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Forum : Le Procès

Sujet : Avis


De jipi, le 11 novembre 2007 à 11:48
Note du film : 5/6

« Porter des chaînes est parfois plus sur que d'être vivant »

K est ciblé, laminé puis éliminé par un ou plusieurs pouvoirs anonymes munis de forces destructives broyant un organisme de défenses harcelé par des interrogatoires uniquement basés sur l'auto persuasion d'un mal en soi.

Le complexe de culpabilité s'entretient dans des décors démesurés. Un processus d'extermination comprime un homme dans des pièces basses de plafonds pour soudainement le projeter dans des salles gigantesques robotisées ou accusatrices jumelées à un Adagio répétitif.

Il faut atteindre péniblement des tribunes surélevées. Côtoyer des créatures offertes sur des tonnes d'archives servant de support d'étreintes. Encaisser de soudains revirements incohérents. Se miniaturiser dans un peplum architectural archaïque ou moderne.

Survivre à la claustrophobisation d'une pièce exiguë scrutée par des regards adolescents joueurs et moqueurs. S'enfuir terrorisé dans des passages criblés de raies de lumières. Soutenir l'impossibilité de communiquer à travers une baie vitrée.

K endure son Golgotha dans un cauchemar de dominances et de soumissions en alternances. Certains tyrans se retrouvent tyrannisés par leurs propres systèmes. Les femmes s'offrent sans tarder puis congédient rapidement. K perd pied en s'enfonçant dans le royaume le plus redoutable: L'incompréhension.

L'acharnement administratif procédurier fait rage, l'incohérence, le rabaissement continuel par un geste éprouvant autant qu'inutile lamine un visage de plus en plus décomposé. L'escalade est prescrite afin de se disculper devant des accusateurs lubriques entretenant une paranoïa individuelle par un pseudo procès susceptible de toucher n'importe lequel d'entre nous. Le système n'a pas la maturité de s'apercevoir qu'en pulvérisant une ressource il se dynamite de l'intérieur.

Orson Welles cinéaste surdimensionné en lui-même et dans son œuvre offre un travail exceptionnel. Le procès opus de référence d'un noir et blanc indispensable à sa valeur livre des clairs obscurs magnifiques. Certains plans extérieurs d'une luminosité blafarde offrent des brèches contemplatives étonnantes.

Un processus de démolition cauchemardesque calibré dans une technique contenant quelques pépites de Citizen Kane font de cette merveille paranoïaque un esthétisme baroque de premier ordre.

« Le procès » œuvre maîtresse d'un technicien hors pair déploie les vérités d'un visuel déprimant mais terriblement accrocheur, presque attirant.


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De droudrou, le 20 avril 2008 à 19:35

Le procès est un film difficile d'Orson Welles que j'ai vu il y a… presque un demi-siècle ! Depuis, je ne l'ai pas revu et il faudrait certainement le visionner pour pouvoir apporter une réponse à ce texte d'introduction de notre ami Jipi.

Ce que je me souviens surtout du film de Welles c'est une ambiance presque de cauchemar avec des images où la démesure est de rigueur. Après avoir vu le film, j'avais lu le roman de Kafka et dans la foulée "La métamorphose". Pour moi, on ne peut que donner un coup de chapeau à Welles pour avoir traduit en images un récit assez particulier où, c'est vrai, l'homme n'a pas grand chose à dire pour sa défense.

Je me garderai donc de noter ce film par contre, je dirai que notre ami Jipi a rédigé une intervention on ne peut plus sérieuse à ce propos ! Bravo Jipi ! Décidément, tu nous surprends toujours quand tu attaques des sujets aussi immatériels que ce film ou 2001…


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De vincentp, le 16 avril 2010 à 23:45
Note du film : 5/6

4,8/6. Comme L'année dernière à Marienbad, le cinéma explore au début des années 1960 de nouvelles voies, et en voici une illustration… On est loin du gendarme à Saint Tropez… On peut apprécier la démesure du propos, et les recherches de mises en scènes (sur les plans employés, l'utilisation de la musique, les dialogues). On peut aussi estimer que Orson Welles tire ici vers le grandiloquent ou le mégalo (le personnage traverse un couloir vide puis ouvre une porte : cinq cent personnes l'attendent dans la pièce). A regarder en étant en bonne forme physique et mentale. Bien difficile de mettre une note à ce film. Je pense que dans l'ensemble les qualités l'emportent et que la balance penche dans le bon sens, en particulier parce que la richesse formelle fait que l'on est surpris toutes les cinq minutes…

  

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