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Forum : Les Dix commandements

Sujet : Triangle antagoniste


De DelaNuit, le 7 juin 2007 à 23:57
Note du film : 6/6

Je m'étonne que ce film si connu (trop ?) n'ait pas suscité plus de littérature.

On connait le gigantisme des films de Cecil B. de Mille (B pour Blount et non pour Bilet !) et ses nombreux paradoxes : ainsi, son sens du détail au milieu du gigantisme (par exemple, la caméra filme des milliers de figurants partant en exode, et puis cadre soudain un enfant au milieu de la foule conduisant sa basse-cour ou s'interrogeant sur un mini-veau d'or issu des trésors de l'Egypte).

On connait son sens du message édifiant et des valeurs bibliques… et pourtant sa complaisance a filmer de belles actrices sensuelles et provocantes (Ah, Hedy Lamarr dans Samson et Dalila…) ainsi que les scènes d'orgie (fastueuse bacchanale du veau d'or dans Les dix commandements : "et ils furent lascifs, impurs, idolâtres, pareils à l'écume polluée que rejette la mer sur le sable après une tempête…") !

Ce que je trouve intéressant dans ce film, au delà de ses scènes spectaculaires si connues (l'ouverture de la mer rouge…) dont les trucages commencent malheureusement à subir l'oeuvre du temps, de ses décors gigantesques, de sa brochette de stars… c'est que le film peut être apprecié à deux niveaux très différents.

Soit on en apprécie le spectacle biblique, parfois naïf, toujours grandiose et mené tambour battant, soit on considère celui-ci comme un argument, et on s'attache aux personnages, qui sont loin d'être plats, et ne sont finalement pas très sympatiques, même Moïse.

Ainsi, de leurs motivations : l'orgueilleux Ramsès (Yul Brynner), fils de Pharaon, ne rêve que de remplacer son père Sethi 1er dans le rôle de maître absolu, incontestable et incontesté.

Moïse (Charlton Heston), qui n'a pas connu son père, ne rêve que de se trouver un père de substitution et de lui obéir pour mériter son amour. Ce père sera le pharaon Sethi, puis après l'exil de Moïse hors d'Egypte, le Dieu rencontré dans le désert… qui le pousse à retourner défier Ramsès ! Les deux hommes ne peuvent pas s'entendre, non seulement parce que leurs motivations sont antagonistes, mais parce que ce qui donne sens à leur vie, à l'un et l'autre est incompatible.

Au milieu, Nefertari (Anne Baxter), princesse d'Egypte destinée à épouser le pharaon, a été élevée dans la superficialité des richesses pour séduire… et ne rêve que d'aimer à la folie. Elle ne peut être que malheureuse tant l'amour est secondaire aussi bien pour Ramsès, qui ne la voit que comme un objet sexuel ("tu es un petit animal dangereux dont il faut se méfier, mais aussi un doux festin dont je veux être le convive, et tu seras à moi comme mon chien, mon cheval ou mon faucon !") que pour Moïse, tout entier habité par son dévouement à Sethi puis au Dieu de son peuple.

La bergère qu'il épouse (Yvonne de Carlo dans un de ses plus beaux rôles) l'exprime bien elle même lors de son entrevue avec Nefertari : "Moïse nous a oubliées toutes les deux : vous le jour qu'il est parti chercher son dieu, moi le jour qu'il a trouvé son dieu"). Décidément, ce Moïse illuminé n'est pas si fascinant que cela, car il sacrifie même l'amour à Dieu, ce qui explique peut-être pourquoi ce dernier, à la fin, lui dénie le droit de poser le pied sur la terre promise.

Et c'est ce manque d'amour et de compréhension des autres (notamment de Nefertari) qui provoque la catastrophe, car Ramsès accepte de laisser partir les Hébreux d'Egypte, mais la façon brusque dont Moïse a traité la reine la pousse à endurcir le coeur du pharaon pour obtenir vengeance.

Cette scène est d'aileurs pour moi la plus belle du film. Ce n'est pas la plus spectaculaire, elle se déroule entre quatre murs, mais la progression dramatique y est excellente, et ne fonctionne que par la grâce des dialogues, la sobriété de la mise en scène (!) et le talent des acteurs.

Ramsès pleure la mort de son fils et invoque le dieu des morts (Sokar) de lui rendre la vie. Nefertari vient le narguer, mettant en cause son statut de chef, de dieu, sa virilité, sa jalousie… et le touche finalement à son point le plus sensible, son orgueil ("entends-tu ces rires, Pharaon ? Ce ne sont pas les rires des rois… mais les rires des esclaves dans le désert !"). Alors seulement Ramsès sort de ses gonds, convoque son armée, promet à Nefertari la mort de Moïse, et la sienne ensuite, du même glaive ! Et elle en est visiblement ravie ! Voilà à quelles extrémités la conduisent le manque d'amour et la rivalité de ces hommes : elle partagera la mort de celui qu'elle aime à défaut de partager sa vie.

Il y a tout cela dans Les dix commandements et pas seulement la Bible et le gigantisme des images…


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De Impétueux, le 8 juin 2007 à 18:26
Note du film : 4/6

Excellent et subtil message, comme à l'accoutumée sur quoi je ne vous chipoterai qu'un peu, en sujet soumis à Notre Sainte Mère l'Eglise, lorsque vous écrivez car il (Moïse) sacrifie même l'amour à Dieu.

J'ai failli indiquer que c'est bien la moindre des choses, dans l'optique de l'Ancien et du Nouveau Testament et que c'est exactement ce que se prépare à faire Abraham d'Isaac avant que, la fidélité du père étant éprouvée, la vie du fils soit épargnée !

Et si je me rappelle bien mon Histoire Sainte, si Moïse meurt en vue de la Terre promise et non pas sur le territoire d'icelle, c'est parce qu'il a un instant douté, dans le désert, de la puissance de l'Eternel !

Ceci, qui n'intéressera personne, pour néanmoins vous faire compliment de votre message sur ce film qui a terriblement marqué nos jeunesses…


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De PM Jarriq, le 9 juin 2007 à 11:00

A noter que la télé italienne avait produit un "Moïse" dans les années 70, avec Burt Lancaster dans le rôle-titre, et – curiosité ! – Laurent Terzieff en pharaon. Rien à voir avec DeMille, car la minisérie optait pour un traitement "réaliste" (toutes proportions gardées), sans aucun spectaculaire, mais les deux lectures sont intéressantes à comparer.


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De droudrou, le 9 juin 2007 à 11:56

si c'est la même mini-série à laquelle tu fais allusion et à laquelle je pense, mon cher "Anthony Burgess" était intervenu sur certains épisodes…

pour les "Dix commandements", on peut porter différents regards sur le film et c'est ce qui en fait sa qualité – après l'avoir revu tout récemment, je pensais à l'époque où il était sorti, caractérisée par la "guerre froide" et à ces paroles de Moïse-Heston à la fin : "Allez dire au monde qu'il n'y a plus d'Esclaves en Egypte !" c'est à dire qu'il n'existait plus d'hégémonie dominatrice…

ce qui m'amène aussi à dire, à la lecture de divers documents, c'est que la Bible joue sur une ambiguité à ce propos. à l'époque qui nous concerne et qui semblerait même s'étendre sur différentes dynasties avant et après, l'Egype ne connaissait pas l'esclavage mais accueillait des travailleurs libres qui, à la longue, pouvaient s'installer en Egypte…

bien évidemment, et toujours selon le regard et les objectifs que l'on forme à propos de l'utilisation des écrits, on s'aperçoit quelle puissance évocatrice ils ont pu être par leur diffusion de par le monde…

néanmoins, pour l'époque, il faut tirer un sacré coup de chapeau à la réalisation même si aujourd'hui certains trucages apparaissent désuets et si les perruques du grand Heston peuvent prêter à sourire pour ne pas dire plus :

  • le buisson ardent
  • les sept plaies qui s'abattent sur l'Egypte dont la dernière sinistre à souhait et très bien conduite
  • la sortie d'Egypte et le passage de la Mer Rouge

et enfin

  • l'instant où Dieu dicte et inscrit les tables de la loi… James Cameron Aliens, le retour était sacrement devancé dans son prologue…

certes les dialogues peuvent apparaître simplistes (mais ne le sont pas toujours) surtout quand je pense à :

L'Eternel livrera bataille pour nous ! Contemplez sa puissance ! servi par une musique tonitruante à souhait !…

anecdote : ma chère et tendre qui ne veut pas entendre parler du film Les Dix Commandements parce que, en raison du problème des esclaves, c'est faux ! était néanmoins scotchée devant l'écran et s'est repassé plusieurs fois le passage de la Mer Rouge… Sans commentaire !


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De DelaNuit, le 9 juin 2007 à 17:54
Note du film : 6/6

… Les dialogues, même dans les grands moments, ne manquent pourtant pas d'humour. Ainsi, lorsque les chars de guerre acculent le Hébreux devant la mer rouge et que ceux-ci se rassemblent autour de Moïse, il les rassure en rugissant : "Tous ces chars de guerre, après ce jour, vous ne les verrez plus…" Et Dathan alias Edward G. Robinson, le traître de service, de répondre avec ironie : "Non, car ils nous auront tous écrasés !"

Pour en revenir à la discussion théologique avec Impétueux, ah quel terrible souvenir que la scène du sacrifice d'Abraham, dans La Bible de John Huston) notamment, lorsque le patriarche s'apprête à immoler son fils parce que l'Eternel le lui a ordonné. A sa place, je ne suis pas du tout certain de pouvoir obéir, surtout si le fils en question est aussi celui d'Ava Gardner !

Franchement, je préfère le message biblique du "aimez-vous les uns les autres". Vous me direz que l'un n'empêche pas l'autre… Et bien justement, c'est là tout ce que je reproche au personnage de Moïse tel que décrit dans le film de Cecil B. Demile : l'obéissance à son dieu n'empêchait pas le grand homme de traiter la reine d'Égypte (qui l'aimait tant) avec plus d'humanité, et de se montrer plus affectueux envers sa femme. De même une discussion discrète avec l'orgueilleux Ramsès plutôt qu'une sommation de libérer les Hébreux devant toute la cour réunie aurait pu aboutir à un même résultat plus rapidement et avec moins de morts… Il s'agit bien de deux entêtements face à face… Certes, dans le cas contraire, le film eut été moins épique et moins palpitant !

Quant à ceux (ou celles) qui refusent de regarder ce genre de film sous prétexte qu'ils ne racontent pas une vérité historique, je réponds simplement qu'il ne faut pas se tromper de combat : il ne s'agit pas d'un film historique mais de l'évocation d'un épisode de la Bible, et la réalité historique de cette dernière n'a rien à voir avec la portée philosophique de son message et de ses paraboles. On peut lire la Bible ou regarder les films qu'elle a inspirée, et y trouver de l'intérêt tout en étant parfaitement athée…

Ou sinon… faudrait-il également s'interdire de regarder Jason et les Argonautes ou Le choc des Titans sous prétexte que les hydres à 7 têtes, les gorgones ou les chevaux ailés n'ont jamais existé, pas plus que les dieux de l'olympe ? Quel dommage de se couper ainsi de tout un pan de la culture humaine (mythologie et spiritualité) dans laquelle l'homme exprime tant de choses de ses quêtes, de ses espoirs et de ses peurs… La réalité scientifique ou historique, c'est une autre question…


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De Impétueux, le 9 juin 2007 à 23:07
Note du film : 4/6

On va s'arrêter là, avec les propos théologiques du mince niveau d'une session de persévérance après la Communion Solennelle : ce qui fait une immense différence entre les deux parties du Livre, l'Ancienne et la Nouvelle, c'est précisément l'irruption de l'Amour, en lieu et place de la Crainte.

Cela étant, ça ne signifie pas que l'Amour est forcément, évidemment ce qui figure aujourd'hui sur les affiches de M. Delanoë (du type Paris protège l'amour adornées d'un préservatif ; ça, c'est plutôt Paris protège la baise – mais ceci est une autre histoire) ; l'Amour n'est pas que son avatar charnel et les paroles du Christ incitant les apôtres à quitter leurs familles pour Le suivre apparaissent aujourd'hui assez décoiffantes. D'où la polémique sur le célibat des prêtres, la chasteté, et autres choses qui ne sont pas précisément cinématographiées. (Hors de l'étrange et magnifique Thérèse d'Alain Cavalier où la renonciation à l'Amour charnel se traduit par une forme d'épousailles mystiques entre les religieuses et leur Epoux divin).

Laissons cela, qui est devenu aujourd'hui totalement incompréhensible.

Et vive Les dix commandements, grand film spectaculaire et emballant !


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De Gaulhenrix, le 9 juin 2007 à 23:08

Pour en revenir à la discussion théologique avec Impétueux, ah quel terrible souvenir que la scène du sacrifice d'Abraham, dans La Bible de John Huston) notamment, lorsque le patriarche s'apprête à immoler son fils parce que l'Eternel le lui a ordonné. A sa place, je ne suis pas du tout certain de pouvoir obéir, surtout si le fils en question est aussi celui d'Ava Gardner ! (DelaNuit)

Voilà bien la légèreté de certains : on plaisante, on blague, on galège, on badine, alors qu'on évoque un fondement essentiel qui différencie deux civilisations ! Abraham est prêt à obéir à Dieu et à sacrifier son fils, quand Prométhée désobéit aux Dieux pour donner le secret du feu aux hommes. D'un côté, la soumission et l'obéissance absolue à l'Autorité ; de l'autre, la révolte et la désobéissance au nom de ce qu'il faut bien nommer Humanisme. D'un côté, une civilisation religieuse monothéiste figée qui se répète ; de l'autre, la naissance de la civilisation occidentale qui puise sa vitalité dans une remise en question permanente de tout dogme.

Les dix commandements, dites-vous…


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De Arca1943, le 9 juin 2007 à 23:58
Note du film : 3/6

« D'où la polémique sur le célibat des prêtres, la chasteté, et autres choses qui ne sont pas précisément cinématographiées. »

Pas précisément, c'est vrai; mais citons tout de même La Femme du prêtre (1970), comédie satirique de Dino Risi avec Marcello Mastroianni (le prêtre) et Sophia Loren (sa femme).

Et toujours avec Mastroianni, bien des années avant cela, il y eut La Madre , de Luciano Emmer, dont le tournage (1948) fut interrompu par la censure démocrate-chrétienne. La photo est assez éloquente, je crois.


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De sépia,, le 10 juin 2007 à 00:20
Note du film : 5/6

AH NON !!! On ne s'arrète pas là !…. "- Et nous, les petits, les obscurs, les sans grades! Nous qui marchons fourbus, crottés, malades…Nous qui marchons toujours et jamais n'avançons….-" Parce que nous ne SAVONS PAS ! Parce que nous ne savons RIEN !! Nous, les Sépia et tous les millions d'autres….Dites nous, vous les anciens, (TRES RESPECTUEUSEMENT) ce que vous savez ! L'Amour, la foi, la lumière, l'obscurité…Nous sommes sur un fil qui s'y prète, alors parlez ! Toute la journée, j'entends des malades me poser des questions sur l'amour, la mort, Dieu derrière ou pas…Et Sépia, "L'infirmière au métier glorieux, qui sauve des vies", reste sans voix… RIEN DU TOUT!!!! Des ragots juste bons pour "Voici" ou "France -dimanche"! Je ne sauve rien ni personne !!! Parce que je ne sais rien !! Je ne suis pas croyante. Mais quand un voyageur me demande son chemin, je veux pouvoir lui répondre, mème si je ne mettrai jamais le pied dans son pays…Vous avez commençé une belle et trés intérréssante histoire. Je sais, d'emblée, qu'elle ne finira qu'avec la fin, proche, de cette humanité. Mais quand une route semble si belle, on l'évoque. S'il vous plait….Je vous embrasse.


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De DelaNuit, le 10 juin 2007 à 01:46
Note du film : 6/6

Bon… S'il faut continuer… On ne peut pas décevoir un appel si poignant !

Alors voici ma vision des choses, vous en ferez ce que vous voudrez : dans la tradition judéo-chrétienne, le Dieu de l'Ancien Testament exige avant tout l'obéissance, en leur imposant des commandements, c'est sa façon à lui de donner un coup de pouce à la civilisation.

Puis, il décide de faire passer l'humanité par une nouvelle étape en envoyant son fils se rebeller contre l'autorité établie des prêtres et délivrer le 11ème commandement ("aimez-vous les uns les autres") avant de se sacrifier par la mort et de renaître, lavant les péchés du monde et ouvrant la voie du Royaune des Cieux. (si j'ai tout bien compris !)

… suivant en l'améliorant une voie déjà ouverte par d'anciens dieux des spiritualités préchrétiennes, sacrifiés puis rescussités, tels Osiris couronné d'épines ou Dionysos, déjà, surnommé "le libérateur" qui lui aussi avait recommandé de boire le vin en souvenir de lui. (non, non, je ne blasphème pas, je fais juste de la myhtologie comparée…)

Et puis, 20 siècles plus tard, dans la nuit de Noël 1922 naît Ava Gardner, qui toute sa vie, réelle ou filmée, symbolisera la rébélion, la quête d'amour et de libérté, avant de mourir dans la plupart de ses films, en se sacrifiant.

Sa date de naissance (nuit du 24 au 25 décembre…) et son nom (Ava Gardner = Eve du jardin… d'Eden ?) la destinaient à un rôle important dans l'histoire de l'humanité, n'en doutons pas ! Et la voici justement personnifier les grandes figures mythologiques (Venus, Pandora, Guenièvre, Sarah…), rabibochant ainsi les traditions judéo-chrétiennes, gréco-romaine, celtique… C'est-y pas beau ?

Alors je vous propose de conseiller autour de vous le visionnages des films d'Ava, et je vote personnellement pour sa canonisation, afin qu'elle devienne Sainte Ava Gardner, patronne de ceux qui souffrent pour la liberté et l'amour (et qui éventuellement se défoulent grâce au whisky !)

Non, non, je n'ai pas bu, je vous réponds juste avec originalité… et humour ! Mais si vous signez ma pétition pour la canonisation d'Ava, je veux bien la porter à Rome…


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De droudrou, le 10 juin 2007 à 07:39

Et c'est reparti ! L'année de tous les délires ! Après Audrey Tautou descendante de Marie-Madeleine et de Jésus, voici maintenant Ava Gardner lancée dans une mission divine… Manque plus que de voir miss Machin de Bamako suivre la même voie et que l'on reprenne l'ensemble des acteurs et actrices qui ont pu inscrire leur nom au générique de tous les films à consonance Biblique ou Evangélique et de retrouver dans leur Etat Civil ce qui a pu justifier leur choix ou de quelle mission ils ont été investis…

Au lieu de dire des conneries, notre amie Sépia nous pose une question grave à propos de la souffrance, physique au départ qui, à la longue devient une vraie question de spiritualité. Pourquoi souffre-t'on ? Et par rapport à l'exemple Christique, c'est la remise en compte d'un certain nombre de « valeurs » auxquelles les différentes civilisations qui se sont succédées nous ont à la fois habitués et instruits.

Et la question est bien de savoir quelle réponse est à apporter à cela. Y a-t-il de l'espoir ? Et plus terrible encore : dans un monde fondamentalement remis en question par la civilisation et tout ce qu'elle a pu apporter de « bon » et de « moins bon » et où, plus que jamais, notre fragilité est remise en question avec, en plus et maintenant, une question de durée, c'est de dire que faut-il faire ?

La réponse n'est certainement pas dans les films, en ce qui nous concerne.

Dire que la réponse est dans les scientifiques ? Je n'en sais rien au vu de la multiplicité des éléments qui composent la vie tout court et qui ne prennent pas en compte comment elle évolue du fait de nos pulsions.

Dire que la religion nous apporte une réponse ? Je n'en sais rien non plus. Il y a le fait d'une croyance en une puissance supérieure qui régit le monde et où les diverses pratiques religieuses ne sont que la reprise de manifestations qui se sont succédées tout le long de l'humanité parce que, pour modéliser, on prend copie sur quelque chose qui existe déjà, qu'on remet plus ou moins en cause selon ses propres « croyances-visions » sans faire pour autant quelque chose de nouveau.

Et puis il y a des courants qui se succèdent où certains viennent semer le trouble en se disant « habités » ou « investis d'une mission ». C'est le poids des visionnaires et des gens qui deviennent doctrinaires et qu'il faut traîner avec ce qu'ils auront apporté de bon ou de mauvais.

Alors, près de chez nous, il y a eu les guerres de religion. Mais ces guerres de religion voulaient apporter par la force la croyance et la pratique d'un culte… et cela, c'est certainement le comble de la civilisation humaine depuis qu'elle existe et se propage. Non seulement, on impose sa force mais en plus on propage ses idées, bonnes ou mauvaises.

Heureusement, dans le lot des folies existe toujours quelqu'un de moins fou et de plus réfléchi qui se pose les questions sur la « justesse » des choses dites ou accomplies. Confrontés à ces courants qui agitent soudain notre monde à une vitesse que nous ne maîtrisons pas, on peut comprendre aisément que chacun s'interroge et plus encore face à ce que la vie le confronte quotidiennement.

A suivre…


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De DelaNuit, le 11 juin 2007 à 08:25
Note du film : 6/6

Eh bien Droudrou, je répondais à Sepia d'une manière fantaisiste qui me semblait légère, en ironisant sur le statut "surhumain" que prennent certaines stars dans le coeur de leurs adorateurs… Mais si mon humour ne vous touche pas ou vous agace, vous n'êtes pas obligé pour autant de le qualifier de conneries…

D'autant que vous n'apportez pas de réelle réponse non plus… ce dont nul ne saurait vous blâmer puisque l'humanité se casse la tête sur ces questions depuis la nuit des temps !

Mais puisqu'en la matière aucune Vérité définitive ne nous est acesssible et que nous sommes sur ce forum pour parler de cinéma, pardonnez de revenir à celui-ci. Je constate que l'être humain a besoin de modèles et de personnages qui lui servent symboliquement de points de repères.

Autrefois, les dieux, les saints, les personnages mythologiques ou historiques jouaient ce rôle. De nos jours, ils semblent avoir été souvent suplantés par des personnages de cinéma, tant l'impact des images du 7ème art est grande. Après tout, est-ce une illusion tellement plus grande ? Au moins n'est-elle pas dogmatique.

J'ai vu souvent des personnes en souffrance se raccrocher à l'image d'un acteur ou d'un personage de film (et dans le cas des anciennes "stars" d'hollywood jouant des rôles d'archétypes, les deux sont souvent mêlés) dont l'image ou le comportement dans telle histoire leur donnait du courage. Est-ce si mal ?

Et puis après tout, si les mystiques considèrent que Dieu est présent partout sur terre, il l'est donc tout autant dans les processions du Vatican que dans la beauté d'une fleur ou le sourire d'un enfant, dans les yeux d'Ava Gardner ou d'Audrey Tautou, ou de la Miss Bamako dont vous parlez, pour peu que le spectateur l'y trouve ou l'y projette.

Je me souviens, dens Minuit dans le jardin du bien et du mal de cette phrase : "La vérité, comme l'art est dans le regard du spectateur"…


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De droudrou, le 11 juin 2007 à 09:02

Mon cher ami : notre tendance régulière sur ce site est de nous égarer (moi en premier !…). Notre amie Sépia nous pose une question cruciale qui la concerne, professionnellement et personnellement, et qui a caractérisé, par ailleurs, son arrivée sur le site. Quand vous parlez d'Ava Gardner, c'est sympa. Il faut le prendre de façon "légère". Le grand risque est que nous risquons de repartir avec un nombre incroyable de messages accompagnés de photos de starletts ou de stars quand nous n'apporterons pas nos propres repères en termes de perception à notre amie.

A propos de vos sympathie pour Ava Gardner, c'est très vrai qu'elle a eu une très belle carrière et c'est très dommage qu'on l'ait retrouvée au côté de Charlton Heston dans cette catastrophe qu'est Tremblement de Terre où, en plus, physiquement, le temps a fait catastrophiquement son oeuvre et où le personnage n'est pas du tout à la hauteur de ses capacités.


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De Impétueux, le 11 juin 2007 à 10:26
Note du film : 4/6

Et oui, on s'égare, on s'égare…

Je ne demande pas mieux que de parler de toutes ces questions éthiques, des fins dernières, voire de questions théologiques plus subtilement abruptes comme la querelle du Filioque avec Sépia, ou quiconque d'entre vous…mais ça ne s'impose pas, hors pour un message spirituel comme celui de DelaNuit et de son tropisme AvaGardnerien, sur DVD Toile, en tout cas sur ce bon peplum de Cecil B. DeMille !


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De DelaNuit, le 11 juin 2007 à 22:11
Note du film : 6/6

Vous avez bien raison. Sachons contenir nos égarements. Pour toute personne souhaitant poursuivre ce type de conversation hors forum, je me tiens à votre disposition. L. DelaNuit


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De fastivon, le 13 février 2008 à 08:28
Note du film : 6/6
  • Qu'as-tu trouvé ?
  • Une réponse à mes prières.
  • Tu pries pour avoir un panier ??
  • Sortez. Que j'écoute ce que cet oiseau de malheur a à me dire. Eh bien ? De quelle mauvaise nouvelle es-tu la messagère ?
  • Oh si les moutons étaient des hommes !
  • … et célibataires !!!
  • Je suppose qu'elle doit être d'une grande beauté, cette femme d'Égypte qui a fait de toi son prisonnier. Sa peau doit être blanche comme l'ivoire; ses yeux verts comme les cèdres du Liban; ses lèvres, deux pétales de rose. Ses bras doivent être la plus agréable des prisons, et le vin du désir doit couler dans ses veines…
  • Une bergère !! De qui te moques-tu ? Ou serait-ce le vent du désert qui a émoussé tes sens ? Est-ce qu'elle a la peau rugueuse ? Ou douce… comme la mienne ? Ses lèvres sont-elles pâles et sèches comme le sable, ou moites, fraîches, rouges comme une grenade ? Est-ce le parfum de la myrrhe qui s'exhale d'elle ? Ou l'odeur de l'étable ?

Le mini-recadrage 1.78:1 sur DVD fait perdre un tout petit peu d'image – en bas – à ce film tourné au format 1.75:1. Rien de catastrophique vis-à-vis du massacre à la tronche haineuse Pan & Scan, le cauchemar VHS. (France 3 lors d'une diffusion avait au contraire mis – et non "laissé" – en haut et en bas deux bandes noires beaucoup plus grosses qu'elles auraient dû être : du faux CinemaScope, le monde à l'envers…).

Un bon nombre de dialogues-cultes et de scènes-tableaux d'artiste… et un double (et passionnant) "triolisme" Moïse-Néfertari-Ramsès et Josué-Lilia-Dathan… Chose étonnante que la jeunesse actuelle soit impressionnée et même marquée par ce film, et c'est pourtant le cas; le mot qui vient instantanément pour le qualifier est "grandiose"…

<< (…) film mythique aux 14.000 hommes et 15.000 animaux, soit 29.000 figurants, dont le plus célèbre serait, selon une légende tenace et jamais démentie par l'intéressé, Fidel Castro ! >> (Source : "Les Années Laser").


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De Frydman Charles, le 12 avril 2008 à 15:23

Le début du film ne fait pas appel au « fantastique »…C'est à partir du «buisson ardent» que l'intervention divine est omniprésente…Un anthropomorphisme un peu naïf, mais c'est un peu le cas de toutes les croyances religieuses… J'avais surtout retenu du film les tours de « magie » : le bâton qui se transforme en serpent, la remise des tables de la loi, «les dix commandements» , le «buisson ardent», le «veau d'or» et bien sûr la traversée de la mer rouge spectaculaire…

Le film était sorti en France dans un cinéma de quartier, rue René Boulanger, près d'une petite place ou trônait la statue de Taylor. Taylor, le taylorisme, le rendement au travail… Taylor comme tailleur, tailleur de pierre… L'esclave est synonyme de «tailleur de pierres» dans le film. Josué le pierreux, le « tailleur de pierres »…

Les tailleurs de pierres ont contribué aux monuments pharaoniques du film mais plus tard aux cathédrales…


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De fretyl, le 25 octobre 2009 à 20:29
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Lorsque l'on passe après Delanuit pour faire la critique d'un film on se sent la plupart du temps tout petit. C'est pourquoi, je n'ai finalement pas grand chose à dire sur Les dix commandements puisque tout ce qui peut-être dit, sur cet admirable chef d'œuvre du cinéma a déjà été dit, avec talent, sur ce fil par Delanuit et les autres.
Les dix commandements est un colossal, prodigieux, magnifique, impressionnant chef d'œuvre. Le genre de film qui reste bien plus qu'un simple film. Ma méfiance ordinaire, vis-à-vis du cinéma péplum du Hollywood des années cinquante/soixante, a véritablement été remis en cause cet après-midi par Cecil B. DeMille. Depuis mes déceptions de La chute de l'empire Romain et du Le cid j'avais décidé de définitivement tourner le dos, à ce genre de cinéma.
Mais comment ai-je donc pu laisser sur le coté aussi longtemps Les dix commandements ? Et dire que je n'ai toujours pas vu Ben-Hur ! Spartacus !! La bible !!! La plus grande histoire jamais contée !!!! Barabbas !!!!! Quo Vadis !!!!!!

J'y cours !


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De Impétueux, le 25 octobre 2009 à 21:37
Note du film : 4/6

Attention, attention, Frétyl, Spartacus, c'est avant tout un film de Kubrick, un film de commande, certes, mais un film qui n'est pas tout à fait dans l'esprit des grandes machine(rie)s du Hollywood de la grande époque…

Cela dit, il a des tas de films plaisants, quelquefois passionnants, si on en dépasse l'emphase…


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De Arca1943, le 25 octobre 2009 à 22:17
Note du film : 3/6

« Et dire que je n'ai toujours pas vu Ben-Hur ! Spartacus !! La bible !!! La plus grande histoire jamais contée !!!! Barabbas !!!!! Quo Vadis !!!!!! »

En tout cas, au moins Ben-Hur ! Dans ce sillon du peplum historique, c'est vraiment un incontournable. Quel bon film. Par contre, parmi ceux que vous citez, je vous préviens que La Bible, c'est pas mal moins évident…


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De droudrou21, le 25 octobre 2009 à 23:12

dans ta liste Simon celui que j'ai vu il y a un certain temps et un temps certain et que j'ai eu le moins envie de revoir c'est la biblepar contre je te recommande Spartacus bien évidemment que j'aime à revoir régulièrement et si tu possèdes un lecteur de dvd multizone la plus grande histoire jamais contée en zone 1 ! Tout récemment j'ai revu avec plaisir les dix commandements film dont je vais offrir le dvd à mon petit fils pour la Noël! et un très bon que nous avons évoqué sur dvdtoile barrabas


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De droudrou21, le 25 octobre 2009 à 23:22

Simon si tu veux un avis autorisé sur Quo vadis interroge notre ami Starlight pour ma part je n'investis pas j'attends qu'on me l'offre !


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De fretyl, le 26 octobre 2009 à 09:20
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je regarderais quand même La bible. Delanuit a écrit une critique assez laudative, qui donne envie de voir.

Et si c'est réalisé par John Huston (Le Trésor de la Sierra Madre, Quand la ville dort, La Nuit de l'iguane) ça ne doit pas être complétement mauvais.


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De stronibein, le 20 juillet 2011 à 11:04
Note du film : 6/6

Nous n'avions pas les moyens de fréquenter les salles d'exclusivité parisiennes et, à sa sortie, j'ai dû me contenter des affiches dans le métro. J'avais quatorze ans quand j'ai vu ce film pour la première fois, en 1959. C'était dans une station balnéaire vendéenne, en matinée, par un pluvieux jour d'été. Il y avait deux séances l'après-midi (pluie oblige): à 13 heures et à 17 heures. J'ai tellement été fasciné que je me suis arrangé pour ne pas sortir de la salle après la première (l'ouvreuse bonne fille n'allait pas jusqu'à inspecter les pipi-rooms) et je me suis "enfilé" les 3 h40 de la seconde séance dans la foulée, au grand dam de mes parents qui se sont fait un sang d'encre, bien que l'actualité des faits divers de ces années-là ne soit pas aussi sanglante que l'actuelle. Conclusion, une engueulade sévère. Sauf que mes parents sont allés le voir un autre jour sur la foi de ma "critique". Avec moi, of course ! Bien sûr, j'ai vu ce film au premier degré, à l'époque. Le seul qui marque pour la vie.

Depuis, je l'ai bien revu une bonne douzaine de fois, puisque c'est le second DVD de ma vidéothèque, acheté pour remplacer ma cassette VHS à bout de souffle. Bien sûr, avec l'âge, il y a d'autres lectures possibles : – l'exaltation de l 'installation des Hébreux en Terre Promise (Produit, réalisé et joué par une majorité d’Israélites , ce film a été tourné quelques années seulement après la création de l’État d'Israël dans les conditions difficiles que l'on sait). C'est un plaidoyer "ad majorem Judei gloriam" qui renvoie à un autre film : "Exodus", de Preminger, sorti 4 ans plus tard. – L'aspect moralisateur typique du protestantisme d'outre Atlantique. Certes, il y a quelques anachronismes. Le principal étant que l'Exode s'est produit sous le règne de Séqenenrê Taa, l'avant-dernier souverain de la XVIIe dynastie et non sous celui de Ramsès II. On peut sourire devant le manichéisme primaire du film: Les Égyptiens y sont traînés dans la boue, alors que l'Histoire a établi que c'était un peuple pacifique et bon vivant. Les Juifs, eux, sont tous bons et gentils, sauf le vil collabo Dathan (excellent Edward G. Robinson), qui sera – cela va de soi- châtié. Dans la réalité historique, la sortie des Juifs d’Égypte, pays qui les avaient accueillis comme réfugiés venus de leurs plein gré, ressemble beaucoup plus à une expulsion en masse d'immigrés allogènes devenus trop nombreux, et qui avaient fini par inquiéter les Égyptiens.

Pas un mot sur la manière brutale dont les Hébreux ont chassé de leur Terre promise les premiers occupants, bien que ce soit clairement démonté dans l'Ancien Testament. Mais bon, il s'agit de la vie de Moïse et rien d'autre. Tout cela , on l'apprend en devenant adulte. Mais qu'importe, on ne nous demande pas d'adhérer aveuglément aux thèses de Cecil B. de Mille. Et qui respecte encore chacun des 10 commandements de nos jours !

Il nous reste le plus grandiose péplum de l'Histoire du Cinéma avec Ben Hur. Une distribution absolument éblouissante, des premiers rôles aux derniers (dominée par le quatuor Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter, Sir Cedric Harwick), une mise en scène rigoureuse qui ne laisse rien au hasard, de somptueux décors, une photographie remarquable magnifiquement restaurée par le DVD, une musique que l'on n'oublie plus jamais, des effets spéciaux révolutionnaires pour l'époque d'avant l'informatique, mais surtout et avant tout, un souffle épique de la première à la dernière image, qui nous balaye et nous emporte. Les 220 minutes du film passent comme un rêve. Une belle histoire d'amour sur un fond d'évènements historiques, le tout conté de façon magistrale, comme sait si bien le faire le cinéma américain (cf: Ben Hur, Autant en emporte le vent, Le Docteur Jivago, Spartacus, Guerre et Paix, Cléopâtre…). Un film culte, comme on dit maintenant. Un chef-d’œuvre immortel au même titre que les Nymphéas de Monet , l'anneau du Niebelung de Wagner, le Taj Mahal ou le David de Michel Ange.


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De vincentp, le 2 août 2013 à 23:00
Note du film : 4/6

3,6/6. Guindé, sentencieux, hyper-académique, par moments ridicule, interminable, Les dix commandements ne me parait pas être une des meilleures réussites de Cecil B. deMille. Dans le genre récit historique hollywoodien à grand spectacle et gros budget, je placerais plutôt en tête Ben-hur de William Wyler, puis un demi-ton en dessous les deux superbes récits d'Anthony Mann (Le cid, La chute de l'empire romain), puis Les gladiateurs, Spartacus, Quo vadis, Cleopatre… puis des demi-réussites tel que ce présent film. Les avis très favorables exprimés ci-dessus à son sujet me surprennent énormément.

Les quatre westerns de B. DeMille (Les tuniques écarlates, Une aventure de Buffalo Bill, Union pacific, Les Conquérants du nouveau monde) me paraissent être les meilleures réussites de ce cinéaste, mettant en évidence sa capacité à croiser histoires individuelles et épopée collective, sans en faire trop.


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De fastivoni, le 1er mars 2014 à 11:36

Qu'il est réjouissant de voir Fretyl emballé, inspiré, littéralement transporté dans les nuages, déchaîné dans une apologie de louanges.


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De Impétueux, le 4 juin 2014 à 14:42
Note du film : 4/6

Printemps 58 – car c'est seulement cette année là que le film est sorti en France – et toute la ville se presse, s'écrase, se dispute les fauteuils d'un film qui dure près de quatre heures. Puisque l'on a été sage, les parents ont pris une place de balcon où, dominant la salle, on se sent le roi des rois. Les ouvreuses sont passées juste avant le début du spectacle et on a eu droit à un esquimau Gervais. Quel bonheur !

Cecil B. DeMille apparaît sur l'écran, à l'issue de l'Ouverture musicale et prend les spectateurs à témoin qu'ils vont voir un spectacle formidable et qu'ils sont bien raison d'être là. Couleurs vives, exotisme, magnificence des décors, attitudes nobles et farouches des protagonistes, regard impérieux de Ramsès (Yul Brynner), regard sage, bienveillant mais plein d'autorité de Moïse sauvé-des-eaux (Charlton Heston) ; regard coquin et lourd de sous-entendus de Nefertari (Anne Baxter) ; ici et là regards extatiques de vieillards amaigris qui souffrent et meurent plein d'espérances eschatologiques.

Je me demande encore comment notre enfance, si sage qu'elle pouvait être, et exaltée par le récit magnifique de l'Exode biblique, a pu supporter toute la première partie du film, avant l'entracte, c'est-à-dire deux heures pleines, où seulement se développe avec lourdeur la jalousie entre Ramsès et Moïse, sous les yeux fripons de Nefertari et où les scènes intimes et verbeuses foisonnent, se multiplient, s’enchâssent les unes aux autres, tirent à la ligne sans raison. De temps en temps, et bien trop rarement, un morceau de bravoure, la vieille femme qui va être happée par un bloc de pierre, l'édification de l'obélisque, quelques amples mouvements de foule. À la fin, le buisson ardent, que je croyais plus spectaculaire et Moïse qui revient, transfiguré, de sa rencontre avec Yahvé.

La seconde partie est plus nerveuse et pas seulement parce qu'elle est moins longue : les événements y sont plus concentrés et plus spectaculaires, de la survenue des malédictions divines au passage de la Mer rouge ; notons tout de même que DeMille n'exploite pas la riche variété des dix plaies fondues sur l'Égypte, se contentant de montrer les eaux changées en sang et la grêle et faisant seulement entendre les lamentations des mères dont le premier-né vient d'être frappé. J'ajoute qu'il y a un joli plan impressionnant où la nuée mortelle, d'un vert vif et profond tout à la fois, surgit du ciel dans un cadre bordé de rouge vermillon. (Et notons aussi que si l'on veut avoir une vision exhaustive de ces horreurs, il faut regarder L'abominable Dr Phibes, où le criminel châtie ses victimes en s'inspirant de l'Écriture).

Quelques bien beaux passages très colorés, conduits avec une grande science des mouvements de foule, le départ de la foule des Hébreux vers le Sinaï, en un immense caravansérail, leur orgie autour du veau d'or… Et, au dessus de tout, et d'une réelle force exaltante, Moïse dressé devant la Mer rouge, sur le fond noir d'un tumulte de nuées L’Éternel livrera bataille pour nous ! Contemplez Sa puissance ! avant que les eaux furieuses n'ouvrent le passage…

Bien sûr c'est long, lourd, bavard, simpliste trop souvent… Mais, les scories dégagées, quel film !


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