrai que le "buzz" n'a jamais été fameux autour de lui et vous semblez le confirmer.

Pire que "Donovan's reef", vous dites ? Aïe…


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De Arca1943, le 3 février 2004 à 09:55
Note du film : 2/6

Bien pire que Donovan's Reef pour sûr! Ce dernier film est une sympathique pochade, où on ne se prend pas au sérieux, dans une Irlande un peu rêvée, et qui, selon moi, se laisse regarder avec plaisir bien qu'on n'y réinvente pas la roue. Mais The Fugitive est une entreprise vraiment détestable de propagande pieuse. Ma mère (qui est dans la jeune soixantaine) me raconte que dans le Québec des années cinquante (celui de son enfance), ce film passait souvent, mais tout à fait hors des circuits de distributions ordinaires : dans les sous-sols d'églises! Un peu comme certains films marxistes, dirais-je, ne circulaient que dans les salles de réunion du Parti, ou à la Casa del popolo…


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De Arca1943, le 3 février 2004 à 09:59
Note du film : 2/6

Oncle Arca, t'es vraiment pas cool, me dira-t-on. Parmi tous les films de John Ford, qui a signé tant d'oeuvres extraordinaires, tu fait exprès d'aller repêcher ce navet! Pourquoi tu ne parles pas plutôt du Mouchard? Ou de They Were Expendable? Ou même de Donovan's Reef?

C'est que ce film est un très bon exemple des limites d'Hollywood, valable, qui plus est, encore aujourd'hui. Pour la mesurer, cette limite, il faut d'abord lire le chef d'oeuvre de Graham Greene, The Power and the Glory (La Puissance et la gloire) dont ce film est tiré.

Le roman de Graham Greene – un catholique ardent, pas moins convaincu que le réalisateur John Ford – est situé dans un État du Mexique où la révolution de 1936-37 donna lieu à une gigantesque "chasse au curé" : oppresseurs du peuple, les prêtres étaient forcés de se marier et/ou défroquer publiquement. Ceux qui s'y refusaient le faisaient au péril de leur vie. Le personnage central est un des derniers prêtres qui restent dans cet État : alcoolique, désabusé, la foi vacillante, il vit depuis des années en concubinage avec une paroissienne qui a eu un enfant de lui. Pour réduire à l'essentiel ce récit savamment construit, le prêtre a à ses trousses un officier mexicain tenace, qui s'est juré de nettoyer le pays de ses derniers "corbeaux".

Tout l'art de Graham Greene, un maître du personnage comme il s'en fait peu, toute la force de cet extraordinaire roman consiste à contourner brillamment le manichéisme qui, à l'évidence, menace de type d'histoire. D'une part parce que le prêtre est un prêtre déchu, un mauvais prêtre, qui semble taillé sur mesure pour la propagande anticléricale du régime d'alors. D'autre part, parce que l'officier implacable qui est à ses trousses est habité par des souvenirs d'enfance saisissants, dans un Mexique misérable où l'Église catholique a effectivement été un oppresseur, pressurant les paysans avec une dîme démesurée et prenant systématiquement le parti des grands propriétaires terriens.

Le célèbre "sens du réel" de l'auteur est d'autant plus fort ici que Greene s'est amusé, de loin en loin, à mettre en parallèle avec son histoire une version déformée de l'équipée du prêtre : un de ces exemples de littérature pieuse pour enfants, avec enluminures édifiantes et mièvrerie bien-pensante à la clé, qui fait du personnage minable un héros et de sa vie celle d'un saint martyr. C'est un livre qu'une maman mexicaine lit à son fiston avant de l'envoyer se coucher…

Et c'est aussi ce que John Ford a fait de cette histoire ! Les passages où la maman lit à son petit garçon le livre d'images édifiant ont bien sûr disparu. Le prêtre est un saint; il n'est plus alcoolique, sa foi n'est plus vacillante, il ne baise plus avec sa paroissienne (car il résiste à la tentation, bien sûr!) et, bien entendu, n'a pas avec elle d'enfant illégitime. L'officier mexicain est un méchant, point à la ligne. Je dirais même un méchant d'opérette. Ses motivations, sa vie, ont entièrement disparu – et avec elles, évidemment, le portrait peu flatteur (tracé, je le répète, par un catholique convaincu) des exactions de l'Église catholique au Mexique.

Le résultat est d'une risible bondieuserie. Le talent de John Ford, pas plus que celui d'Henry Fonda, ne sont réellement en cause ici, au sens où c'est toujours aussi bien filmé et bien joué. Mais ce talent est mis au service d'une oeuvre de pure propagande religieuse, bébête et moralisante au superlatif – bref, tout ce que l'oeuvre originale avait réussi à ne pas être une seule seconde : sa raison d'être, en fait.

Ils sont légions, les films moins bons que le livre dont ils ont été tirés. Mais ici, il ne s'agit pas de dire que le film est moins bon que le roman de Graham Greene : il s'agit de dire qu'il en constitue la trahison systématique, je dirais même forcenée

Côté légende, côté imaginaire, côté fantaisie, Hollywood est imbattable. Mais lorsqu'il s'agit de s'intéresser à la réalité… pas fort. Vraiment pas fort. Le manque de crédibilité et de fiabilité de nombreux films historiques, ou à cadre historique, conçus aux États-Unis, est à peine moins pire que celui de l'ex-Union Soviétique! C'est le règne de l'anachronisme – surtout du point de vue des mentalités – et du n'importe quoi. «If the legend is better than the story, choose the legend!», disait John Ford. «Choisir la légende», si l'on y pense à froid, cela veut aussi dire falsifier. L'indifférence à la réalité, telle qu'illustrée par la petite phrase de John Ford, a toujours le haut du pavé à Hollywood aujourd'hui. Une faille que d'autres, j'espère, sauront exploiter à bon escient. La Puissance et la gloire, par exemple, ça pourrait faire un passionnant film mexicain…

Arca1943


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De Gilhooley, le 8 octobre 2004 à 19:15
Note du film : 6/6

Remarquable boulot, tout à fait dans le style de Ford. La moindre de sez qualités, c'est d'avoir mouché ce renifleur de bac à graisses de Graham Green. avec Ford, il ne faut pas plaisanter avec la religion. Sur le plan formel, il n'y a absolument rien à redire. Quand aux accusations de mièvreries, elles sont de rigueur à chaque fois qu'il s'agit d'un vrai film catholique… Il faut être vrai catholique pour mesurer à sa juste mesure ce film


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De Arca1943, le 9 octobre 2004 à 18:31
Note du film : 2/6

" Il faut être vrai catholique pour mesurer à sa juste mesure ce film ", dites-vous.

Voilà un point sur lequel je ne songerais pas à vous contredire : ce film est en effet une illustration parfaite de l'expression "prêcher aux convertis". Avec l'accent sur prêcher.

N'étant même pas un "faux catholique" comme Graham Greene, mais un vrai mécréant, je ne peux pourtant m'empêcher de remarquer qu'au stict plan narratif, le récit original est celui d'une rédemption, parce que le personnage central est un pécheur qui va se reprendre à travers une série de terribles épreuves, tandis que le prêtre de Ford étant déjà un saint au début de l'histoire, la rédemption est éliminée du récit.

J'aimerais aussi vous servir une citation du cardinal Newman sur la représentation du péché dans l'art et la notion d'"art catholique", mais – chanceux que vous êtes – ma mémoire flanche. N'empêche, je vais la retrouver et vous verrez bien. A moins que l'éminent cardinal-philosophe soit aussi un "faux catholique", bien entendu…

Arca1943

P.S. Dans le même esprit mais sur un autre thème, je préfère de loin Les Camarades à des films de grève qui sentent la rhétorique et le prêchi-prêcha, comme La Grève ou Les Raisins de la colère… Ce sont les mêmes raisons qui me font préférer le roman de Graham Greene au film de John Ford.


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De Gilhooley, le 10 octobre 2004 à 08:39
Note du film : 6/6

Désolé pour le trou de mémoire, l'avis du cardinal Newman m'intéresse vivement.

Quant à l'histoire de rédemption de Graham Greene, elle a surtout pour objet de salir l'image du prêtre.

John Ford a choisi de mettre en avant le vrai drame qui est la persécution.

Mais ce n'est pas à la mode, car la persécution des Chrétiens existe encore, en Chine, au Soudan, au Timor, en Irak, et visiblement ça ne gène personne.

Seulement Ford a mis le doigt sur la plaie, car cette affaire Mexicaine est un vrai baril de poudre, et tout le monde s'est tu sur le sujet, même l'Église. Voici l'avis de Mgr Gonzalez y Valencia " Tout ce qui fut fait a été si déplorable, qu'il vaut mieux que l'histoire s'écrive dans cinquante ans, quand nous serons tous morts"…

Pour plus de précisions lire le livre de Meyer, APOCALYPSE ET RÉVOLUTION AU MEXIQUE, Gallimard, 1974, et là je vous garantis que vous regarderez le film d'un autre œil.


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De Xavier Dufour , le 14 décembre 2010 à 08:58

Pitié pour Graham Greene, La Puissance et la Gloire est un grand roman, puissamment catholique, comme Mauriac l'a bien vu. Le reste est idéologie. Quant au film de Ford, il souffre des inévitables contraintes de durée qui l'obligent à racourcir la deuxième partie et à briser la progression du personnage du prêtre. Mais ce n'est tout de même pas un navet…


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De Arca1943, le 14 décembre 2010 à 14:28
Note du film : 2/6

Dans le monde de la politique comme celui des affaires religieuses, c'est incroyable comme les croisés de diverses obédiences – militants à temps plein d'un parti politique, d'une foi spirituelle ou d'autres bonne causes importantes – semblent incapables de saisir pourquoi un ton de propagande est quelque chose d'agaçant pour celui qui n'est pas déjà convaincu de la foi X ou du parti Y. Sans doute ne se rendent-ils pas compte que le spectateur/lecteur qui n'est pas déjà converti à la foi X ou au parti Y n'est pas pour autant un imbécile. Bon sang, Graham Greene avait réussi à faire, sur un sujet comme la Cristada, une oeuvre entièrement exempte de prêchi-prêcha, qui ne milite pas, qui ne se sert pas de la fiction comme cheval de Troie d'un dispositif de persuasion. Quel tour de force ! Quand on regarde le film, on se dit que c'est comme si les sanctimonieux auteurs (pardonnez l'anglicisme), incapables de s'abstenir de prosléytisme, ont cherché délibérément à démolir ce tour de force pierre par pierre. Il y a une oppposition fondamentale entre les deux perspectives : Graham Greene croit à la capacité de la fiction de saisir le réel, John Ford déclare au contraire : "Si la légende est plus belle que la réalité, choisit la légende." Un réaliste adapté par un antiréaliste, ça ne pouvait que se planter.


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De Tom Doniphon, le 20 décembre 2011 à 12:55

"Si la légende est plus belle que la réalité, choisit la légende." Un réaliste adapté par un antiréaliste, ça ne pouvait que se planter…

Ce qui passe souvent inaperçu dans Liberty Valence, c'est que Ford montre justement le réel… (il filme toutes les faces d'une même histoire) pourquoi croire que le journaliste est le porte parole de Ford. Cela vient surement d'une période ou la propagande progressiste voulait faire passer Ford pour un réactionnaire gâteux… ce qu'à l'évidence il n'étant pas, étant par ailleurs un artiste plus important que Graham Green… Je pense qu'il n'y aucune comparaison à faire entre le livre et le film, Ford et un auteur qui travaille sa propre mythologie, sa propre thématique… le film souffre plus d'hiératisme que de bondieuserie… je ne crois pas que le personnage du prêtre soit un sain au début du film… ni même à la fin d'ailleurs… le sentiment anti-catholique étant si puissance, que seuls les croyants sobres (Rosselini, Dreyer, Bresson…) trouvent grâce auprès d'une certaine critique. Le catholicisme populaire (mais non moins profond) d'un Henry King, d'un Ford ou d'un Capra passe beaucoup moins bien. Mais je reconnais, que si l'œuvre est forte, elle est discutable sur le plan formel. Ford n'objective pas son point de vue, c'est comme si l'on voyait le film à travers le prisme mental du prêtre…


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De Arca1943, le 20 décembre 2011 à 14:29
Note du film : 2/6

« Ford est un auteur qui travaille sa propre mythologie. »

Mythologie, en effet. Voilà bien le problème pour ce genre de film. Il s'agit de la Christada, un événement historique dont les tenants et aboutissants sont parfaitement saisis en filigrane du chef-d'oeuvre de Graham Greene, y compris bien sûr les raisons pour lesquelles l'Église catholique a pu susciter une telle hostilité au Mexique dans des cercles révolutionnaires.

« Le catholicisme populaire (mais non moins profond) d'un Henry King, d'un Ford ou d'un Capra passe beaucoup moins bien. »

Je comprends pourquoi vous croyez que John Ford est un artiste plus important que Graham Greene : parce qu'il fait du cinéma et non de la littérature. Vous ne donnez d'exemples de ce catholicisme populaire qu'au cinéma.

Le problème dont il s'agit est plutôt celui du prêchi-prêcha dans la fiction, roman ou film et quel que soit l'"isme" (idéologique ou religieux) dont on se réclame. Le tour de force de l'écrivain catholique Graham Greene – passablement populaire lui aussi, soit dit en passant, au vu des millions d'exemplaires vendus de par le monde de ses romans catholiques comme La Puissance et la gloire ou Le Fond du problème – est justement de réussir à éviter le prêchi-prêcha, malgré le sujet de son roman qui, pour un catholique, s'y prêtait tellement : la Christada, persécution des prêtres catholiques pendant la révolution mexicaine des années 30. Son livre est absolument exempt de ce ton de propagande qui rend l'adaptation de Ford si antipathique, exactement comme sont antipathiques les films soviétiques à la gloire du communisme : parce qu'ils sont "à la gloire de". La fiction y est harnachée par un prosélytisme.

Graham Greene, lui, n'est pas là pour se servir des événements historiques aux fins d'alimenter une mythologie. Si son roman est une très chrétienne parabole sur la rédemption, il ne force pas les faits à entrer dans son univers et s'incline, au contraire, devant le poids des événements historiques, avec une humilité qui me semble ô combien cohérente avec sa foi.


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De vincentp, le 26 décembre 2014 à 22:55
Note du film : 4/6

4,2/6. Un John Ford mineur (le scénario de Dudley Nichols comme celui de Le mouchard est un brin hiératique, des acteurs en font des tonnes façon cinéma des années trente). Reste que visuellement le film est réussi, et que la mise en scène est de qualité. Certainement pas un navet ! Notre collègue Arca1943 ne fait pas preuve d'objectivité, sans doute saoulé par une éducation catholique qu'il a refusé durant son adolescence. D'autre part, contrairement à ce qui est précisé en introduction de l’œuvre, on se sent au Mexique, avec un ressenti d'un système politique mexicain tout sauf démocratique.


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De Arca1943, le 28 décembre 2014 à 02:12
Note du film : 2/6

«Notre collègue Arca1943 ne fait pas preuve d'objectivité, sans doute saoulé par une éducation catholique qu'il a refusé durant son adolescence.»

Allons, au lieu de parler à travers votre chapeau, VincentP, lisez plutôt La Puissance et la gloire, un des grands romans du vingtième siècle. Quant à l'éducation catholique, c'est plutôt mon grand-père maternel qui se l'est farcie et qui a réagi contre elle. Moi, je suis de la troisième génération d'une famille traditionnellement libérale, athée et anticléricale. Étant un athée de troisième génération dans une société largement laïcisée, mon rapport aux religions est beaucoup plus serein que celui de mon grand-père qui, maire d'une petite ville du Québec au début des années soixante, était toujours à couteaux tirés avec l'archevêque local. C'est aussi pourquoi je lis et relis des tas d'écrivains catholiques comme Georges Bernanos, Shusaku Endo ou bien sûr Graham Greene.

Graham Greene n'était pas moins catholique que John Ford et La Puissance et la gloire n'est pas moins un "roman catholique" que Dieu est mort est un "film catholique".

Simplement, le roman a l'art d'éviter tout prêchi-prêcha, autrement dit de faire confiance à l'intelligence et à la sensibilité du lecteur, tandis que le film "prêche aux convertis" et semble n'avoir acheté les droits du roman que pour le saboter.


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De vincentp, le 28 décembre 2014 à 12:03
Note du film : 4/6

Il est logique que Ford et Graham Greene n'aient pas la même vision du sujet, et aient produit au final deux oeuvres profondément différentes.

Plus que pro-catholique, ce film m'a paru – très subjectivement j'en conviens – être une charge contre la société mexicaine, alors qu'il a été réalisé avec le concours des autorités de ce pays. Le paysan crapuleux au long couteau, fourbe au possible, renvoie aux clichés visant les mexicains, par exemple. Une vision du Mexique assez proche de celle de The last of the fast guns, western peu connu tourné au Mexique.


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