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Sujet : Grâce à la Continental, un diable paisible...


De s é p i a, le 8 octobre 2007 à 20:31
Note du film : 3/6

C'est encore grâce à la Continental que ce film a pu voir le jour en cette sombre période de notre histoire. Continental qui fut le sujet de tant de controverses mais sans qui nous n'aurions jamais connu certains des chefs-d'œuvre qui nous tiennent le plus à cœur.

Étrange film que cette "Main du diable" qui nous laisse un souvenir mitigé. Souvenir d'abord d'une certaine magie -le diable nous étant présenté sous la forme très humaine et très bonhomme de l'espiègle Palau et les revenants se succédant en étalant leurs errances sur plusieurs décennies, sans abondance de sang ni tronçonneuse à la main – mais souvenir également d'une magie que la mise en scène de Maurice Tourneur ne sut peut-être pas porter aux nues qu'elle méritait.

Pourtant, dans le sillage de Pierre Fresnay de solides acteurs s'emploient à rendre crédible ce qui nous apparaît, suivant notre humeur, comme un terrible conte de fée ou une très grave bluette.

Pour autant le résultat est bien loin d'être décevant ! Bien que restant un film quelque peu faible dans sa forme, il vous faut, cher Impétueux, serrer très vite cette main là !


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De Impétueux, le 8 octobre 2007 à 21:21
Note du film : 4/6

Ah mais ! Serrer la main du Diable ne m'a jamais fait peur… et j'ai d'ailleurs souvent l'impression que c'est une bonne façon de s'amuser… Et Dieu sait si, en ce moment, les occasions sont fréquentes…


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De Frydman Charles, le 5 mai 2008 à 15:58

Plusieurs films sous l'Occupation tentent d'échapper à la réalité par le rêve, la poésie ou le fantastique… "les visiteurs du soir…Le film "la main du diable" en fait partie. Maurice Tourneur avait-il vu l'affiche violemment antisémite de l'exposition "Le juif et la France" en 1941 ? Le graphisme de la main est analogue à celui de l'affiche du film… L'exposition diabolisait , déshumanisait "le juif". Pierre Palau en petit bonhomme rondouillard vêtu de noir avec un chapeau rond symbolise un diable très humain.


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De Lagardère, le 13 juillet 2008 à 19:36

BON SANG DE BONSOIR DE PAR EXEMPLE ! Pendant des années , je me suis demandé ce que pouvait bien me rappeler cette affiche ! C'est tout à fait vrai : L'exposition juive à Paris . Et la lumière fut …Gloire à toi Frydman Charles !


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De Gilou40, le 5 août 2010 à 19:52

Oui, ce film est une merveille. Alors, j'entends ça et là parler de métaphore parce que l'Occupation, parce que la Continental (et grand merci à elle pour tous les chefs-d’œuvre dont nous aurions du nous passer !), etc,etc. Et nous nous devons d'y voir Adolf dans l'interprétation de Palau, petit diable au regard pourtant bien mutin. Et puis les juifs, machin, patin, couffin. Ras le bol !

Rien du tout ! Moi, je vois là un film fantastique et fantastiquement bien réussi. Je ne dis pas que le message n'existe pas, je prétends que je m'en fous. Quand on veut voir la guerre avec toute la terreur que cela comporte, on regarde Nuit et brouillard, L'armée des ombres, La bataille du rail, Le jour le plus long et tutti quanti. Ici, la magie opère d'un bout à l'autre. Tout est fait pour nous emporter loin, très loin justement de tout esprit retors envers un quelconque ennemi. Et si le diable est bien présent, comme il peut l'être dans Les visiteurs du soir, je ne veux pas voir, dans cet espèce de conte, une quelconque allusion à la guerre. Quand je regarde La belle et la bête, je ne pense pas aux chats torturés dans les laboratoires. Simplette ? Si vous voulez…

Pourtant, dans ce fantastique, règne un suspens qui ne nous lâche pas. Tout y est désespérément beau. A commencer par le regard d'un Pierre Fresnay que je ne me souviens pas avoir vu mauvais, un jour ou l'autre. Le réalisateur de Volpone a su formidablement se servir de cet acteur pour passer du désespoir à l'espièglerie, via le surnaturel, avec une telle aisance. Toute la première partie du film est la quête d'un artiste peintre incompris, comme tout bon artiste qui se respecte. Puis doucement, Tourneur nous fait glisser dans un univers ou les ombres sont reines. Magnifiques éclairages de Armand Thirard rappelant beaucoup ceux de L'homme au chapeau rond, tout comme certains morceaux musicaux rappellent étrangement Les portes de la nuit… Ambiance Mystère, intrigante, et présence de plus en plus "collante" de ce diable qui trafique les horloges pour faire courir plus vite un temps qui lui rapporte le double, chaque jour passé. Malgré la présence (quand même un peu pâle) d'un ange gardien qui a pris les traits du toujours excellent Larquey, il est le patron.

Des effets spéciaux un peu lourds (on a considérablement arrangé cela depuis) mais qui font le fantastique. Et puis cette question lancinante : et si, en fin de compte, nous avions besoin du diable ? Si nous passions outre l'idée qu'à la fin la note sera très lourde à payer, mais qu'avant, tous les succès dans tous les domaines nous seraient permis ? Et si la "Damnation" n'était qu'un mot ? Ce qui est formidable dans ce film, c'est que nous nous en fichons quand Fresnay s'en fiche, et nous regrettons amèrement quand il se ravise.

Notre peintre est le maillon d'une longue chaine. Il a acheté un jour un talisman a un restaurateur. Et pas n'importe lequel restaurateur. Un Noël Roquevert Rrrrroulant les R comme personne. Quel numéro il nous fait le Concarnois ! Lui même l'avait acheté à un autre et devait s'en débarrasser avant de mourir. Et notre peintre devra remonter jusqu'au premier maillon, le fameux Maximus Léo. Et si ce film mérite ô combien d'être vu, ce sera pour la scène des retrouvailles avec tous les maillons. Magique… J'affirme que Tourneur a réalisé là, une scène d'anthologie ! Au fil des siècles, un mousquetaire un peu lâche, à la veille d'un duel, a acheté un talisman au diable. Il devient invincible mais doit le revendre à un tire-laine. Lequel s'est mis à fabriquer brillamment de la fausse monnaie. Puis il a dû s'en séparer au profit d'un jongleur dont l'habileté, avec ce talisman, devint extraordinaire. C'est un illusionniste qui lui rachète le talisman… Et ainsi de suite… Jusqu'à notre restaurateur qui vend le talisman maudit à notre peintre. Quelle formidable idée cette scène ! Tous les protagonistes se racontent et on voit défiler leurs histoires en fond de scène. Puis apparaitra Maximus Léo….

Le diable sera vaincu. Et tous pourront désormais reposer en paix. Je redis que Maurice Tourneur est un très grand metteur en scène. J'ai évoqué sur ce site son excellent Le val d'enfer. Du grand, du très bon cinéma.

A damner un saint !


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De Impétueux, le 15 mai 2016 à 20:45
Note du film : 4/6

Sans aller trop loin dans l'hyperbole louangeuse, je dirais volontiers que j'ai passé un très bon moment en découvrant ce film bref (1h23), superbement photographié par le grand chef opérateur Armand Thirard et réalisé par Maurice Tourneur dont c'est sans doute la meilleure œuvre. Outre d'avoir mis en scène l'inusable Volpone, le titre de gloire de Maurice Tourneur est d'être le père de son fils, Jacques Tourneur, maître du cinéma fantastique, auteur de La féline, de Vaudou (vus il y a trop longtemps pour que j'en parle) et de l'admirable Rendez-vous avec la peur, où figurent certaines scènes parmi les plus angoissantes que je connaisse…

Parmi elles une main dont on ne sait à qui elle appartient et qui se pose sur la rampe d'un escalier sévère que descend le héros John Holden (Dana Andrews). Allez savoir si cette main maléfique et inquiétante n'a pas été inspirée au fils par le film du père ! Car La main du diable, elle aussi est une histoire démoniaque, bien sûr ; mais un récit assez classique qui a fait florès dans la littérature de tous les temps : celle de la vente au Démon de son âme, vente qui permet d'acquérir sur la Terre richesse, beauté, jeunesse, puissance, argent, talent, mais au prix terrifiant de sa damnation éternelle.

Si la légende de Faust est l'avatar le plus connu de cette riche mythologie, il y a bon nombre de contes qui voient le mortel, par le biais d'un subterfuge ingénieux, se montrer plus malins que le Malin lui-même et le rouler finalement, au bout du suspense. C'est exactement ce qui arrive ici au bout d'une narration extrêmement bien conduite, issue d'une nouvelle de Gérard de Nerval très enrichie par le scénariste, Jean-Paul Le Chanois.

Juxtaposition d'une réalité banale, triviale et, parallèlement, de l'enfermement d'un peintre médiocre qui, grâce au pacte qu'il conclut sans y croire avec le Prince des Ténèbres obtient fortune et amour. L'idée magnifique du film est d'avoir fait de Satan un petit bonhomme rondouillard, courtois, doucereux, sournois, disponible et d'avoir confié le rôle à Pierre Palau qui, au fil des séquences, devient de plus en plus inquiétant et angoissant. On a vraiment l'impression que le film, parti dans l'esprit d'un aimable conte philosophique, commence, au fur et à mesure qu'il progresse, à tutoyer l'angoisse. Pour racheter l'âme qu'il a vendue, le peintre, Roland Brissot (Pierre Fresnay) voit chaque jour doubler la somme qu'il doit acquitter et le film suit cette course folle de l'argent qui cavalcade, ruisselle, déferle : au fur et à mesure, Tourneur accélère et fait monter la tension, ferme toutes les portes d’espérance.

Malgré sa brièveté, La main du diable souffre tout de même d'un petit essoufflement dans son dernier tiers, singulièrement dans les séquences qui ont été célébrées par la critique pour leur esthétique : au contraire de beaucoup, j'ai trouvé peu satisfaisante la comparution de Roland Brissot devant l'aréopage de ceux qui ont constitué avec lui la longue chaîne des possesseurs de la main diabolique et qui vont lui permettre de sauver son âme : le procédé m'a semblé artificiel et naïf.

Cela dit, comment ne pas se régaler de l'abondance des talents réunis ? Au delà de Pierre Fresnay, tout en tension et en inquiétude, il y a cette merveille du cinéma d'avant : les seconds rôles qui, même s'ils n'interviennent que quelques instants, apportent leur présence, leur chaleur, leur épaisseur. Différence fondamentale avec le cinéma d'aujourd'hui, exclusivement centré sur les têtes d'affiche, qui néglige ceux qui forment, finalement la trame du spectacle…

Voir dans le même film Georges Chamarat, Antoine Balpêtré, Pierre Larquey, Henri Vilbert, Louis Salou, Robert Vattier, Gabrielle Dorziat… quel plaisir… Il n'y a guère que Noël Roquevert qui soit bizarrement distribué, en restaurateur italien… et une des plus inquiétantes séquences pour autant, c'est celle où Gabrielle Fontan, qui incarne une diseuse de bonne aventure, voit l'horreur dans les lignes de la main de Fresnay : deux minutes de rôle mais un visage effrayé qui montre l’innommable. Grands artistes !


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De Nadine Mouk, le 23 juillet 2017 à 18:36
Note du film : 6/6

J'ai revu hier au soir ce bijou inestimable du cinéma français . C'est à chaque fois le même émerveillement. Surtout la dernière scène où notre malheureux peintre retrouve tous les anciens possesseurs du talisman . Le mousquetaire, le tire-laine, le jongleur, le boxeur aveugle, l'illusionniste , le chirurgien et le restaurateur. Quelle magie ! Que voilà du beau et bon et grand cinéma ! Une scène sur laquelle Jean-Paul Le Chanois, pas encore metteur en scène, a beaucoup travaillé. Et j'ai remarqué hier au soir et pour la première fois un détail pour le moins curieux. Le fameux boxeur qui devint aveugle à force de combats ravageurs, a qui le chirurgien avait remis la main, ne nous raconte pas qu'il fut, quelques temps avant, chouchouté, choyé et… très tendrement accompagné par la jolie Vania (Huguette Vivier) dans la pension des Mimosas, au 21 avenue Junot . Cette très "attachante" infirmière ne savait pas que son patient avait signé un pacte avec le diable . Parce que dans L'assassin habite au 21 , ce boxeur, Jacques Despeaux, c'est bien le même ! Avant de rejoindre tous les damnés ayant signé un traité avec le diable, notre boxeur bénéficia des largesses de sa belle infirmière qui "avait pitié de lui" dira t-elle hypocritement au commissaire Wens… Voilà une petite précision dont je m'étonne qu'elle ai pu échapper à notre Robocop aux yeux de laser, Frydman Charles, présent sur ce fil de discussion …


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De Impétueux, le 23 juillet 2017 à 19:32
Note du film : 4/6

Il n'y a pas tellement lieu de s'étonner que Jean Despeaux (Jean et non pas Jacques) soit employé, comme dans L'assassin habite au 21, dans un rôle de boxeur : le personnage jouait finalement son propre rôle, puisqu'il avait été champion olympique des Poids moyens aux J.O. de 1936…


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De Nadine Mouk, le 23 juillet 2017 à 19:44
Note du film : 6/6

Mais je ne m'étonnais pas que Jean Despeaux soit employé dans un rôle de boxeur . Je découvrais qu'il était le même boxeur aveugle dans les deux films , un peu comme si c'était une suite normale …


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