Forum - Le Gentleman d'Epsom - Gabin - Troisième époque/ 1ère !
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Forum : Le Gentleman d'Epsom

Sujet : Gabin - Troisième époque/ 1ère !


De Impétueux, le 7 décembre 2007 à 23:10
Note du film : 5/6

Jean Gabin n'est plus le beau mec d'avant-guerre, clef des cœurs marqué par la poisse de cette chienne de vie et par la duplicité des femmes, incarné de Pépé le Moko à Gueule d'amour, ni ce type fatigué, usé par trop d'émotions et de trahisons des potes qu'il joue dans Touchez pas au grisbi ou Voici le temps des assassins. Il est vieux, désormais – parce qu'en 1964, quand on a soixante ans, on est vieux -, il regarde derrière lui, il descend la pente ; d'ailleurs est-ce que ceci ne pourrait pas avoir été écrit par Michel Audiard, alors que c'est extrait de Bel-Ami de Maupassant ? La vie est une côte. Tant qu'on monte, on regarde le sommet, on se sent heureux, mais dès qu'on arrive en haut, on aperçoit tout d'un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend.

Richard Briand-Charmery a été quelque chose ; il a vécu, aimé, rayonné ; il a claqué un fric fou, pour des idiotes qui ne valaient rien mais devant qui il voulait puérilement et élégamment briller ; il a risqué des bancos insensés à Monte Carlo, joué des sommes folles à Ascot ou à Saratoga ; il a toujours su que le luxe n'est pas une question d'argent ; il n'a jamais été parcimonieux ; il a jadis, comme Cyrano, toujours privilégié la posture à l'efficacité ; il n'est plus rien, aujourd'hui, et surtout pas Cyrano ; il a ravalé son orgueil, il est réduit à traficoter aux courses, à duper des parvenus qu'il méprise, à subsister comme il peut au milieu de types qu'il roule et qu'il abuse. Il s'en fiche ; il porte beau, il tient à une chose : ne pas couler.

Le gentleman d'Epsom, évidemment, c'est un film rigolo, plein de Jean Lefebvre, de Franck Villard (le grand con du Cave se rebiffe : Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre-étalon, il serait à Sèvres), de Louis de Funès ; c'est un film drôle, piquant, acide, un de ces films qui ravissaient les salles tranquilles de la France prospère, au grand dépit des petits marquis de la Nouvelle Vague ; c'est un film où l'on s'amuse à voir roulés les avides de dollars et qui – très, trop moralement ! – distribue équitablement les déceptions : finalement, tout ce fric est assez indécent ; on voit par là que nous sommes en plein gaullisme (est-ce qu'aujourd'hui on peut comprendre cela ?).

Mais le plus beau de ce film agréable, c'est la très charmante histoire, le moment très gracieux et très émouvant des retrouvailles de Briand-Charmery et de cette Maud (Madeleine Robinson, absolument ravissante) avec qui, jadis ou naguère une aventure s'est nouée, qui n'a pas duré, parce qu'elle n'était pas dans la nature des choses et dans le caractère de ses acteurs, mais qui était tendre et élégante. Toutes les séquences où l'on voit Briand-Charmery se préparer pour la soirée, corriger sa chemise effilochée, repasser les formules de ses chèques non approvisionnés, claquer un fric fou au cabaret russe, glissant les quelques billets qui lui restent sous les cordes des violons tziganes pour jouer à être encore quelqu'un, aux yeux d'une compagne qui n'est pas dupe, mais joue à l'être, toutes ces séquences sont extraordinairement réussies.

Tout cela est traité en comédie, souvent réussie, d'ailleurs ; mais on n'est pas très loin du pathétique de la dèche, du déclassement, de la déchéance… Ce bon film aurait presque pu être un grand film…


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De PM Jarriq, le 28 décembre 2007 à 16:10
Note du film : 4/6

Globalement d\'accord avec Impétueux. Il faut vraiment la verve de Audiard et la faconde de Gabin, pour que Le gentleman d'Epsom ne devienne pas le portrait pathétique d\'un raté, d\'un \"has been\" au seuil de la vieillesse, de la ruine définitive. Le ton adopté par le dialogue, emphatique, drôle, verbeux, donne le la, et c\'est la grande réussite du film. On peut être plus dérouté par le manque de construction du scénario, qui tient de la chronique. Les séquences de Madeleine Robinson (magique) et De Funès, sont totalement déconnectées de la colonne vertébrale du film, et n\'ont aucun lien entre elles. Ce sont comme deux gros sketches, extrêmement plaisants, posés là, entre deux scènes d\'hippodrome.

On se laisse volontiers porter par Le gentleman d'Epsom, grâce à la présence hors du commun de Gabin, amusant et triste à la fois, dans ce rôle d\'escroc à la petite semaine, de mythomane dans une perpétuelle fuite en avant. De Funès, juste avant le succès, en fait vraiment des tonnes et annonce son rôle dans Le grand restaurant, par ses courbettes et marmonnements obséquieux, mais sa prestation reste secondaire, et son duo avec Gabin fonctionne aussi peu que dans Le tatoué.


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De Frydman Charles, le 28 septembre 2009 à 09:34

Le film a du inspirer "des pissenlits par la racine".On y retrouvera le milieu hippique et Léon Zitrone. Les pissenlits sont ici utilisés comme dopant pour un cheval : "des pissenlits guatémaltèques!!!". L'expression "coup de légende" sera reprise par Jo (Maurice Bidaut). L'ambiance russe du restaurant dans ce film et le clin d'œil à la littérature russe dans "les pissenlits par la racine". Une allusion à la mythologie avec un cheval Minautore fils de Minos et Parsiphaé se retrouvera avec la jument Parsiphaé portant le numéro neuf dans le film de 1963.A noter que le commandant ne fait jouer et ne joue lui-même que sur un seul cheval. Pas question de couplé ou de tiercé !!!


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De violons tziganes, le 14 septembre 2011 à 13:44

J'aui besoin d'aide s'il vous plaît: je souhaiterais savoir dans quel film le personnage après un dîner dans un restaurant russe dit alors qu'un violoniste se penche vers lui"lorsque vous aurez fini de dégouliner dans mon assiette vous m'apporterez l'addition !"…

Le Gentleman d'Epsom est un film que j'adore, les réparties Gabin sont assez mémorables "je vous prie de ne plus m'adresser la parole, même de loin…" "la loi de Robowski sur la répétition cyclique"… "j'aime fumer un dernier cigare sous les marroniers" pour ne pas se faire raccompagner dans sa pension de famille… De Funes "je suis arrivé à paris en espadrilles, je veux me gaver…" un petit hommage à Paul Mercey que j'ai rencontré et qui apparaît dans beaucoup de Gabin…


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