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Sujet : Engagement social et parabole biblique


De urspoller, le 17 octobre 2007 à 18:43
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ce film est adapté du roman éponyme de John Steinbeck qui a remporté le prix Pullitzer en 1940.


Ce métrage, aux relents expressionnistes et sociaux, signé du grand John Ford peut être perçu, comme nombre des oeuvres du réalisateur (dont notamment le Convoi des Braves ou Le Fils du Désert), comme une parabole à forte connotation biblique sur la quête perpétuelle de la Terre Promise.

Un autre thème cher à John Ford se dégage du film à savoir la dualité (certains évoquent une vision presque manichéenne) entre, d'une part la décomposition voire la disparition d'un mode de vie et de pensée basée sur des siècles de tradition sous-tendue ici par les notions de perte matérielle, économique et humaine (le deuil) et, d'autre part, l'essor d'un monde nouveau né dans les larmes et la souffrance mais qui engendrera, in fine, l'espoir et le courage.

Ici, le réalisateur d'origine irlandaise a mis tout son cœur, son humanité et son talent pour relater cette épopée alliant l'engagement social et la parabole biblique de la Terre Promise et pour donner une dimension universelle à cette vision épique de l'héroïsme du quotidien faisant fi des souffrances et des épreuves.

Le choix de Henry Fonda, incarnant ici le courage de l'homme face à l'injustice, fut un élément prépondérant dans le succès du film. D'ailleurs son interprétation s'attira les éloges de John Steinbeck. A noter qu'Henry Fonda endossera à plusieurs reprises ce personnage d'homme épris de liberté, avide de justice et de défenseur des opprimés, à la fois chez John Ford (Vers sa destinée, La poursuite infernale…), mais aussi chez Hitchcock (Le faux coupable).

Le cinéaste brosse, au final, un grand film social, où l'individu, sans ressource et aux abois, est confronté à l'adversité mais reçoit finalement une leçon d'espoir, de pudeur, d'humanisme, d'optimisme, de persévérance et d'héroïsme comme dans le sublime Qu'elle était verte ma vallée du même réalisateur. Ce métrage fut récompensé par Deux Oscars en 1941 à savoir l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour Jane Darwell et l'Oscar du meilleur réalisateur pour John Ford. Il reçut également cinq autres nominations.


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De droudrou, le 17 octobre 2007 à 19:02
Note du film : 6/6

L'ensemble des personnages du film est important. Ce n'est pas le personnage incarné par Henry Fonda que je trouve le plus important. C'est la mère. Le roman de Steinbeck lui donne une présence exceptionnelle. Le film la magnifie.

J'avouerai avoir eu quelque difficulté à accepter les premières images du film dans la mesure où l'image de Henry Fonda (quels qu'aient été ses rôles au cinéma, avant et après) demeure, pour moi, celle de 12 hommes en colère (il est encore question de colère…). Si ç'avait été Mitchum ou Douglas, ça passait mieux (et j'oublie beaucoup d'autres gueules du cinéma américain qui, ces mêmes années, nous ont marqués).


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De Arca1943, le 17 octobre 2007 à 19:12
Note du film : 5/6

« …mais reçoit finalement une leçon d'espoir, de pudeur, d'humanisme, d'optimisme, de persévérance et d'héroïsme. »

Oui, c'est ce côté "donnage de leçon édifiantes", ce côté rhétorique et prêchi-prêcha qui m'agace un peu avec ce film (par ailleurs très beau), un peu comme dans certains films… soviétiques sur le même sujet ! Je persiste à lui préférer Les Camarades, qui s'attache à désamorcer la rhétorique – écueil majeur de ce thème "social" par excellence – en racontant lui aussi une tragique histoire de grève, mais par le biais de l'humour et de la dérision.


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De urspoller, le 17 octobre 2007 à 20:16
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Droudrou, A l'instar de Gary Cooper réduit à son rôle de défenseurs des opprimés dans Le train sifflera trois fois, Pour qui sonne le glas, Le Jardin du diable ou Vera Cruz, de Robert Mitchum dont la postérité retiendra ses rôles de psycopathes ou de névrosés dans la nuit du chasseur ou dans les nerfs à vif, de John Wayne ou du monolithique Randolph Scott campant un nombre de fois incalculable un représentant de l'ordre, de l'inénarrable Walter Brennan sempiternellement associé à des personnages comiques, plaintifs, facétieux et haut en couleur comme dans Le Cavalier du désert, Le Port de l'angoisse, Rio Bravo ou Une corde pour te pendre.

Eh bien, pour moi, il en va de même pour Henry Fonda archétype personnifié de l'homme droit luttant contre l'injustice et les dérives d'une société comme dans J'ai le droit de vivre, dans Vers sa destinée ou dans Les douze hommes en colère. Si le substantif colère, comme vous le soulignez est présent dans les deux métrages abordés, cela ne tient pas de la coïncidence mais, bien entendu, ce vocable est employé ici pour appuyer cette notion de lutte contre l'injustice, de déchirements, de combats inégaux, et donc pour mettre en exergue ce courage propre à l'homme digne et droit, incarné de façon admirable, tout en sobriété par Henry Fonda.


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De droudrou, le 17 octobre 2007 à 22:17
Note du film : 6/6

Ah, Sébastien ! Tu défends très bien Henry Fonda dans le film. Je ne veux pas paraître borné mais, pour une fois je vais camper sur mes positions. Je ne connais pas toute la filmographie de l'acteur mais, c'est une opinion tout à fait personnelle, Henry Fonda m'a toujours paru comme quelqu'un qui n'est pas fragile. J'aurais l'impression de quelqu'un difficile à atteindre par rapport à un personnage comme Montgomery Clift. Au début du film, il revient de prison. Et à la fin, il n'est plus là. La dernière scène reste au personnage de la mère. Certes, qu'il faille préserver l'espoir, je suis tout à fait d'accord mais il s'en passe tellement au cours de ce voyage que c'en est presque une fatalité que Monty Clift personnaliserait certainement mieux que Fonda dans sa fragilité et ce qu'il continue…


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De urspoller, le 18 octobre 2007 à 18:09
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Henry Fonda n'interprète pas tout à fait un personnage fragile, comme tu l'évoques, mais un homme simplement révolté par l'évolution de la société, ce qui explique ses accès de rage, notamment à l'égard du policier. Mais, là où je suis en plein accord avec toi, c'est lorsque tu soulignes que Montgomery Clift aurait eu le profil idéal pour camper Tom Joad. Qui mieux que Monty Clift est capable de révéler un éventail plus large d'émotions, de doutes, qui sous-tendent des fêlures intimes et actes inavouables ? Monty est l'incarnation de personnages complexes, nuancés et vulnérables comme il a pu le démontrer dans La Loi du silence, Tant qu'il y aura des hommes ou Soudain, l'été dernier.


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De PM Jarriq, le 18 octobre 2007 à 18:39

Henry Fonda, dans certains rôles comme Les raisins de la colère ou Douze hommes en colère (décidément !) ou encore Point limite, avait cette qualité rare de rendre ses personnages universels. Son Tom Joad représentait tous les Américains détruits par la crise, son juré était l'incarnation de l'honnête homme, son président des U.S.A. était LE président idéal. Peut-être meilleur comédien, Clift ne possédait pas cet aura sur laquelle Fonda a bâti toute sa carrière.


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