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Sujet : Un réussite artistique et publique de Antonioni


De vincentp, le 25 novembre 2007 à 10:17
Note du film : 6/6

Curieusement, cette belle réussite artistique et publique de Antonioni n'a pas encore fait l'objet de quelques lignes d'éloge sur ce forum. Pour ma part, je l'ai découverte hier en VO italienne non sous-titrée, ce qui n'est pas très génant pour la compréhension de l'histoire.

Le cri témoigne du talent de conteur de Antonioni, qui utilise à merveille les décors hivernaux et gris de la plaîne du Po, pour créer une atmosphère de désespoir affectif, en phase avec le sujet. Le décor est à part entière un personnage.

Ce film obéit à une certaine structure narrative que l'on pourrait schématiser de la façon suivante.

La séquence type débute par une entrée sur scène de personnages qui avancent en diagonale de gauche à droite, vers le premier plan. La caméra tourne alors lentement sur sa droite pour suivre quelques instants les déplacements de ces personnages, vus finalement de dos. Puis un personnage vu de face se détache de l'arrière plan et avance vers la caméra, laquelle recule lentement. Les idées de ce personnage sont alors développées et constituent le coeur de cette séquence.

Des champs-contre-champs nous plongent ensuite dans les dialogues entre l'homme et la femme, marquant leur affrontement psychologique. L'homme et la femme, qui ont besoin l'un de l'autre, qui tantôt s'attirent, tantôt se repoussent comme des aimants, ont du mal à s'accorder. La belle Alida Valli, femme inquiète par excellence, exprime ainsi son refus de la domination qu'exerce sur elle Aldo (Steve Cochran). Souvent l'homme se déplace sur la droite de l'image (en plan "américain", c'est à dire vu au-dessus de la ceinture) alors que la femme fait le contraire, marquant symboliquement son refus d'aller dans la direction psychologique que lui indique ce personnage masculin.

Cet affrontement psychologique est ponctué par quelques notes de pianos qui mettent en relief les émotions des personnages.

La séquence type se conclut au final par une sortie de scène des personnages par le biais d'une nouvelle diagonale mais cette fois-ci de la gauche vers la droite, et de l'avant plan vers l'arrière plan. Parfois une diagonale intermédiaire de droite à gauche a marqué une crise psychologique passagère.

Antonioni opère néanmoins des variations bienvenues par rapport à ce schéma narratif. Pour ne pas lasser le spectateur avec des images trop répétitives, pour moduler son propos, pour intégrer les formes du décor naturel à son récit. Par exemple, le fleuve, les sillons d'un champ sont souvent représentés en arrière-plan, en diagonale, tandis que les personnages devisent de façon statique au premier plan. De l'avant à l'arrière plan, l'image compose un tableau homogène, en phase avec le sujet.

Un film à redécouvrir pour la qualité de la mise en scène, la direction d'acteurs, et tous un tas d'autres raisons, qui font le succès artistique et public d'un long-métrage (on pourrait encore citer la capacité de l'auteur à mettre en scène des attitudes psychologiques que des individus comme vous et moi peuvent rencontrer dans la vie de tous les jours, et s'en intriguer).

Antonioni fut sans nul doute un des grands maîtres du cinéma et Le cri en est une manifestation évidente !


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De Arca1943, le 25 novembre 2007 à 17:29

Quelle heureuse coïncidence, il sort en DVD Zone 2 justement ces jours-ci.

Alors que je ne suis pas vraiment un fan d'Antonioni (sauf de ses plus vieux films comme Chronique d'un amour ou Femmes entre elles) je dois dire que celui-ci avait fait ma conquête. Même si on n'est pas encore sur le territoire de la fameuse "incommunicabilité" qui a tellement fait se pâmer les intellectuels du temps (eux si sensibles aux buzzwords à la mode) c'est un peu un film charnière qui fait le pont entre les débuts encore ancrés dans l'influence néoréaliste et la suite de l'oeuvre, plus psychologisante. Dans mon souvenir – fort lointain : je ne mets même pas de note – Il grido avait aussi un côté road movie fort bienvenu. Et puis il y a la grande Alida Valli, bien sûr, qui va sûrement m'aider à me rendre jusqu'au bout du visionnement lorsque je le reverrai…

Et parlant de cri, j'en profite pour hurler : Nous voulons I vinti !


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